JÉSUS INSTITUE LE TRES-SAINT-SACREMENT
Après le lavement des pieds, ce grand acte d'humilité, dont le divin Maitre recommanda la pratique à ses disciples, Jésus reprit ses vêtements, et, s'étant remis à table, il voulut donner aux hommes la suprême preuve du tendre amour qu'il leur portait : ce fut l'institution de la sainte Eucharistie, Jésus prit du pain, le bénit, le rompit et le donna à ses disciples en disant : « Prenez et mangez ; ceci est mon corps. » Accipite et comedite; hoc est corpus meum (1). Ensuite il leur recommanda de se rappeler chaque fois qu'ils renouvelleraient ce mystère, la mort qu'il allait souffrir pour leur amour : « Toutes les fois que vous ferez ceci, faites-le en mémoire de moi. » Hoc facite in meam commemorationem (2). Paroles que saint Paul explique en ces termes : Chaque fois que vous mangerez ce pain et que vous boirez ce calice, souvenezvous de la mort du Seigneur (3).
Jésus en agit alors comme un prince, qui, aimant tendrement son épouse et se sentant près de mourir, choisirait le plus beau joyau de son trésor et le lui présenterait en disant : Ma chère épouse, je vais bientôt mourir; afin que tu ne m'oublies pas, je te laisse ce précieux souvenir ; chaque fois que tu le regarderas, qu'il te rappelle
(i) Caenantibus autem eis, accepit Jésus panem et henedixit, acfregit, deditque disoipulis suis, et ait:... {Matin.. 26,2b.)
(2) Luc, 22, 19.
(3) Quotiescumque manducabitis panem hune et calirem bibetis, mortem Domini annuntiabitis. (/, Cor., 11, 26.)
ma personne et mon affection. — « Aucune langue ne saurait exprimer, dit saint Pierre d'Alcantara, Timmense amour de Jésus-Christ pour toutes les âmes en état de grâce; c'est pourquoi, obligé de quitter la terre et ne voulant pas qu'elles l'oublient quand il sera éloigné, il leur laisse pour souvenir ce divin Sacrement, où il réside lui-même. Entre ses épouses et lui, il ne voulut pas d'autre gage que lui-même, pour que sa mémoire restât toujours vivante (1). » Combien donc nous réjouissons Jésus-Christ quand par de ferventes communions nous nous souvenons de sa passion, puisque dans sa bonté il a institué le sacrement de l'autel pour nous rappeler continuellement l'immense amour qu'il nous a témoigné en mourant pour nous.
AFFECTIONS ET PRIÈRES
0 mon Jésus, ô divin Époux de nos âmes! jusqu'où sont allés les transports de votre amour pour les hommes! Vous voilà devenu leur aliment! Dites-moi, que vous reste-t-il encore à faire, pour nous obliger à vous aimer? Dans la sainte communion vous vous donnez tout à nous, sans réserve; il est donc juste que nous nous donnions à vous tout entiers, sans aucune réserve. Que d'autres ;iiment les richesses, les honneurs, les plaisirs de ce monde : pour moi, ô mon bon Maître, je veux être tout à vous; je ne veux aimer que vous. Vous avez dit que celui qui se nourrit de voii chair adorable doit vivre pour vous seul. Qui mandueai me, et ipse vivet propter me (2).
(1) De l'Or, et de la Méd., p. 1, ch. îv.
(2) Jo., 6, 58.
Tant de fois déjà vous m'avez permis de prendre cet aliment divin : faites-moi donc mourir à moimême et vivre uniquement pour vous aimer et vous plaire.
Mon Jésus, je veux placer en vous seul toutes mes affections; aidez-moi à vous être fidèle. 0 Amour de mon âme, digne d'un amour infini ! vous ne sauriez me donner une preuve plus évidente de votre tendre amour. 0 mon Jésus, quand donc serai-je tout à vous, comme vous êtes tout à moi lorsque je vous reçois dans ce Sacrement d'amour? De grâce, éclairez-moi et faites-moi connaître de plus en plus combien vous méritez d'être aimé, afin que je vous aime toujours davantage et que je ne cherche plus qu'à vous plaire. Je vous aime, mon souverain bien, ma joie, mon amour et mon tout.
0 Marie, obtenez-moi un grand amour pour le Saint-Sacrement.