‹ Le divin SauveurChapitre 81 sur 103 · NI · texte numérisé non relu

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AFFECTIONS ET PRIERES

0 Mère de douleur, Reine des martyrs, vous avez beaucoup pleuré votre fils mort pour mon salut; mais à quoi me serviront vos larmes si je viens à me damner? Ah! par les mérites de vos douleurs, obtenez-moi une vraie contrition de mes péchés et un vrai changement de vie avec une continuelle et tendre compassion pour les souffrances de Jésus et pour les vôtres. Puisque Jésus et vous, quoique parfaitement innocents, vous avez tant souffert pour moi, faites que moi qui ai mérité l'enfer je souffre volontiers pour votre amour. 0 ma Souveraine, vous dirai-je avec saint Bonaventure, si je vous ai offensée, la justice exige que vous blessiez mon cœur; que si je vous ai servie, je vous demande les mêmes blessures pour ma récompense. Certes, il ne convient pas que je reste sans plaies quand je vous vois, Jésus et vous, si cruellement blessés et déchirés pour l'amour de moi (1).

Enfin, o ma Mère, par la peine que vous avez éprouvée de voir votre divin Fils en proie à tant de souffrances, incliner la tête et expirer sur la croix, je vous supplie de m'obtenir une bonne mort. De grâce, ô Avocate des pécheurs, ne manquez pas d'assister ma pauvre âme dans le terrible passage du temps à l'éternité. Et comme il peut sr faire qu'alors je perde la. parole et que je ne puisse plus invoquer votre nom et celui de Jésus,

(1) o Domina, si te ôfTendi, projuatitia cor mettra luisent

si te st'ivivi. Hune pro mercede peto vulnera... Opprobriosimii esl niihi videre Dorainum meura Jesum fumeratum, tr convulneratam e1 me lllsesura. [Stim. titr. am. p. î.

noms qui sont toutes mes espérances, je vous prie dès maintenant, votre divin Fils et vous, de me secourir en ce dernier moment; et je dis maintenant pour alors : Jésus et Marie, je vous recommande mon âme. Amen.

JÉSUS NE TROUVE AUCUN SOULAGEMENT AU MILIEU DE SES HORRIBLES SOUFFRANCES.

La mort de Jésus-Christ fut la plus amère et la plus douloureuse que subît jamais aucun homme, puisque Notre-Seigneur mourut sur la croix sans aucun soulagement, dit saint Laurent Justinien (1). Il n'est guère de peine que n'adoucisse au moins quelque pensée consolante ; mais, remarque saint Thomas, la douleur et la tristesse de Jésus en croix fut pure douleur et pure tristesse, sans aucun adoucissement (2). Il y fut en quelque sorte submergé dans un océan sans bornes. De là cette exclamation compatissante de saint Bernard méditant sur la mort du Sauveur en croix : « Mon doux Jésus, de la plante des pieds jusqu'au sommet de la tête je ne vois en vous que souffrance et affliction (3). »

Jésus s'est plaint amèrement par la bouche du Prophète-roi, de ne trouver personne qui voulût compatir à ses souffrances. Et sustinui... qui consolaretur, et non inveni (4). « J'ai cherché quel-

(1) Omni carens doloris temperamento. (De Tr. Chr. A g., c. 17.)

(2) Magnitudo doloris Christi potest considerari ex doloris et. tristitiae puritate. (P. 3, q. 40, a, 6.)

(3) A planta pedis usque ad verticem capitis non inwnio nisi dolorem et mœrorem.

(4) Ps., 68, 21.

qu'un qui me consolât, et je ne l'ai point trouvé. » Bien plus, au moment même où il allait expirer, les Juifs et les Romains lui jetaient à la face malédictions et blasphèmes. Sans doute, Marie se tenait au pied de la croix toute prête à lui procurer quelque soulagement si elle l'avait pu; mais cette Mère tendre et affligée contribuait plutôt par la douleur de sa compassion à augmenter la peine de ce Fils qui l'aimait tant. « Les douleurs de Marie, dit saint Bernard, allaient s'ajouter à celles qui remplissaient déjà le cœur de Jésus (1). » De fait, voyant combien souffrait sa Mère, le Sauveur en avait l'âme déchirée, il y était même plus sensible qu'à sa propre douleur. « Ma présence, nous dit Marie par la bouche du même saint, tourmentait mon Fils plus que tous les supplices de sa douloureuse passion (2). »

AFFECTIONS ET PRIÈRES

Il est donc vrai, o mon Jésus, que vous avez consumé votre vie dans les plus amères souffrances et dans la plus profonde désolation, pour me manifester L'amour que vous me portez; et moi, loin de chercher à vous consoler, j'ai passé ma vie à vous déshonorer et à vous outrager par nies péchés! Mon bon Sauveur, faites-moi connaître combien j';ii été coupable et combien vous méritez d'être aine''. Puisque vous m'avez supporté jusqu'à présent, ne permettez pas que je vous afflige davantage. Embrasez i<>ui mon cœur

Repletn Hfatre, ad Filiutn redundabat tnuztdatlo amati-

tii'lmis.

Ipse videns plus dolebat <l<' ai»', qnani de

de votre saint amour, et rappelez-moi sans cesse combien vous avez souffert pour, moi afin qu'à l'avenir, oubliant tout le reste, je pense uniquement à vous aimer et à vous plaire. Vous êtes venu sur la terre afin de régner dans nos cœurs ; ôtez donc de mon cœur tout ce qui vous empêche de le posséder entièrement; rendez ma volonté entièrement conforme à la vôtre. Que votre volonté sainte, ô mon Dieu, soit la règle de toutes mes actions et de tous mes désirs.

Mon Jésus, quand donc viendra le jour où je m'unirai à vous de manière à ne pouvoir plus vous quitter ni cesser de vous aimer? Hélas! tant que je vis ici-bas, je suis exposé à vous refuser mon amour et à perdre votre amitié, comme par le passé. Ah! mon bien-aimé Sauveur, si une plus longue vie devait aboutir pour moi à un si affreux malheur, je vous en prie au nom de votre Passion, faites-moi plutôt mourir maintenant que j'ai la confiance d'être en état de grâce. Je vous aime et je veux toujours vous aimer.

O ma Mère, Marie, ne permettez pas que je me sépare encore de mon Dieu.

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