‹ Le divin SauveurChapitre 65 sur 103 · COMBIEN FUT INHUMAINE LA FLAGELLATION DE NOTRE-SEIGNEUR · texte numérisé non relu

COMBIEN FUT INHUMAINE LA FLAGELLATION DE NOTRE-SEIGNEUR

Pour comprendre jusqu'à quel point fut cruelle et inhumaine la flagellation endurée par notre divin Sauveur, il suffit de considérer quelquesunes des circonstances qui la suivirent. Pourquoi en effet, le supplice terminé, Pilate montra-t-il Jésus au peuple en disant : Ecce Homo (1). « Voilà l'homme ? » C'est sans doute parce que, toujours convaincu de l'innocence du Sauveur et le voyant dans un état si propre à inspirer la pitié, il crut qu'il suffirait de le montrer aux Juifs pour les toucher de compassion et couper court aux cris de mort. Pourquoi sur le chemin du Calvaire, les femmes juives suivaient-elles Jésus en pleurant et en se lamentant, ainsi que le rapporte saint Luc : Une grande foule suivait Jésus allant au Calvaire; il y avait parmi ce peuple des femmes <{iii pleuraient et s'apitoyaient sur lui (2). Ces femmes

(1) Jo., 19, 3.

(2) Sequebatur autem illum multa turba populi, et mulierum qijœ plangebant et lamentabantur eum. {Luc, 23, 27.)

s'intéressaient-elles donc à lui et le croyaient-elles innocent? Non, les femmes partagent d'ordinaire les sentiments de leurs maris; elles le croyaient donc coupable; mais son horrible flagellation l'avait tellement rendu digne de pitié, qu'il arrachait des exclamations plaintives à ceux mêmes qui le haïssaient; aussi rien qu'en le voyant ces femmes ne pouvaient retenir leurs soupirs ni leurs larmes.

Pourquoi encore, durant ce douloureux trajet, les Juifs lui ôtèrent-ils la croix de dessus les épaules et en chargèrent-ils le Cyrénéen ? Avaientils donc compassion de Jésus et voulaient-ils alléger sa souffrance? Nullement, ces hommes iniques le haïssaient et s'ingéniaient à le tourmenter. Mais, suivant la remarque du vénérable Denis le Chartreux, ils ne craignaient rien tant que de le voir mourir sur le chemin. Ils voyaient Notre- Seigneur privé de tout son sang par la flagellation et à bout de forces, tellement que, pouvant à peine se tenir debout, il tombait et retombait sous le poids de sa croix, étant presque à chaque pas sur le point d'expirer. Or, ils voulaient le conduire vivant au sommet du Calvaire et le voir mourir en croix afin que son nom fût à jamais infâme, comme ils l'avaient décidé, accomplissant ainsi la prophétie de Jérémie : Eradamus eum de teira rien Un m, et nomen ejus non memoretur amplhu (1). u Faisons-le disparaître de la terre des vivants et que jamais plus personne ne se souvienne de lui! » Voilà pourquoi ils contraignirent Simon le Cyré- QÔen à porter la croix.

(1) Jrr.. II. m.

AFFECTIONS ET PRIERES

Ainsi donc, ô mon Sauveur ensanglanté, tel est l'état lamentable où vous ont réduit nos péchés. « O bon Jésus, vous dirai-je, avec saint Bernard, c'est nous qui sommes les coupables, et c'est sur vous que tombe le châtiment (I)! Mon doux Sauveur, tout votre corps ne forme plus qu'une plaie. Votre beau visage a perdu toute sa beauté ; maculé de sang, sillonné de meurtrissures et souillé de crachats il est horrible à voir. Non est ei species neque décor; et vidimus eum et non erat aspectus (2). « Il n'a plus ni aspect, ni beauté, dit Isaïe; nous l'avons vu, et il était méconnaissable. » Mais plus je vous vois défiguré, ô mon Sauveur, plus je vous trouve beau et digne d'être aimé. Que sont en effet ces plaies et ces souillures, sinon des marques de votre bonté et de votre amour pour moi? — Bénie soit à jamais votre immense charité! Soyez aimé comme vous le méritez par tous les pécheurs, et principalement par moi, qui, plus que personne, vous ai malheureusement méconnu.

Je vous aime, mon Jésus, blessé et déchiré pour moi! Que ne puis-je moi aussi, me voir déchiré pour vous; que j'envie le sort de tant de martyrs qui ont eu ce bonheur ! Si je ne puis vous oflrir des plaies et du sang, je vous offre au moins toutes les peines que j'aurai à souffrir. Je vous offre mon cœur et je veux l'employer à vous aimer avec toute la ferveur dont je suis capable. Hé ! qui pourrais-je aimer plus ardemment qu'un Dieu

(1) O bone Jesu, nos peccavimus et tu luis !

flagellé, et ensanglanté pour moi? je vous aime, o Dieu d'amour; je vous aime, Bonté infinie; je vous aime, mon amour, mon tout; je vous aime et je veux répéter sans cesse, en cette vie et en l'autre, je vous aime, je vous aime.

O Marie, obtenez-moi une tendre compassion pour les souffrances de mon Sauveur.

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