‹ Le divin SauveurChapitre 48 sur 103 · LES PRINCES DES PRÊTRES TIENNENT CONSEIL. TRAHISON DE JUDAS · texte numérisé non relu

LES PRINCES DES PRÊTRES TIENNENT CONSEIL. TRAHISON DE JUDAS

Collegerunl ergo Pontifîces et Pharisœi consiliura. — Les princes des prêtres et les Pharisiens assemblèrent le conseil, et ils dirent : Que faisonsnous? cet homme opère beaucoup de miracles (1). Ainsi, dans le temps même où Jésus ne songe qu'à répandre partout ses bienfaits, à multiplier les miracles en faveur des malheureux, les premiers personnages de la ville conspirent contre lui et trament la mort de l'Auteur de la vie. Voici ce que leur dit l'impie Caïphe : // vous est avantageux qu'un seul homme meure pour le peuple, et que toute la nation ne périsse point (2). — Depuis ce jour-là, continue saint Jean, ces hommes iniques s'ingénièrent à trouver le moyen de faire mourir Jésus. 0 Juifs, pourquoi tant de précautions? Votre Rédempteur ne fuira pas ; car il est venu sur la terre tout exprès pour mourir; il veut par sa mort vous délivrer, vous et tous les hommes, de la mort éternelle.

Mais voici que Judas se présente aux prêtres et leur dit : « Que voulez-vous me donner, el je vous

(1) Oniil facimus, quia hic liomo milita signa Lui t ?

:./o, ii. no

(2) K\|M-,iii voiiis ut unus morlatur nomo pro populo, et non tota gona pereat. {Ju., il, 50.)

le livrerai. » Quid vultis mihi darc, el ego vobis eum tradam (1)? Oh! quelle fut la joie des Juifs, de ces furieux ennemis de Jésus-Christ, quand ils virent un de ses propres disciples décidé à le trahir et à le remettre entre leurs mains! Pensons ici à la joie des démons dans l'enfer lorsqu'une âme, après avoir passé plusieurs années au service de Jésus-Christ, vient à le trahir pour quelque misérable bien ou quelque plaisir grossier. — Mais, ô Judas, puisque tu veux vendre ton Dieu, fais-toi au moins donner le prix qu'il vaut : un bien infini doit se payer un prix infini! 0 ciel! c'est pour trente deniers que tu conclus ce marché sacrilège ! Ah! mon âme, cesse de t'occuper de Judas, et pense à toi-même; dis-moi : pour quel prix as-tu tant de fois vendu au démon la grâce de Dieu?

AFFECTIONS ET PRIÈRES

O Bonté infinie de mon Sauveur ! Vous connaissez l'abominable contrat que Judas vient de passer avec vos ennemis ; cependant lorsqu'il revient au milieu de vos disciples, auprès de vous, vous ne le repoussez pas, vous ne lui montrez même pas un visage sévère, mais vous l'admettez dans votre compagnie, à votre table; vous ne l'avertissez de sa trahison que pour le faire rentrer en lui-même; et voyant son endurcissement, afin de l'attendrir vous allez jusqu'à vous abaisser devant lui et lui laver les pieds! Oh! mon Jésus, Bonté infinie, n'est-ce pas là ce que vous avez aussi fait pour moi ? Je vous ai méprisé, je vous ai trahi, et vous

(1) Mallh., 26, 15.

ne me repoussez pas; vous me regardez encore avec amour, vous m'admettez encore à votre table, vous me permettez de m'unir à vous par la sainte communion !

0 mon cher Sauveur, que ne vous ai-je toujours aimé ! Comment pourrais-je encore à l'avenir m'éloigner de vos pieds sacrés et renoncer à votre amour? — Mon Jésus, j'ai honte de paraître devant vous quand je me rappelle toutes les injures, toutes les trahisons par lesquelles j'ai blessé votre cœur. Combien de fois ne me suis-je pas éloigné de vous pour un rien, pour me procurer une indigne satisfaction, un plaisir passager ! Je savais qu'en péchant je perdais votre amitié, et j'ai consenti de plein gré à l'échanger contre un néant. Ah ! que ne suis-je mort avant de vous faire un tel outrage! Mon Jésus, je m'en repens de tout mon cœur et je voudrais en mourir de douleur.

