‹ Le divin SauveurChapitre 75 sur 103 · JÉSUS REÇOIT L'AIDE DU CYRENEEN · texte numérisé non relu

JÉSUS REÇOIT L'AIDE DU CYRENEEN

Jésus portant sa croix avance à grand'peine sur le chemin du Calvaire, traîné violemment par les bourreaux, escorté par les princes de la synagogue et une populace qui vomit injures sur injures contre l'innocente victime. En sortant de la ville le cortège rencontre un homme de Cyrène nommé Simon; on l'arrête et on le contraint de porter la croix de Jésus (1). — Est-ce par compassion qu'on décharge Notre-Seigneur d'une partie de son lourd fardeau et qu'on en charge Le Cyrénéen? Non ; ce fut au contraire par un raffinement de haineuse cruauté. Voyant que Jésus à bout de forces est à chaque pas sur le point d'expirer, les Juifs craignent qu'il ne meure en route, avant d'arriver au Calvaire. Or, leur dessein n'est pas seulement qu'il meure; ils veulent lui infliger l'ignominie du crucifiement pour que sa mémoire reste à jamais infâme ; car le supplice de la croix était une malédiction aux yeux de tous les peuples, comme le dit saint Paul : Maledictus, qui

(1) Invonorunt hominem Cyrenaeum, nomine Simonem: hune angariaverunt ut tolleret crucem ejus. [Matth., 27, 32.)

pendet in ligna (1) : « Maudit, celui qui est suspendu au bois! »

Aussi, lorsqu'ils demandaient sa mort à Pilate les Juifs ne se contentèrent-ils pas de dire : faitesle mourir; mais ils ne cessaient de crier : Crucifigatur! Cruci/ige! Crucifige eum! « Qu'il soit crucifia: ! Crucifiez-le, crucifiez-le ! » Ils voulaient attacher à son nom une telle infamie, qu'on n'osât plus même l'articuler, suivant la parole prophétique de Jérémie : Eradamus eum de terra viventium, et nomen ejus non memoretur amplius (2). « Faisons-le disparaître de la terre des vivants, et que son nom n'y soit plus jamais prononcé. » Si donc ils allégèrent le fardeau du Rédempteur ce fut uniquement pour qu'il arrivât encore vivant sur le Calvaire et qu'ils eussent ainsi l'horrible satisfaction de le voir mourir crucifié et déshonoré.

AFFECTIONS ET PRIERES

0 mon Jésus, si, comme l'a prédit le Prophète, Dieu vous a chargé de tous les péchés des hommes : Posuit Deus in eu iniquitatem omnium nostrum (3); il faut avouer que j'ai par mes péchés rendu bien pesante la croix que vous avez portée au Calvaire. Ah! mon doux Sauveur, vous voyiez dès lors les injures que je devais vous faire, et toutefois vous n'avez pas laissé de m'aimer cl de m. ■ préparer ces miséricordes immenses dont vous m'avez comblé dans la suite. Si donc je vous ai été cher, moi le plus vil et le plus ingrat des

(1) Gal.t 3, 13.

/ .. il, 19.

(3) Is., S3, 6.

pécheurs, moi qui vous ai tant offensé, il est bien juste qu'enfin vous me soyez cher, vous, mon Dieu, beauté et bonté infinie, qui m'avez tant aimé. Ah! puissé-je ne vous avoir jamais oftensé!

Maintenant, mon Jésus, je reconnais mes torts à votre égard. — 0 péchés maudits, qu'avez-vous fait? vous avez rempli d'amertume le cœur si tendre de mon Rédempteur qui m'a tant aimé ! — De grâce, ô mon Jésus, pardonnez-moi, car je me repens de vous avoir offensé ; à l'avenir vous serez l'unique objet de mon amour. O aimable Infini, je vous aime de tout mon cœur et je suis résolu de n'aimer plus que vous. Seigneur, je vous dis avec saint Ignace : « Donnez-moi votre grâce et votre amour ; je ne vous demande rien de plus (2): »

Marie, ma Mère, obtenez-moi ce grand trésor de la grâce de Dieu et de son saint amour.

JÉSUS, PARLANT AUX FEMMES DE JERUSALKM, NOUS DIT QUELS SENTIMENTS DOIT NOUS INS- PIRER LA VUE DE SES SOUFFRANCES.

