PARAGRAPHE PREMIER LES CIRCONSTANCES DE LA PASSION
Méditations préliminaires
COMBIEN IL EST AGREABLE A JESUS-CHRIST QUE NOUS MÉDITIONS SOUVENT SA PASSION.
Voulons-nous comprendre combien il est agréable à Jésus-Christ que nous méditions souvent sa Passion et la mort ignominieuse qu'il a endurée pour nous? Rappelons-nous que ce divin Sauveur a institué le très saint Sacrement de l'autel pour être le mémorial destiné à conserver perpétuellement dans nos cœurs le souvenir de l'amour qui l'immola pour notre salut sur l'autel de la croix. Ce Sacrement d'amour, Jésus-Christ l'institua dans la nuit même qui précéda sa mort; s'étant ainsi donné en nourriture à ses disciples, il leur recommanda, et par eux à tous les chrétiens, de se
rappeler, chaque fois quils recevraient la sainte communion, les souffrances qu'il endura pour nous. « Chaque fois, dit saint Paul, que vous mangerez ce pain et que vous boirez ce calice, souvenez-vous de la mort du Seigneur. » Quoties cumque enim manducabitis panent hune et calieem bibetis, mortem Domini annuntiabitis (1). « C'est afin de perpétuer parmi nous le souvenir du bienfait de la Rédemption, dit saint Thomas, que notre Seigneur nous a laissé son corps pour aliment. Cet auguste Sacrement, ajoute le Docteur angélique, nous rappelle sans cesse l'amour immense que Jésus-Christ nous a témoigné dans sa Passion (2). »
Une personne a volontairement reçu des outrages et des blessures pour un ami. Elle apprend que celui-ci ne veut pas entendre parler de son dévouement ni môme y penser. Chaque fois, lui dit-on, qu'en sa présence on parle de ce dévouement, votre obligé s'écrie aussitôt : « Parlons d'autre chose ! » Quelle peine ne ressentira pas ce généreux ami à la pensée d'une telle ingratitude! Au contraire, quel plaisir n'éprouvcrait-il pas si <>n lui disait que son obligé lui a voué une éternelle reconnaissance, que jamais il ne parle ni se souvienl des bienfaits reçus sans être touché jusqu'aux larmes! Aussi, comprenant combien font plaisir à Jésus-Christ ceux qui méditent souvent sa Passion, tous les saints se sont presque constamment occupés à contempler les douleurs et les
(1) /. Cor., U, 26.
(2) U. autem tant! lionoftcii jugis in nobis maneret memori;i, corpus siiuin in niumi Bumendum derettquit — Per quod recolitur memoria Ulius, quam In sua passtone Chris*
tus monstravit, excellentissiin.r cli.trit.itis. [(fpitsc, 57.)
mépris que notre aimable Rédempteur a endurés pour nous durant sa vie et principalement à samort.
AFFECTIONS ET PRIÈRES
0 mon très aimable Sauveur! qu'étions-nous donc, pour que vous ayez voulu acheter si chèrement notre amour? Car, nous dit votre Apôtre, Le Christ est mort pour tous, afin que ceux qui vivent ne vivent-plus pour eux-mêmes, mais pour Celui qui est mort pour eux (1). Ah! mon pauvre Seigneur, — permettez-moi de vous nommer ainsi, — parmi les hommes, combien en est-il qui vous aiment, vous qui êtes si aimable, et qui avez tant souffert pour être aimé? Je les vois tous à l'envi prodiguant l'amour de leur cœur. Les uns aiment les richesses, les honneurs, les plaisirs; d'autres concentrent leurs affections sur leurs parents, leurs amis, quelques-uns même sur de vils animaux. Mais des cœurs qui vous aiment véritablement, mon Jésus, vous, le seul objet digne d'amour, oh! que j'en vois peu! C'est de ce petit nombre que je veux être. En vérité, autrefois je vous ai offensé en aimant comme les autres le néant : mais aujourd'hui je vous préfère à tous les biens.
0 mon Jésus, les souffrances que vous avez endurées pour moi m'obligent sûrement à vous aimer; mais ce qui me touche, ce qui presse le plus mon cœur, c'est de voir l'amour que vous m'avez témoigné en supportant toutes ces peines pour vous faire aimer de moi. Oui, mon très
(1) Pro omnibus mortuus est Christus, ut et qui vivtmt, jam non sibi vivant, sed ei qui pro ipsis mortuus est. (//, Cor., o, 14.)
aimable Sauveur, puisque par amour vous vous êtes donné tout à moi, par amour aussi je me donne tout à vous. Vous êtes mort pour l'amour de moi; je veux mourir pour l'amour de vous, quand et comme il vous plaira.
0 Marie, Mère de mon Sauveur, obtenez-moi un tendre et continuel souvenir de la passion de Jésus- Christ.