‹ Le divin SauveurChapitre 50 sur 103 · JÉSUS COMMENCE SA PASSION PAR LA PLUS CRUELLE AGONIE · texte numérisé non relu

JÉSUS COMMENCE SA PASSION PAR LA PLUS CRUELLE AGONIE

Hymno dicto, exierunt in montera Oliveti (1). « Après l'action de grâces, Jésus sort du cénacle avec ses disciples ; il se rend au jardin de Gethsémani, sur la montagne des Oliviers, et là il se met à prier. » Mais, hélas! à peine sa prière est-elle commencée qu'il se sent envahi par la crainte, le dégoût, une profonde tristesse ; il pousse un profond gémissement, et de ses lèvres s'échappe cette parole d'une angoisse extrême : Tristis est anima

(1) Matth., 26, 30.

mea usquc ad mortem (1). « Mon âme est triste jusqu'à la mort. » Ah! c'est qu'alors se présente à ses regards l'horrible spectacle de tous les tourments et de tous les opprobres qui lui sont réserves. Dans sa Passion, il subit ces tortures l'une après l'autre, mais ici, toutes se réunissent pour l'accabler : soufflets, crachats, fouets, épines, clous, outrages de tout genre. Il les accepte avec soumission, mais en les acceptant il frémit, il agonise et il prie. Factusin agonia prolixius orabat (2). — Qui donc, ô mon Jésus, vous oblige à endurer un tel tourment? — Ce qui m'y contraint, me répond ce tendre Sauveur, c'est l'amour que je porte aux hommes.

Pater, si possibile est, transeat a me calix iste (3). « Mon Père, si c'est possible, éloignez de moi ce calice d'amertume! » Ainsi prie Jésus pendant cette terrible agonie ; ce n'est pas afin d'éloigner le supplice qui l'attend, c'est afin de nous manifester quelle peine il endure pour l'amour de nous.

S'il fait cette prière, c'est encore dans le but de nous apprendre qu'au sein des tribulations il nous est permis de solliciter de Dieu notre délivrance, mais à la condition de nous conformer entièrement à sa sainte volonté; toujours nous devons dire avec notre divin Maître et modèle : Verumtamen, non sicut ego volo, sed sicut ht. « Cependant, mon Dieu, qu'il en soit non comme je veux, mais comme vous voulez. »

(i) Luc, 22, 43.

(2) Matth., 2G, 39.

3) Ibid.

in

AFFECTIONS ET PRIERES

Mon bien-aimé Rédempteur, oserais-je vous demander le pardon de tant d'injures que je vous ai faites si je n'avais pourm'ericourager à la confiance vos souffrances et vos mérites? Père éternel, ne regardez pas mes péchés; respice in faciem Christi tui (1); « regardez la face de votre Christ, » de ce Fils bien-aimé qui agonise en une sueur de sang afin d'obtenir de vous mon pardon. Regardez-le, et ayez pitié de moi.

Mais, mon Jésus, dans ce jardin témoin de votre agonie, il n'y a ni bourreaux pour vous flageller, ni épines pour percer votre tête sacrée, ni clous pour vous crucifier ; comment se fait-il donc que votre sang coule? Ah! je vous entends : ce ne fut pas la prévision de votre supplice, qui vous causa ces angoisses; car vous vous étiez spontanément offert à le subir, me dit votre Prophète : Oblatus est quia ipse voluit (2); la vraie cause de votre agonie et de votre sueur de sang, ce fut la vue de mes péchés. Oui, je le crois, voilà le cruel pressoir qui fît jaillir le sang de vos veines sacrées. Ainsi, ô mon doux Sauveur, ce qui a fait votre tourment et vous a si cruellement affligé dans le jardin de l'agonie, ce ne sont ni les bourreaux, ni les fouets, ni les épines, ni la croix, ce sont mes maudits péchés. Hélas ! pour une trop grande part j'ai contribué à vous affliger; j'ai augmenté vos souffrances de tout le poids de mes fautes, et je dois avouer que si j'avais moins péché, vous eussiez moins souffert.

(2) te.. 53, 7.

Mon bien-aimé Seigneur ! Je me repens de vous avoir tant offensé; j'en ai de la douleur, mais pas assez; je voudrais en concevoir une douleur capable de m'ôter la vie. Ah! par cette cruelle agonie que vous avez endurée dans le jardin de Gethsémani, faites-moi ressentir une partie de l'horreur que vous y avez éprouvée de mes péchés, et puisque je vous ai alors affligé par mon ingratitude, faites que je vous réjouisse désormais par mon amour. Oui, mon Jésus, je vous aime de tout mon cœur, je vous aime plus que moi-même; pour l'amour de vous je renonce à tous les biens, à toutes les joies de la terre. Vous êtes et vous serez toujours

In unique trésor, mon unique amour.

