COMBIEN FUT DOULOUREUX LE LIT DE LA CROIX
<c Le supplice de la croix infligé au Sauveur fut, dit saint Augustin, le plus cruel de tous les supplices (2). » En effet, dans le corps humain, les mains et les pieds étant composés de muscles, de veines et d'une infinité de nerfs sont extrêmement sensibles. Or, quelle est l'affreuse situation du crucifié? Ses mains et ses pieds sont perforés de gros clous qui les fixent au bois de la croix, et le poids du corps tend sans cesse à agrandir les plaies formées parles clous. Ainsi, non seulement la souffrance est continuelle, mais elle va toujours en augmentant jusqu'à la mort.
Les souffrances de Jésus dépassèrent tout ce qu'on peut imaginer; car, dit le Docteur angélique, son corps, chef-d'œuvre de délicatesse et de sensibilité, avait été préparé par le Saint-Esprit tout exprès pour souffrir, comme le Sauveur lui-même l'affirme et comme l'atteste saint Paul quand il rapporte ces paroles de Jésus à Dieu son Père : Corpus <i h (un aptasti niihi (1). « Vous m'avez formé an corps. » De plus, ajoute saint Thomas, Jésus-Christ voulut que sa douleur lui proportfonnée an nombre infini des péchés de l'humanité, et capable d'offrir à Dieu une juste compensation pour les peines temporelles dues à toutes ces offenses.
Omonàme, contemple ton Seigneur, considère
(1) Heb., 10, 5.
Celui qui est ta vie suspendue à ce bois! Quels tourments il endure sur ce cruel gibet où il est fixé par ces trois clous de fer! Nul repos pour lui, aucune position qui puisse tant soit peu alléger ses souffrances. Tantôt il s'appuie sur ses mains et tantôt sur ses pieds; mais là où il s'appuie la souffrance augmente. Il penche à droite, à gauche, en avant, en arrière sa tête accablée; s'il la laisse tomber sur sa poitrine, ses mains se déchirent davantage; s'il l'incline sur les épaules, elles sont blessées par les épines; s'il l'appuie contre la croix, les épines pénètrent plus avant dans la tète. Ah ! mon Jésus ! qu'elle fut donc cruelle cette mort que vous avez endurée pour moi !
AFFECTIONS ET PRIÈRES
Je vous adore sur ce trône de douleur et d'ignominie, ô mon Rédempteur crucifié! L'inscription fixée au sommet de votre croix dit que vous êtes Roi : Jésus Nazarenus, Rex Judœorum « Jésus de Nazareth Roi des Juifs. » Mais, à part cette attestation, dérisoire au yeux des Juifs, quelle est la marque de votre royauté? Ah! ce trône de douleur auquel sont fixés v^s mains et vos pieds sacrés, cette tête couronnée d'épines, ce corps tout empourpré du sang qui découle de vos plaies sans nombre, tout cela me dit bien que vous êtes Roi, mais Roi d'amour.
Je m'approche donc, humilié et contrit, atin de baiser vos pieds sacrés transpercés pour mon amour; j'embrasse cette croix sur laquelle, victime d'amour, vous avez voulu vous sacrifier pour moi à la divine justice en vous rendant obéissant jus qu'à la mort : Factus obediens usque ad mottemy
mortem aulem cruels. — 0 heureuse obéissance, qui nous a obtenu le pardon de nos péchés ! — Que serais-je devenu, ô mon Sauveur, si vous n'aviez satisfait pour moi à la divine justice? Je vous remercie, ô mon Amour; et par les mérites de cette sublime obéissance, je vous prie de m'accorder la grâce d'obéir en tout à votre divine volonté. O volonté de mon Dieu, que vous m'êtes chère! Je veux vivre toujours uni à vous, et quand il vous plaira, c'est ainsi que je veux mourir. Mon Dieu, aidez-moi; faites que désormais je ne vive plus que pour vous, pour vouloir ce que vous voulez, pour aimer votre tout aimable volonté. Je désire le ciel, mais c'est encore et uniquement pour accomplir votre volonté, en vous y aimant de toutes mes forces.
O Marie, obtenez-moi la grâce d'une parfaite conformité à la volonté de Dieu.