‹ Le divin SauveurChapitre 42 sur 103 · LA PERTE DE JESUS DANS LE TEMPLE · texte numérisé non relu

LA PERTE DE JESUS DANS LE TEMPLE

Chaque année, dit saint Luc, l'Enfant Jésus accompagnait Marie et Joseph, lorsqu'ils se rendaient à Jérusalem pour la fête de Pâques. Or les pèlerinages se faisaient par caravanes, et les hommes formaient un groupe séparé de celui des femmes. Telle était, dit le vénérable Bède, la coutume adoptée par les Hébreux. Les enfants se trouvaient

indifféremment soit avec leur père, soit avec leur mère.

Jésus avait atteint l'âge de douze ans, lorsque, à l'issue des fêtes, au lieu de retourner à Nazareth avec ses parents, il resta trois jours à Jérusalem. Marie et Joseph ne s'en aperçurent point avant le soir du premier jour. Marie pensait que Jésus était dans la compagnie de Joseph. Joseph de son côté pensait que Jésus était avec Marie (1). Le saint Enfant employa ces trois jours à honorer son Père éternel par des jeûnes, des veilles, des prières, et par l'assistance aux sacrifices, qui étaient autant de figures du grand sacrifice qu'il devait offrir luimême sur la croix. S'il prit alors quelque nourriture, il dut la mendier, et s'il prit quelque repos, ce fut sur la dure.

Le premier soir arrivé, Marie et Joseph constatent avec douleur l'absence de Jésus. Ils se mettent aussitôt à sa recherche parmi leurs parents et leurs amis (2), mais en vain. Navrés, ils retournent à Jérusalem; et c'est 'seulement le troisième jour qu'ils le retrouvent dans le temple discutant avec les docteurs qu'il ravissait par ses questions et ses réponses pleines de sagesse.

L'âme qui aime .lésus ne connaît pas de peine plus amère que la crainte d'être, en punition de quelque faute, abandonnée de son Bien-aimé. Telle fut l'affliction de Marie et de Joseph, durant ces troifl longs JOUTA Ot JésU8 les priva de sa présenee.

Dans leur humilité, dit le pieux Lansperge, ils demandaient anxieusemenl s'ils ne s'étaient pas rendus indignes de garder un si précieux dé-

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(2, Hequirebiuil QUQQ inter cognatos et notos. (lOiti.)

pot. C'est pourquoi, en le retrouvant, Marie lui adresse ces tendres paroles : Mon fils, pourquoi en avez-vous agi ainsi avec nous? Votre père et moi nous vous cherchions le cœur brisé de douleur. — Ne saviez-vous pas, lui répondit Jésus, que je dois me vouer aux choses qui intéressent la gloire de mon Père (1)? — De ce mystérieux événement retirons une double leçon : la première, que nous devons tout abandonner, biens, amis et parents lorsqu'il s'agit de travailler à la gloire de Dieu; la seconde, que le Seigneur est bon, et que loin de se dérober, il se laisse toujours trouver par qui le cherche. Bonus est Dominus animse quœrenti illum (2).

AFFECTIONS ET PRIÈRES

Vous pleurez, ô Marie, parce que vous avez perdu votre divin Fils durant trois jours. Sans doute il s'est éloigné de vos yeux, mais non de votre cœur. Ne voyez-vous pas que le pur amour dont vous brûlez pour lui le tient étroitement uni à vous? Vous savez que celui qui aime Dieu est sûrement aimé de celui qui a dit : « J'aime ceux qui m'aiment. » Ego diligentes me dogili (3). Et par l'organe de saint Jean : Qui manet in charitate, in Deo manet, et Deusin eo (4).. « Quiconque demeure dans la charité demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui. » Que craignez-vous donc? pourquoi pleurez-vous? Oh! laissez-moi pleurer, moi qui ai tant

(1) Fili, quid fecisti, nobis sic? Ecce pater tuus et ego dolentes quaerebamus te... Nesciebatis quia in bis quffi Patris mei sunt oportet me esse. {Luc. 2. 48.)

(2) Thren, 3, 25.

(3 Prov., 8, 17.

(4)/,lJo.,4, 16.

de fois perdu mon Dieu par ma faute en commettant le péché qui le chassait de mon âme!

Ah ! mon Jésus, comment ai-je pu vous offenser ainsi de propos délibéré, sachant pertinemment que je vous perdais par mon péché. Mais vous défendez qu'il se désespère, le cœur qui vous cherche après vous avoir perdu; vous ordonnez au contraire qu'il reprenne confiance et qu'il se réjouisse. Si autrefois je me suis éloigné de vous, ô mon Amour, je le déplore; à présent je vous cherche et je ne désire que vous. Pourvu que je sois en possession de votre grâce, je renonce volontiers aux biens et aux joies de la terre; je renonce même à la vie. Je vous aime, ô mon Dieu : aimez-moi donc aussi. Je préfère votre amour à la possession du monde entier. Mon Jésus, je suis bien résolu à ne plus vous perdre; mais puis-je compter sur mes propres forces? Je mets toute ma confiance en vous; jamais donc je ne serai confondu: In te, Domine, speravi, non confundar in œiernum (1).

Grâce à vous, ù Marie, j'ai retrouvé mon Dieu, que j'avais perdu; daignez m'obtenir encore la persévérance dans sa grâce et son saint amour. A vous aussi je répète avec saint Bonaventure : « O ma souveraine, j'espère en vous; jamais donc je ne serai confondu (2). »

(2) In te Domine speravi, non confundar in œternum.

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