‹ Le divin SauveurChapitre 74 sur 103 · DOULOUREUX VOYAGE AU CALVAIRE · texte numérisé non relu

DOULOUREUX VOYAGE AU CALVAIRE

Les satellites de la justice sortent du prétoire escortant les condamnés, au nombre desquels on voit le Roi du ciel, le Fils unique de Dieu. La croix sur les épaules, il s'avance vers le calvaire où il doit mourir. Et bajulans sibi crucem, exioit in eum </ni dicitur calvariœ locum (1). « Et portant sa croix, dit saint Jean, il sortit pour se rendre au Calvaire. » — Vous aussi, célestes séraphins, sortez du Paradis, venez accompagner votre Seigneur que l'on conduit au supplice avec des malfaiteurs et que Ton va clouer sur le bois réservé aux insignes scélérats. — 0 spectacle affreux! ô sujet d'épouvante pour le ciel et la terre : on va supplicier un Dieu ! Le voilà donc ce Messie que naguère encore te peuple proclamait Sauveur du monde, qu'il r< vai! au mi lie a d'un concert de bénédictions, au cri mille fois répété de : Hosanna Filio David; benedictus qui venii in nomine Domini (2), « Honneur et gloire au Fils de David; béni soi! celui qui vimi

(1) Kl bajulnns ftibi crucem, oxi vit In eum, <|ui dicitur cal taris Locum •/<>., 19, 17.)

(2) Matin., 21, y.

au nom du Seigneur. » Le voilà lié, bafoué, maudit de tout le monde, une croix sur les épaules; il va mourir comme un criminel. 0 prodige de l'amour divin ! Dieu meurt du dernier supplice pour l'amour des hommes! Et il y aura des hommes qui n'aiment point Dieu !

Représente-toi, mon âme, Jésus accomplissant ce douloureux voyage. Comme on mène un agneau à la boucherie, ainsi l'on conduit à la mort ton aimable Rédempteur. Tout épuisé et affaibli par les tourments, à peine est-il encore capable de se tenir debout. Vois-le tout déchiré et couvert de plaies, portant ce faisceau d'épines sur la tête et ce bois pesant sur les épaules, et un bourreau le tire par la ceinture. Tout ensanglanté il marche, le corps penché en avant; ses genoux s'entrechoquent, il s'avance avec tant de peine qu'il semble à chaque pas sur le point d'expirer.

AFFECTIONS ET PRIÈRES

G mon Jésus, vous êtes mon Dieu, et comme Dieu vous ne pouviez mourir; mais vous avez voulu vous faire homme et homme mortel, aûn de pouvoir donner votre vie pour moi. Mon doux Rédempteur, comment, en voyant la miséricorde dont vous avez mille fois usé à mon égard et l'amour dont vous m'avez donné tant de preuves, comment puis-je ne pas mourir de douleur, si je me rappelle mes péchés et l'abus que j'ai fait de ces multiples grâces? Vous êtes descendu du ciel pour me chercher, moi brebis perdue, et je vous ai tant de fois repoussé loin de moi, préférant de misérables satisfactions! Mais aujourd'hui, puisque vous .me désirez encore pour votre serviteur, je renonce

à tout; je veux vous appartenir et c'est vous seul que je désire.

Je vous choisis pour Tunique objet de toutes mes affections. Dilectus meus mihi et ego Mi (1). « Mon bien-aimé est à moi et je suis à lui! » Faites que je vous aime toujours et que je ne cesse jamais de vous aimer. Pourvu que je vous aime, je consens à rester privé de toute consolation sensible, à souffrir même tous les maux de la terre. Je vois que vous me voûtez entièrement â vous, et moi je veux n'appartenir qu'à vous seul. Je sais que tout ce que le monde peut m'offrir n'est que mensonge, illusion, fumée, fange et vanité. Vous êtes le vrai et unique bien : aussi vous seul me suffisez. Mon Dieu, c'est vous seul que je veux et rien de plus. Seigneur, je le répète, écoutez-moi : c'est vous seul que je veux et rien de plus.