) Marie, obtenez-moi une grande horreur et une eère contrition de mes péchés.

NOTRE-SEIGNEUR s' ABANDONNE A LA CRAINTE, POUR NOUS MÉRITER LES GRACES DE FORCE ET DE COURAGE SI NÉCESSAIRES DANS LES MO- MENTS DOULOUREUX.

Cœpit Jésus pavere et tœdere, contristari et mœstus 1. Jésus, arrivé dans le jardin de Gethséinani, sent il bientôt son àme envahie par la crainte, le dégoûl et la tristesse.

D'abord il ('prouva une vive crainte de la mort el de toutes les souffrances qu'il devait bientôt subii' : Cœpit pavere. Mais quoi! n'est-ce pas lui qui s'est offert de son plein gré à subir tous les tourments de sa Passion? Le Prophète ne dit-il

(1) Marc, 14. 33. - Mallh., 26, 31.

pas : Oblatus est quia ipse voluit (1). « Il a été immolé, parce que lui-même l'a voulu ». N'est-ce pas lui qui a si ardemment désiré le temps de sa Passion? comme il le disait quelques instants auparavant : J'ai désiré ardemment de manger cette pâ que avec vous (2). D'où lui vient donc maintenant cette appréhension si vive de la mort, qu'il prie son Père de l'en délivrer? Pater mi, si possibile est, transeat a me calix iste (3), « Mon Père, si c'est possible, que ce calice s'éloigne de moi. »

« Par cette supplication, dit le vénérable Bède, Jésus veut nous faire comprendre qu'il est vraiment homme, sujet à la souffrance (4). » Ce bon Maître, ce tendre ami de nos âmes est bien décidé à mourir pour nous prouver son amour; mais il veut cependant écarter de notre esprit cette idée qui sera soutenue plus tard par certains hérétiques, qu'il n'a pris que les apparences du corps humain, un corps fantastique; ou bien que, par la vertu de sa divinité, il est mort sans éprouver aucune douleur. Il adresse donc cette prière à son Père, non pour être exaucé, mais pournous faire comprendre qu'il meurt comme homme, avec une grande horreur de la mort et des souffrances qui doivent l'accompagner.

AFFECTIONS ET PRIÈRES

Mon Jésus, par l'horreur que vous avez ressentie de mes péchés dans le jardin de Gethsémani, donnez-moi une vraie douleur de toutes les offenses

(2) l)<>si<lorio desideravi hoc pascha manducare vobiscum Luc. 22, 15).

(3) Matth., 26. M.

(4) Orat transire calicem, ut ostcndat quod vore homo orat In Marc, 14.)

dont je me suis rendu coupable envers vous. Péchés maudits, je vous hais et vous déteste, car vous m'avez fait perdre la grâce de mon Dieu. Seigneur, je me repens de m'être éloigné de vous. Que n'ai-je souffert tous les maux plutôt que de vous offenser une seule fois ! Ah ! quand je pense aux déplaisirs que je vous ai causés, mon doux Rédempteur, ce qui me fait pleurer, c'est sans doute l'enfer que j'ai mérité, mais c'est surtout votre amour pour moi; oui, car le feu de l'enfer où je mériterais d'être précipité est loin d'égaler en ardeur l'amour immense que vous m'avez témoigné dans votre Passion. 0 mon Jésus, je savais que vous vous êtes laissé lier pour moi, flageller pour moi, couvrir de crachats pour moi, attacher à une croix et mettre à mort pour moi ; comment donc ai-je pu tant de fois mépriser votre grâce et me retourner contre vous? Ah! je voudrais en mourir de douleur; au moins, je m'en repens et j'en suis souverainement affligé.

Je reconnais le mal que j'ai fait en me séparant de vous, ô Bien suprême! J'aurais dû subir toutes les humiliations, tous les outrages, tous les supplices plutôt que de vous offenser. Quel plus grand crime pouvais-je commettre que de consentir à perdre votre grâce? Ah! mon Jésus, rien ne m'alïlige comme le souvenir de ces péchés par lesquels je vous ai si indignement outragé, vous qui êtes la bonté infinie. — Je vous remercie, Seigneur, de la consolante promesse que vous avez faite aux pécheurs, d'oublier les fautes de celui. qui s'en repent. Tout cela est le fruit de votre Passion. O douce Passion, ô douce miséricorde, ô doux amour de Jésus, vous ries mon espérance !

