‹ Le divin SauveurChapitre 51 sur 103 · LA VUE DE NOS PECHES CAUSE A NOTRE-SEIGNEUR SA CRUELLE AGONIE · texte numérisé non relu

LA VUE DE NOS PECHES CAUSE A NOTRE-SEIGNEUR SA CRUELLE AGONIE

Autant le Verbe éternel aimait son Père, autant il haïssait le péché, dont il pénétrait toute la malice. C'était afin d'ôter le péché du monde et de ne plus voir offenfer son Père bien-aimé, qu'il s'était fait homme, qu'il avait résolu de souffrir une Passion et une mort si douloureuses. Mais à la vue de tant de péchés, qui malgré toutes souffrances allaient encore se commettre dans Le inonde, sa douleur fut extrême. «Jamais pénitent, dit saint Thomas, ne ressentit pareille douleur de

ses propres fautes (1); » elle surpassa toutes les peines qui peuvent affliger le cœur humain. C'est qu'il n'est point de souffrance pour l'homme qui ne soit tempérée de quelque consolation; tandis que la douleur de Jésus, remarque un auteur, fut une douleur pure et sans aucun adoucissement.

La vue d'un seul péché était capable de faire mourir Jésus de pure douleur. Or, dit saint Bernardin de Sienne, le divin Sauveur considéra dans l'amertume de son âme chaque péché de chacun de nous : Ad quamlibet culpam singularem habuit aspectum. Aussi qu'arrive-t-il? Procidit in faciem suam (2). « Il tombe la face contre terre. » Jésus, sentant peser sur lui l'obligation qu'il a volontairement contractée de satisfaire pour tous les péchés des hommes, se prosterne la face contre terre, et c'est dans cette attitude qu'il prie pour nous tous, comme si, chargé de tant d'iniquités, il avait honte de lever les yeux au ciel.

AFFECTIONS ET PRIÈRES

0 mon divin Rédempteur! je vous vois tout abîmé et comme broyé par la souffrance. Vous êtes dans les angoisses de la mort, et vous priez. Dites-moi, pour qui priez-vous? Ah ! si vous priez «h ce moment, c'est moins pour vous que pour moi. Vous offrez au Père éternel vos puissantes supplications unies à vos souffrances, pour m'obtenir, à moi misérable pécheur, le pardon de mes péchés. C'est bien ce que me dit votre Apôtre : Aux jours de sa vie mortelle, Jésus-Christ offrit à

(n Excessil omnem dolorem nijuscumquo contriti. (P. 3. q. 46. a. (i.) (2j MaUh.t 26,3'.».

celui qui pouvait le soustraire à la mort, des prières et des supplications, avec de grands cris et avec des larmes; et il fut exaucé à cause de son humble soumission à la volonté de son divin Père (1). Mon doux Sauveur, comment avez-vous pu tant aimer celui qui vous a tant offensé? Comment avez-vous pu vous résigner à tant souffrir pour l'amour d'un misérable comme moi, dont vous prévoyiez dès lors toute l'ingratitude à votre égard? De grâce, ô mon Maître affligé, faites-moi partager cette douleur que vous avez ressentie alors de mes péchés. Je les abhorre maintenant, et j'unis cette horreur à celle que vous en aviez dans le jardin des Olives.

Mon Sauveur, ne regardez pas mes péchés : l'enfer serait trop peu pour me les faire expier; mais considérez les souffrances que vous avez endurées pour moi, et pardonnez-moi. O amour de mon Jésus, vous êtes mon amour et mon espérance. Seigneur, je vous aime de toute mon âme, et je veux vous aimer toujours. Ah ! par les mérites du dégoût et de la tristesse que vous avez éprouvés dans le jardin de Gethsémani, accordez-moi la ferveur dans votre amour et le courage de travailler pour votre gloire. Par les mérites de votre agonie, donnez-moi la force de résister à toutes les tentations de la chair et de l'enfer. Faites-moi la grâce de toujours me recommander à vous et de répéter sans cesse à votre exemple : Mon Père, que votre volonté soit faite et non la mienne (2).

Vierge sainte, ô ma Mère, faites que j'accepte

(1) Qui in diebus carnis sua?, çreces supplicationesquo, ad eum qui possit illum salvum lacère a morte, cum clamore valido et lacrymis offerens, exauditus est pro sua reverentia (Heb., 5, 7.

(2) Non quod ego ™io, sed quod tu. {Marc, 14, 36.)

toujours les épreuves de cette vie avec une parfaite soumission à la volonté de Dieu.

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