‹ Le divin SauveurChapitre 66 sur 103 · LE CORPS DE JÉSUS-CHRIST A ETE FORME TOUT EXPRÈS POUR SOUFFRIR · texte numérisé non relu

LE CORPS DE JÉSUS-CHRIST A ETE FORME TOUT EXPRÈS POUR SOUFFRIR

« Tout ce que l'homme peut avoir à souffrir en cette vie ne saurait égaler les douleurs soit intérieures soit extérieures que Jésus-Christ endura dans sa Passion, dit saint Thomas (1). » Pour comprendre l'intensité de ses souffrances physiques, il suffit de savoir que son corps lui avait été donné par son divin Père et formé par l'Esprit-Saint tout exprès pour qu'il fût à même de beaucoup souffrir. C'est le Sauveur qui l'affirme par la bouche de saint Paul : Corpus autem aptasti inilii (2). « Vous m'avez formé un corps. » Le Docteur angélique remarque que la souffrance affecta tous les sens : le toucher, par d'innombrables blessures; le goût, parle fiel et le vinaigre; l'ouïe, par les blasphèmes et les dérisions; la vue, par l'aspect de sa Mère, présente à son supplice. Le Sauveur souffrit aussi dans tous ses membres : sa tôte sacrée fut tourmentée par les épines, ses mains et ses pieds par les clous, son visage par

dnloi

Uterqoe tutein dolor In Chrtsto fuit innximus Inter orei pratentis fit». (P. 9. q. 46. n. 6.) [%) lleb.. 10, 5.

les soufflets et les crachats, tout son corps enfin par les fouets. Mais c'est surtout dans ce cruel supplice de la flagellation que se vérifia la prédiction d'Isaïe, lequel avait annoncé que le Rédempteur apparaîtrait comme un lépreux qui n'a plus un lambeau de chair intact et qui n'offrant aux regards que plaies, de la tête aux pieds, fait horreur à voir. On peut en juger par ce fait que Pilate espéra fléchir les Juifs acharnés à la perte de Jésus, en le leur montrant après la flagellation : c'est dans ce dessein que du haut de son balcon il le présenta au peuple en disant : Ecce Homo. « Voilà l'homme. »

En outre, remarque saint Isidore, si la violence même du mal affaiblit et finit par émousser le sentiment de la douleur (1), il n'en fut pas ainsi pour Jésus : ses suprêmes souffrances lui furent tout aussi sensibles que les premières, et les derniers coups de fouet ne le furent pas moins que les premiers. Ce qui suffirait à nous en convaincre, c'est que la Passion du Rédempteur fut moins l'ouvrage des hommes que de la justice de Dieu. Dieu voulait châtier son fils avec toute la rigueur que méritaient les péchés de tous les hommes.

AFFECTIONS ET PRIÈRES

0 mon aimable Rédempteur! C'est donc au prix de tant de souffrances que vous avez voulu gagner mon amour ! Et il y aura des hommes qui croient en vous, qui croient à votre Passion, et qui ne vous aiment pas! Hélas! oui, il y en a beaucoup

(I) Prae dolorjs maguitudine sensum doloris umittunt.

qui ne veulent même pas vous connaître, beaucoup qui vous connaissent et ne veulent pas vous aimer ! Ce qui me console, c'est la pensée que vous êtes l'amour de tous vos saints, l'amour de Marie, l'amour de Dieu votre Père. 0 amour infini, faites-vous connaître, faites-vous aimer de tous les hommes ! Ah! que ne puis- je, au prix de mon sang et de ma vie, enflammer tous les cœurs de votre amour! Que dis-je? Moi-même par le passé, malgré les vives lumières qui m'ont fait connaître votre amour pour moi, j'ai vécu tant d'années sans vous aimer ! Mais enfin, par les divins artifices de votre bonté, vous avez touché mon cœur et gagné mon amour. Autrefois j'ai eu le malheur de perdre votre grâce; mais la douleur que j'en ressens aujourd'hui, le désir que j'ai d'être à vous, et principalement la mort que vous avez soufferte pour moi, ô mon Amour, m'inspirent la confiance que déjà vous m'avez pardonné, et qu'avec votre grâce vous m'avez rendu votre amour.

O mon Jésus, puissé-je mourir pour vous comme vous êtes mort pour moi! Quand même nul châtiment n'atteindrait ceux qui ne vous aiment pas, je ne voudrais jamais cesser de vous aimer. Vous plaire, voilà désormais l'unique but de tous mes eflorts. C'est vous qui me donnez Ge bon désir; donnez-moi aussi la force de l'accomplir. Mon amour, mon espérance, ne m'abandonnez pas; faites que je réponde désormais et jusqu'à la fin <lr ma vie, à l'amour spécial que vous m'avez porté. Vous voulez que je sois tout à vous : JG \tu\ vous appartenir entièrement. Je vous aime. mon Dieu, mon trésor, mon tout! Je \<n\ vivre et

mourir en répétant sans cesse : Je vous aime, je vous aime, je vous aime.