Espérance des pécheurs, ô Marie, obtenez-moi le pardon de mes péchés.

NOTRE-SEIGNEUR S'ABANDONNE AU DEGOUT ET A LA TRISTESSE. IL VEUT SE REFUSER TOUTE SATISFACTION DANS l' ŒUVRE SI DIFFICILE DE NOTRE RÉDEMPTION,

Cœpit tœdere (i). Jésus, à peine arrivé dans le jardin, commence aussi à éprouver un profond dégoût pour les tourments qui lui sont préparés. En pareil cas, tout se change en amertume. Étant donc donné ce profond dégoût, quelles angoisses ne doit pas causer à Jésus l'horrible image qui se présente à son esprit, de toutes les peines extérieures et intérieures qui vont, le reste de sa vie, tourmenter si cruellement son corps et sa sainte âme! En ce moment il voit, d'une vue claire et distincte, toutes les douleurs qu'il doit endurer, toutes les humiliations qu'il doit subir de la part des Juifs et des Romains, toutes les injustices dont se rendront coupables ces hommes iniques qui se sont donné mission de le juger. Devant les yeux du Sauveur se dresse surtout la croix et cette mort désolée qu'il lui faudra subir, abandonné de tout le monde, des hommes et de Dieu même, plongé dans un océan de souffrances et d'opprobres. Tout cela lui cause un amer dégoût et l'oblige à demander secours à son divin Père.

Cœpit contristari et mœstus esse (2). A la crainte et au dégoût, vient se joindre dans l'âme de Jésus

1) Marc, 14, 33.

2) Matth., 26, 37.

une profonde tristesse une immense affliction. — Mais, Seigneur, n'est-ce pas vous qui avez donné à vos martyrs, au milieu de leurs souffrances, une joie qui allait jusqu'à leur faire mépriser les tourments? Au rapport de saint Augustin, saint Vincent s'exprimait avec tant d'allégresse durant son cruel martyre, que celui qui souffrait n'était pas, semblait-il, le Vincent qui parlait. Étendu sur son gril rougi au feu, saint Laurent goûtait une telle consolation, qu'il osait braver le tyran et lui crier : versa et manduca. Je suis assez rôti de ce côté; « retourne-moi et mange. » Comment donc, ô mon Jésus, vous qui inondiez de joie vos serviteurs au sein des plus cruels supplices, comment avezvous pris pour partage dans votre Passion une si amère tristesse? Ah! je lésais, c'est afin d'expier nos péchés et nos ingratitudes. C'est surtout afin de nous manifester votre immense amour pour nous, pauvres pécheurs.

AFFECTIONS ET PRIÈRES

Mon bien-aimé Seigneur, qu'elles sontcruelles, les angoisses de cepremier combat !0 Jésus, allégresse du paradis, c'est vous qui remplissez de joie vos élus, au ciel et sur la terre; c'est vous qui inondez de consolations vos martyrs au milieu de leurs souffrances : pourquoi donc vous vois-je maintenant si affligé et si triste? pourquoi vous entends-je dire que votre tristesse est capable de vous donner la mort ? 7'risiis est anima mea usque ad mortem (1). Mon doux Sauveur, pourquoi?... \hlje le comprends : dans le cours de votre Passion, les fouets,

(1) More, i I, 34.

les épines, les clous ne viendront que successivement vous faire souffrir; mais dans lo jardin, les douleurs de toute votre Passion vous assaillent toutes ensemble ; et vous acceptez tout cela pour mon amour, pour mon salut.

Et puis, il faut bien le dire, ce ne furent pas tant les douleurs de votre Passion que les péchés des hommes, et surtout les miens qui vous réduisirent à ce lamentable état. Oui, ce sont mes péchés qui en ce moment vous causèrent cette mortelle tristesse. Ah ! mon Dieu, combien j'ai de regret de ne vous avoir point aimé par le passé et d'avoir au contraire méconnu votre amour, votre divine volonté, pour suivre mes penchants criminels! Aujourd'hui, je déteste souverainement ma conduite et je m'en repens de tout mon cœur. Mon Jésus, pardonnez-moi.

Pardonnez-moi aussi, ô Marie, Mère de Jésus, d'avoir tant fait souffrir votre divin Fils.

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