JÉSUS DÉFIGURÉ, TOUT COUVERT DE SANG, EST
devenu méconnaissarle; mais il n'en EST
QUE PLUS AIMARLE.
Le prophète ïsaïe, après avoir considéré en esprit le Sauveur supplicié, déchiré, ensanglanté, l'interroge en ces termes : Pourquoi donc votre vêtement est-il rouge comme les vêtements de ceux qui foulent le pressoir (1), au temps de la vendange? — Et le Seigneur répond : Torcular calcavi solus, et de gentibus non est vir mecum (2). « J'a foulé seul le pressoir, et il ne s'est pas trouvé un seul homme au monde pour le fouler avec moi. » Par ce pressoir, Tertullien, saint Gyprien et saint Augustin entendent la Passion de Jésus-Christ, dans laquelle son vêtement, c'est-à-dire sa chair sacrée, fut tout couvert de sang et de plaies, comme le dit saint Jean dans l'Apocalypse : Ves-
(1) Quare ergo rubrum est indumentum tuum, et vestimenta tua sicut calcantium in torculari. ifs., 63. 1.)
(2) Jàid.
titus erat vente aspersa sanguine (1). « 11 était vêtu d'une robe teinte de sang; et il se nomme le Verbe de Dieu. »
« Dans ce même pressoir, remarque saint Grégoire, le Sauveur a été foulé et il a foulé (2). » Il a foulé, car par sa Passion il a vaincu les démons; il a été foulé, puisque son corps adorable fut broyé dans les tourments comme le raisin sous le pressoir, suivant cet autre trait prophétique : Et voluit Dominus conterere eum in infirmitate (3). « Le Seigneur a voulu le broyer dans sa faiblesse », c'est-à-dire dans ce corps dont il s'est revêtu afin de pouvoir souffrir pour nous.
Voilà donc ce divin Messie, qui était le plus beau de tous les hommes (4), le voilà tellement défiguré sous les tortures qu'il fait horreur à voir; mais il n'en paraît que plus beau aux âmes dont il est aimé; car ces meurtrissures, ces plaies, ces chairs déchirées ne sont-elles pas autant de marques, autant de preuves de son amour pour nous?
AFFECTIONS ET PRIÈRES
0 Mon Jésus flagellé, couroné d'épines, tout couvert de votre sang et tout défiguré ! vous n'avez rien négligé pour vous faire aimer des hommes ; et cependant, combien en est-il qui vous aiment véritablement? Ah! malheureux que je suis! vous savez comment moi-même je vous ai aimé par le passé, ou plutôt quel mépris j'ai fait de votre
(1) ApOC.y 19, 13.
(2) TorcuWir in quo C&lCAtUS calcavit '/,i Sz. nom ,1$.) 3) /s.. 53, 10.
(4) Spei-iosus forma prœ Ûliis hominum. {Ps., 44, 3.
amour. Que ne puis-je en mourir de douleur! Je me repens, mon bien-aimé Rédempteur, de vous avoir ainsi méprisé. De grâce, pardonnez-moi, et avec le pardon accordez-moi de vous aimer. Ne souffrez pas que je méconnaisse plus longtemps l'immense amour que vous m'avez porté. Maintenant je vous aime, mais je vous aime trop peu. Vous méritez un amour infini ; faites que du moins je vous aime autant que je le pourrai.
Ah ! mon Sauveur, ma joie, ma vie, mon tout, qui donc voudrai-je aimer, si je ne vous aime pas, vous qui êtes le Bien infini? Que toujours ma volonté soit l'humble servante, l'esclave de votre sainte volonté. Pour moi vous avez bien voulu endurer tant de souffrances ; pour vous je m'oftre à souffrir autant qu'il vous plaira. Éloignez de moi toutes les occasions dans lesquelles vous savez que je vous offenserais. Ne nos inducas in tentationem. Écartez de nous les tentations, et délivrez-nous du mal. Libéra nos a malo. Délivrez-moi du péché, ô mon Dieu, et puis disposez de moi selon votre bon plaisir. Je vous aime, Bonté infinie, et je suis prêt à subir tous les maux, voire même l'anéantissement, plutôt que de vivre sans vous aimer.
Sainte Marie, mère de Dieu, priez pour nous maintenant et à l'heure de notre mort.