0 Marie, faites que toujours j'aime Jésus-Christ.

SI JÉSUS-CHRIST EST COURONNE D'ÉPINES, C'EST POUR EXPIER NOS PECHES DE PENSEE.

Les bourreaux, à bout de forces, cessèrent enfin de flageller Jésus ; sur son corps tout déchiré par les fouets on remit ses vêtements. Mais voici que les principaux ennemis du Sauveur excitent à prix d'argent ces misérables à charger de nouveaux tourments leur innocente victime. Inspirés par le démon, ils ont bientôt trouvé ce qu'ils cherchent : ils vont faire de Jésus un roi de théâtre auquel ils imposeront de nouvelles humiliations et de nouvelles tortures. Alors, dit saint Matthieu, les soldats du gouverneur prirent Jésus, le menèrent dans le prétoire et rassemblèrent autour de lui toute la cohorte. Ils le dépouillèrent de ses vêtements et le revêtirent d'un manteau d'écarlate; puis, tressant une couronne d'épines, ils la lui mirent sur la tête avec un roseau à la main (1). Les voilà donc qui lui arrachent une seconde fois ses habits, puis ils lui jettent sur les épaules une pièce d'étoffe rouge, lambeau déchiré du manteau appelé chlamide, que portaient les soldats romains. Ils lui mettent ensuite dans la main un roseau en guise de sceptre, et sur la tête en guise de couronne un faisceau d'épines.

(1) Tune milites prsesidis, suscipientes Jesum in praetorium, congregaverunt ad eum universam cohortem. Et exuentes eum, chlamidem coccineam circumdederunt ei. Et pleetentes coronam de sçinis, posuerunt super caput ejus, et arundinem in dextera ejus. {Malth., 27, 21.)

0 épines, cruelles épines, vous allez donc, vous aussi, tourmenter votre Créateur! — Mais pourquoi nous en prendre aux épines, à d'innocentes créatures? « Nos péchés, nos mauvaises pensées, voilà, dit saint Augustin, les épines maudites qui percèrent la tête de Jésus-Christ (1). » Jésus couronné d'épines apparut un jour à sainte Thérèse; et comme la sainte lui témoignait sa compassion, le Seigneur lui dit : « Thérèse! ce qui doit surtout exciter ta compassion, ce ne sont point les blessures que më firent les épines des soldats romains; plains-moi plutôt à cause des plaies que me font les péchés des chrétiens (2). »

AFFECTIONS ET PRIÈRES

0 mon Jésus! combien d'épines n'ai-je pas ajoutées à votre couronne par les pensées mauvaises auxquelles j'ai volontairement consenti! Je voudrais en mourir de douleur. Pardonnez-moi, par les mérites de ce tourment que vous avez voulu souffrir précisément pour pouvoir me pardonner tous mes péchés de pensée. A quel point je vous vois humilié et maltraité, ô mon aimable Sauveur! Ces douleurs, ces opprobres, vous les subissez volontiers afin de m'exciter à une généreuse compassion qui me fasse mettre un terme à mes offenses. Je vous comprends, ô mon bon Maître; ne souffrez pas davantage : je suis persuadé de votre amour pour moi, et je vous aime de toute mon àme.

O Dieu tout aimable, quand viendra donc le jour où je m'unirai tellement à vous, que rien

Spiii.r quid, ntsi l'i'cra tores?

(2) Vie, ml dit.

au monde ne pourra plus me séparer de vous et que je ne pourrai plus cesser de vous aimer? Hélas! Seigneur, tant que je vis sur la terre, je suis toujours en danger de vous trahir et de vous refuser mon amour comme je l'ai fait malheureusement par le passé. Ah! mon Jésus, si, en vivant plus longtemps, je devais tomber dans cette souveraine calamité, je vous en conjure, faites-moi plutôt mourir en ce moment où j'ai la confiance d'être en grâce avec vous. Je vous en prie par votre Passion, éloignez de moi un si affreux malheur, que je mérite, il est vrai, à cause de mes péchés, mais que vous ne méritez pas, vous, ô mon bon Maître. Infligez-moi tel châtiment que vous voudrez, mais non pas celui-là. Non, mon Jésus, mon Jésus, je ne veux plus me voir séparé de vous.

Marie, ô ma Mère, attachez-moi à Jésus par les liens d'un parfait amour.

Page 1