LU JÉSUS CRUCIFIÉ POUR NOTRE AMOUR
Notre Seigneur ayant été fixé à la croix au moyen des clous qu'on enfonça dans ses mains et dans ses pieds, on dresse cette croix, puis on la fait tomber violemment au fond du trou creusé dans le roc, et on l'y assujettit avec des pierres et des pièces de bois. Jésus reste ainsi suspendu entre deux voleurs condamnés à mourir avec lui. Ils le crucifièrent, dit saint Jean, et avec lui deux autres, qui furent placés, l'un à droite et l'autre à gauche de Jésus (1). Ainsi se vérifia la prophétie d'Isaïe : Et cum scelexatis reputatus est (2). « Il a été mis au nombre des scélérats. » Au sommet de la croix était fixée cette inscription : Jésus Nazarenus Rex Judœorum. « Jésus de Nazareth Roi des Juifs. » Les princes de la synagogue demandent que cette inscription soit modifiée; mais Pilate s'y refuse. Dieu voulait que tout le monde sût que les Juifs faisaient eux-mêmes mourir leur vrai Roi et Messit\ après l'avoir si longtemps attendu et désiré.
(I) Crucifixerunt eum, et mm eo alios duos, hinc et bine, médium autem Jesum. {Jo., 19, 18.) {■2) /s., 53, 12.
Jésus en croix! telle est la preuve qu'un Dieu nous donne de son amour ; et c'est dans cet état que le Verbe incarné se montre une dernière fois aux yeux du monde. Il est né dans une étable, et le voilà qui meurt sur une croix. A la fin comme au commencement de sa vie mortelle, il témoigne à l'égard des hommes un amour immense. Saint François de Paule, considérant un jour l'amour que Jésus-Christ nous témoigna par sa mort sur la croix, fut ravi en extase ; alors s'élevant de terre, il s'écria par trois fois d'une voix forte : « 0 Dieu charité! ô Dieu charité! ô Dieu charité ! » Le Seigneur voulait, par l'organe de son serviteur nous apprendre que jamais nous ne serons capables de comprendre l'amour infini dont il nous donna le gage en consentant à souffrir et àmourir pour nous.
Mon âme, approche-toi donc de cette croix avec une profonde humilité et une affectueuse confiance; va baiser cet autel où expire ton tendre Sauveur; mets-toi sous ses pieds de manière que son sang divin coule sur toi, et prie le Père éternel en disant comme les Juifs, mais dans un aulu' seni : Sanguis ejus super nos (1). « Que son sang tombe sur nous. » Oui, Seigneur, qu'il descende sur nous, ce sang précieux, et qu'il nous purifie de toutes les souillures de nos péchés!
A I I n TÏONS l'.T l'RIÈRES.
Mon Seigneur Jésus-Christ, vous m'aimez el vous voulez ([ne j»1 \ «mis aime; vous me le commandez et même vous me menacez de l'enfer si je ne vous aime pus. nui suis je donc, pour que
(I) Matlh., 27, 25.
vous teniez tant à être aimé de moi ? (Jue vous sert, dirai-je avec saint Augustin, de me menacer des peines éternelles? Quel plus grand malheur pourrais-je éprouver que de ne pas vous aimer, vous, mon Dieu infiniment aimable, mon Créateur, mon Rédempteur, mon paradis, mon tout? Par mes offenses, je le confesse, j'ai mérité d'être condamné à ne pouvoir plus vous aimer; mais vous m'aimez encore malgré mon indignité; vous continuez à me demander mon amour. Je vous entends même me répéter à l'oreille du cœur ce doux commandement : Diliges Dominum Deum tuum (1). « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur et de toute ton âme. »
0 mon amour, je vous en remercie; et pour obéir à ce doux précepte, je vous aime de tout mon cœur, de toute mon âme et de toutes mes forces. Je me repens de ne vous avoir point aimé par le passé; maintenant je préfère toute autre peine à celle de vivre sans vous aimer; je me propose d'avoir constamment en vue votre amour et votre bon plaisir. Mon Jésus, aidez-moi à faire continuellement des actes d'amour envers votre infinie bonté et à finir ma vie par un acte d'amour, afin d'aller vous voir face à face en paradis, où je vous aimerai parfaitement, sans cesse, de toutes mes forces et pendant toute l'éternité.
0 Mère de mon Dieu, priez pour moi. Amen.
(1) Mat th., 22,31.
(2) Pejus nihil fuit intcr omuia gênera mortium. [In /o., tr. 36.)
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