Marie, ma Mère, faites que je puisse toujours dire avec vous et en toute vérité : Mon Bien- Aimé est à moi et je suis à lui. Amen.

JÉSUS, NOUVEL ISAAC, s' AVANCE VERS LA MON- TAGNE PORTANT LE ROIS DU SACRIFICE.

Nous admirons la foi d'Abraham s'en allant sur l'ordre de Dieu immoler Isaac son fils unique; et nous avons compassion de ce jeune homme porlaul lui-même le bois sur lequel il doit iêtre immolé et consumé. Mais un spectacle encore plus admirable sollicite nos regards. Dieu le Père consent à immoler son fils unique pour te salul

M Cant.% 2, 16.

des hommes; et ce divin Fils porte sur ses épaules meurtries par la flagellation le bois d'ignominie sur lequel il doit être immolé. Isaac ignorait le dessein d'Abraham; mais Jésus, le Fils de Dieu, sait très bien qu'on va l'immoler sur le bois de la croix. Cependant il n'hésite pas un instant, il s'achemine vers le lieu du supplice. Ainsi s'accomplit la prédiction du prophète Jérémie : Ego quasi agnus mansuetus qui portatur ad victimam (1). « Je suis comme un innocent agneau qu'on porte à la boucherie. » — 0 ingrate Jérusalem ! est-ce ainsi que tu chasses ton Rédempteur chargé d'outrages, ce Dieu de bonté et d'amour, qui t'a comblée de ses bienfaits? — Hélas! telle est l'âme qui, répondant par l'ingratitude aux faveurs qu'elle a reçues de Dieu, l'offense et le bannit de son cœur.

Mon âme, regarde passer ton Sauveur condamné à mort; regarde ce véritable Isaac, dont le premier n'était que la figure. Vois comme il marche péniblement sous son lourd fardeau. Déjà la croix fait son supplice avant qu'il y soit attaché. Mais considère surtout l'amour qu'il te témoigne en ce voyage par lequel il va mourir pour toi.

AFFECTIONS ET PRIÈRES

0 mon Jésus, avec quels élans d'amour pour moi vous avez gravi cette montagne du Calvaire où vous deviez consommer le sacrifice auguste de votre vie divine. Que je serais donc ingrat si je no vous en témoignais ma vive reconnaissance ! — 0

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(1) Jer., Il, 19.

mon âme, embrasse aussi courageusement ta croix pour l'amour de Jésus, qui souffre tant pour ton amour. Vois comme il marche en avant avec la sienne, t'invitant à le suivre : « Si quelqu'un veut venir après moi, te dit ce bon Sauveur, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive. » Si quis vult post me ventre... tollat crucem suam et sequatur me (1).

Oui, mon Jésus, je m'unis à >ous; je ne veux pas vous abandonner; je veux vous suivre jusqu'à la mort. Mais vous, par les mérites de ce douloureux trajet, donnez-moi la force de porter avec patience et résignation les croix que vous m'enverrez. 0 mon Sauveur, que vous me rendez aimables les souffrances et les humiliations en les embrassant pour moi avec tant d'amour! Mon Jésus, vous allez mourir pour moi ; je veux aussi mourir pour vous plaire. Par le passé, je me suis éloigné de vous ; je voudrais en mourir de douleur; du moins, pour l'avenir, je suis résolu de ne plus vous quitter, ô mon Rédempteur, mon Dieu, mon amour et mon tout.

O Marie, ma Mère, procurez moi la force de porter toujours ma croix avec patience.