Dans son trajet du prétoire au Calvaire, Jésus en était réduit à un état si lamentable qu'à son aspect bon nombre de femmes juives furent émues de compassion et ne purent s'empêcher de le suivre en pleurant et en le plaignant d'être victime d'une telle cruauté (3). Mais le Rédempteur se tournant vers elles leur dit : Filix Jérusalem; nolite flere

(2) Amorem tui solum et gratia tua mihi dones, et divei sum satis.

(3) Sequebatur autem illum multa turba populi et mulierum, quîe plangebant et lamentabantur eum. {Luc, 23. 27.)

super me, sed super vos ipsas flete et super filios vestros (1), « Filles de Jérusalem ne pleurez pas sur moi; pleurez plutôt sur vous-mêmes et sur vos enfants; car si Von traite ainsi le bois vert comment le bois mort sera-t-il traité (2). Par ces paroles, Jésus nous donnait à entendre quel châtiment méritent nos péchés ; car si lui, innocent et Fils de Dieu avait à endurer tant de souffrances ot d'opprobres seulement pour s'être offert à payer nos dettes envers la souveraine justice, à quels châtiments ne doivent pas s'attendre les pécheurs impénitents en expiation de leurs propres fautes! Toi aussi, mon âme, regarde ton Sauveur allant à la mort, et ne sois pas insensible à la vue d'un Dieu qui va mourir pour toi; Vois avec quelle peine il avance, ce bon Maître, tout en plaies, couronné d'épines, chargé du lourd fardeau de la croix, entouré d'ennemis qui l'accablent d'injures et de malédictions. Son corps adorable ayant été tout déchiré par les fouets, à chaque pas, à chaque mouvement, il sent se renouveler la douleur de toutes ses blessures. La croix fait son supplice avant qu'il y soit attaché : elle pèse sur ses épaules écorchées et bat horriblement cou tre ces cruelles épines qui lui percenl la tête. Quelles souffrances! Cependant Jésus n'abandonne pas ce bois qui le tourmente; non, il ne l'abandonne pas, car c'est par le moyen de sa croix qu'il veut régner sur le cœur des hommes, ainsi que l'annonça prophétiquement [sale : Factus est principatus super kumerum ejus (3). « La marque dr sa

(1) lue., 83, 28.

Si in viri.li ligno hsc faciunt, Inaridoquld Ûet.(/Wd,31.) (3) Av., 9, 6.

puissance est sur son épaule. » Aussi ce qu'il réclame de nous, c'est moins des larmes de compassion que des larmes de contrition et d'amour.

AFFECTIONS ET PRIÈRES

Seigneur Jésus, je vous entends me dire comme aux femmes de Jérusalem : « ne pleure pas sur mes souffrances, mais sur tes péchés. » Je vous en remercie, mon bon Maître, car je sens que vos paroles font naître le repentir dans mon cœur. Je vous remercie en même temps de la consolante promesse que vous avez faite au pécheur d'oublier les fautes de celui qui se repent. Tels sont les fruits de votre Passion. 0 douce Passion, ô douce miséricorde, ô doux amour de mon Jésus! vous êtes mon espérance. Que je serais malheureux, ô mon Sauveur, si vous n'aviez par votre mort satisfait pour moi à la divine justice!

Qu'avez- vous fait, ô mon bon Maître? A quel excès vous a porté votre amour! Dans le moment même où je vous offensais vous pensiez à me pardonner; et après mon péché, quand je ne pensais pas à m'en repentir vous vouliez bien m'apeler à la pénitence! En un mot, si j'ai tout fait pour me damner, vous avez tout fait pour me sauver! Vous êtes un bien infini, et je vous ai méprisé ! Vous êtes mon Souverain Seigneur, et je me suis révolté contre vous! Vous êtes la Bonté infinie, et je me suis détourné de vous! Vous êtes digne d'un amour infini, de plus, vous m'avez infiniment aimé, et moi, non content de vous refuser mon amour, je vous ai causé tant de déplaisirs! Mais vous avez déclaré que vous ne savez pas mépriser un cœur contrit et humilié. Me

voici, Seigneur, je rentre en moi-même; j'embrasse votre croix : je regrette de tout mon cœur <lti vous avoir tant offensé. Recevez-moi dans votre grâce; je vous en supplie par le sang que vous avez répandu pour moi.

Espérance des pécheurs, ù Marie, obtenez-moi le pardon de mes péchés, la persévérance et Fanion r envers Jésus-Christ.

IL FAUT SUIVRE JESUS PORTANT SA CROIX, SI l'on VEUT LE SUIVRE DANS LA GLOIRE.