Vierge fidèle, ô Marie, ne permettez pas que j<' trahisse encore votre divin Fils, mon aimable Seigneur.

JESUS MANGE LA DERNIERE PAQtJË AVEC BBS DISCIPLES ET LEUR LAVE LIS PIEDS.

Jésus-Christ savait que le moment était venu pour lui d'accomplir son sacrifice et de quitter le monde pour retourner à son Père. Déjà il avait donné à ses disciples les preuves d'un amour sans borne; il daigna les aimer jusqu'à la fin, c'està-dire leur donner de cet amour le gage le plus précieux. Dès qu'il fut à table pour prendre avec <mi\ sou dernier repas, le cœur ton! embrasé de la

plus ardente charité, il leur dit ces paroles, qu'il adressait à nous tous en leur personne : Mes chers disciples, sachez que durant toute ma vie je n'ai rien désiré plus ardemment que de célébrer avec vous cette dernière cène, après laquelle je dois aller m'immoler pour votre salut. Desiderio desideravi hoc pascha manducare vobiscum antequam patiar (1).

Sur la table se trouve l'agneau pascal, figure de notre divin Sauveur : l'agneau devait être mangé tout entier. Ainsi le jour suivant l'Agneau de Dieu, Jésus-Christ, devait être à la face du monde consumé de douleurs sur l'autel de la croix.

Ce repas terminé, Jésus donne à ses disciples un nouvel exemple d'humilité et de charité : à genoux devant chacun d'eux, il leur lave les pieds qu'il essuie de ses propres mains. Ainsi donc le Roi de l'univers, le Fils unique de Dieu s'abaisse jusqu'à laver les pieds de ses créatures ! 0 Anges du ciel, qu'en dites-vous? C'eût été une grande faveur si Notre-Seigneur leur eût permis de laver ses pieds de leurs larmes, comme il le permit à Madeleine ; mais non, il voulut se mettre aux pieds de ses serviteurs, pour nous laisser à la fin de sa vie ce sublime exemple d'humilité et cette nouvelle preuve de son immense amour pour les hommes.

AFFECTIONS ET PRIÈRES

0 mon Jésus, je le comprends, ce désir que vous exprimiez de manger cette dernière pâque avec vos disciples, n'est autre que le désir qui vous presse de donner votre vie pour nous, vos pauvres

(!) Luc, 22, 15.

et indignes créatures. Ah! mon Dieu, un amour si généreux, un si ardent désir ne devrait-il pas embraser nos cœurs jusqu'à nous faire ambitionner de souffrir et de mourir pour vous, qui avez tant souffert et qui êtes mort pour nous. Mon bienaimé Rédempteur, faites-nous connaître votre sainte volonté : nous voulons vous complaire en tout. Oui, mon Dieu, votre bon plaisir sera désormais notre unique loi; nous le voulons pour correspondre, au moins suivant notre faible mesure, à l'immense amour que vous nous portez. Avivez en nous de jour en jour cette heureuse flamme; qu'elle nous fasse oublier le monde et nous-mêmes pour ne penser plus désormais qu'à contenter votre cœur si aimant. Et à cet amour, ô Jésus, dans notre cœur comme dans le vôtre, daignez joindre l'indispensable vertu d'humilité.

Contemple, ô mon âme, ton Jésus se levant de table : il quitte ses vêtements, se ceint d'un linge, verse de l'eau dans un bassin, et, à genoux devant ses disciples, se met à leur laver les pieds!

Et nous, Seigneur, serons-nous donc toujours des orgueilleux qui ne savent souffrir un mot de mépris, un manque d'attention, sans concevoir aussitôt du ressentiment et des désirs de vengeance; nous qui par nos péchés avons mérité d'être foulés aux pieds des démons dans l'enfer? Ah ! mon Jésus, votre exemple ne nous fera-t-il pas chérir les mépris et les humiliations? Je vous promets, ô mon bon Maître, de supporter à l'avenir toutes les injures et tous les affronts pour L'amour de vous.

<> Main1, ô vous <|ui êtes après Jésus le plus parfait modèle d'humilité, laiies que je sois,

lu

comme Jésus et vous, vraiment humble de cœur.

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