Le disciple bien-aimé, saint Jean, se présente à Marie et lui annonce que Pilate vient de condamner Jésus à mourir en croix : « Ah! Mère désolée, lui dit-il, voilà (pic votre Fils bien-aimé est con-

(1) Mallh., h'.. 24,

— 2ft0 —

damné au dernier supplice, et déjà il est en chemin, portant lui-même sa croix, pour aller au calvaire. Hâtez-vous de venir, si vous voulez le voir et lui donner le dernier adieu sur la route où il doit passer. »

Marie part avec saint Jean. Elle reconnaît le passage de son Fils au sang qu'il a répandu le long du chemin. C'est ce qu'elle-même a révélé à sainte Brigitte : « Aux vestiges de mon Fils je reconnaissais son passage; plus il avançait, plus la terre était rougie de son sang (4). » Selon saint Bonaventure, afin de rencontrer Jésus, Marie prit un chemin plus court et l'attendit dans un endroit par où il devait nécessairement passer. <« Ainsi la mère affligée marche au devant de son Fils affligé, » dit saint Bernard (2). Et pendant qu'elle attendait son Jésus, que de paroles blessantes ne dut-elle pas entendre contre ce cher Fils et peutêtre contre elle-même de la part des juifs qui la connaissaient!

Bientôt, hélas ! quel appareil barbare vient frapper ses regards! des clous, des marteaux, des cordes qu'on porte en avant, funestes instruments destinés au supplice de son Fils. Quel glaive pour son cœur, d'entendre le héraut qui publie à son de trompe la sentence portée contre son Jésus !

Après que furent passés les instruments, le héraut et les satellites de la justice, Marie lève les yeux et voit : 0 ciel! elle voit un jeune homme tout couvert de sang et de plaies de la tête aux pieds, portant un faisceau d'épines sur la tête et

(1) Rev., 1. I, c. 10.

(2) Mœstissima Mater mœstissimo Filio occurrit. [Med. VU. Chr., c. 'il.)

deux pesantes pièces de bois sur les épaules. Elle le regarde et peut à peine distinguer son visage; car, défiguré par les blessures, les contusions et le sang, il est devenu semblable à un lépreux, en sorte qu'on ne le reconnait plus : Nous l'avons vu, dit Isaïe; il était méconnaissable ; nous Vavons pris pour un lépreux. Son visage était tellement meurtri et couvert de sang, que nous n'avons pu le reconnaître (1).

AFFECTIONS ET PRIÈRES

0 Mère de Jésus et ma Mère! ô la plus affligée de toutes les mères ! par les mérites de la douleur que vous avez éprouvée en voyant votre bienaimé Jésus conduit à la mort, obtenez-moi la grâce de porter aussi avec patience les croix qu'il plaît à Dieu de m'envoyer. Heureux si je puis vous accompagner avec ma croix jusqu'à la mort! Vous avez porté en même temps que votre Jésus innocent une croix bien pesante; et moi qui suis pécheur, moi qui ai mérité l'enfer, je refuserai de porter la mienne? Oh! non, ne le permettez pas. Vous pleurez, ô tendre Mère; ah! je ne veux pas vous laisser pleurer seule; je veux unir mes larmes aux vôtres. Voici la grâce que je vous demande : Faites que je pense continuellement et avec une tendre dévotion à la Passion de Jésus- Christ et à vos douleurs, afin que tous les jours qui me restent ne soient employés qu'à pleurer lurs péchés, <ausc unique des souffrances de mon Rédempteur et des vôtres, ô ma Mère.

(1) Yidimiis ruin el non im;U aspectUS... Pnt;i\iinus eum quasi leprosum... Et quasi absconditui vultua ejua «< despectui, unde uec reputavimus eum. (/t., 53, 2-4.)

Ces souffrances, je l'espère, me mériteront pour l'heure de ma mort confiance et force afin que la vue de mes nombreux péchés ne me jette pas dans le désespoir. C'est par le mérite de ces mêmes souffrances que je dois obtenir mon pardon, la persévérance et le paradis, où j'espère aller me réjouir avec vous et chanter les miséricordes infinies de mon Dieu durant toute l'éternité. Ainsi j'espère, ainsi soit-il.

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