Si '/uis vult post me venire abneget semetipsum et tollat crucem suam et sequatur me (1). « Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il se renonce, qu'il porte sa croix tous les jours et qu'il me suivre. » — Il importe de faire quelques réflexions sur ces paroles de Jésus-Christ.

Le Seigneur dit d'abord : Si quelqu'un veut venir après moi. Il ne dit pas : à moi, mais, après moi. Post me. Puisque ce divin Maître exige que nous marchions après lui, il faut que nous suivions la même voie, c'est-à-dire le sentier hérissé de ronces et d'épines par où il a passé; il inarche en avant, et il ne s'arrête que lorsqu'il arrive sur le Calvaire, où il meurt. Si donc nous l'aimons, nous devons le suivre jusqu'à la mort. Pour cela, il faut que chacun renonce à soi-même : Abneget semetipsum, c'est-à-dire, qu'il se refuse les satisfactions «puson amour-propre demande mais qui ne plaisent pas à Jésus-Christ.

Le Sauveur ajoute : Tollat crucem suam quotidie ; « qu'il porte sa croix chaque jour. » Considérons attentivement chacune de ces expressions : Tollat « qu'il porte. » Il nous serait peu utile de porter notre croix de mauvais gré. Tous les pécheurs portent la croix, mais sans mérite ! Pour la porter d'une manière méritoire, il faut l'embrasser de bon cœur — Crucem « la croix. » Par le nom de croix on entend toutes les souffrances du corps et de l'âme. Jésus-Christ les appelle des croix, afin que ce nom nous les rende douces et chères en nous rappelant que c'est sur la croix qu'il est mort pour l'amour de nous.

Suam « la sienne ». Certaines personnes, lorsqu'elles goûtent quelques douceurs spirituelles, s'offrent volontiers à souffrir tout ce que les martyrs ont souffert : les chevalets, les ongles de fer, les larmes ardentes; mais elles ne peuvent supporter un mal de tête, un manque d'attention de la part d'un ami, la mauvaise humeur d'un parent. — Mon frère, ma sœur, Dieu ne demande pas de vous que vous enduriez les chevalets, ni les ongles de fer, ni les larmes ardentes; mais il veut que vous supportiez patiemment cette douleur, cette humiliation, cet ennui; Dieu veut que vous portiez la croix dont lui-même vous charge et non celle que vous désirez.

Quotidie « chaque jour ». Il en est qui reçoivent bien leur croix au moment où elle se présente, mais au bout de peu de temps ils se découragent et disent : maintenant je ne peux plus. — Cependant Dieu veut que vous continuiez de la porter avec patience, dussiez-vous la tenir sans cesse, jusqu'à la mort.

Notre saliil el noire perfection se trouvent donc dans ees trois mois mis en pratique : Nous renoncer, refusant à notre amour-propre toute satisfaction illégitime; — porter notre croix tous [es jours, la croix que Dieu nous envoie; — et suivre ainsi Jésus-Christ jusqu'à notre mort.

AFFECTIONS ET PRIÈRES

Mon Jésus, vous seul avez pu m'enseigner ces maximes de salut contraires à toutes les maximes du monde, et vous seul pouvez nous donner la force de porter patiemment les croix qui nous arrivent. Je ne vous demande pas que vous m'exemptiez de souffrir; je vous prie seulement de nVaccorder la grâce de souffrir avec patience el résignation. — Père éternel! votre divin Fils a promis que vous nous accorderez tout ce que nous vous demanderons en son nom : En vérité, en vérité, je vous le di* : tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom, il vous le donnera (1). Voici ce que je vous demande : Faites-moi la grâce de supporter patiemment toutes les peines de cette vie. Exaucez-moi pour l'amour de Jésus- Christ.

Et vous, ô mon Jésus, pardonnez-moi toutes les offenses que je vous ai faites en refusant de prendre patience dans les afllictions que vois m'avez envoyées. Donnez-moi votre amour, et il me donnera la force de tout souffrir pour vous plaire. Privez-moi de tout, des biens terrestres, de mes parents, de mes amis, de la santé du corps, de tontes les consolations, de la vie même;

(1) Amen, amen dlco robis, si oraid petfceritii Patron In nomine meo, «lal.it vobls. (./<>., 1G, 2:u

mais ne me privez pas de votre amour. Soyez toute ma richesse : je ne vous demande rien de plus.

Vierge sainte! obtenez-moi la grâce d'aimer constamment Jésus-Christ jusqu'à îa mort.

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