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SUR CETTE PAROLE : « SI TU ES LE FILS DE DIEU, DESCENDS DE LA CROIX

Tandis que notre divin Rédempteur agonisait et qu'il approchait de la mort, ceux qui l'entouraient, dit saint Matthieu, prêtres, scribes, anciens, soldats romains, tous à l'envi ajoutaient à son supplice par leurs injures, leurs moqueries et leurs blasphèmes. Prœtereantes blasphemabant ewm, >no-

ventes capita sua (1). Ainsi s'accomplissait la prédiction de David parlant au nom du Seigneur : Tous ceux qui me voyaient vie tournaient en dérision, nï insultant par des paroles et par des mouvements de tête (2). Ils lui criaient : Cest toi qui Ces vanté de détruire le temple et de le reconstruire en trois jours (3). Jésus n'avait point parlé du temple matériel ; il avait dit : Détruisez ce temple, et dans trois jours je le rétablirai. » Solvite templum hoc, et in tribus diebus excitabo illud (4). Par ces paroles Notre-Seigneur entendait sans doute faire connaître quelle était sa puissance ; mais surtout il voulait prédire qu'après que les Juifs lui auraient donné la mort en séparant violemment son âme de son corps, il saurait se ressusciter lui-même trois jours après.

Les Juifs ajoutaient : Salva temetipsum (5). « Sauve-toi toi-même. » Insensés! si le Fils de Dieu lait homme avait voulu échapper à la mort, il ne s'y serait pas volontairement exposé. — Si Filius Dei es, descende de cruce (6). « Si tu es le Fils de Dieu, disaient-ils encore, descends de la croix. » Mais si Jésus était descendu de la croix sans accomplir par sa mort l'œuvre de notre Rédemption, nous n'eussions pas été délivrés de la mort éternelle. « Il a mieux aimé sauver mon âme on mourant, dit saint Ambroise, que de

(i) Maiih., 21, 39.

(2) Omnei videntes me dérideront me, locuti sunt labiis

et mov»'iiml caput. /'s., 21, s.

V;ih : qui ilrsiniis templum Dei, ••! in ti Iduo illud reiedi- DCH8. Hullli.. 27, 40.)

(4) Ju., 2, 19,

(5) Matth., 21, 41.

6 Ibid.

sauver sa vie en descendant de la croix (i). » — « Les Juifs jetaient ce défi à Jésus, dit saint Jean Chrysostome, afin qu'il mourût déshonoré aux yeux de tous comme un imposteur convaincu de ne pouvoir se détacher de la croix, après qu'il s'était vanté d'être le Fils de Dieu (2). Mais ils se trompaient, les insensés! ajoute le saint Docteur; car si Jésus était descendu de la croix sans y laisser sa vie, il n'eût pas été ce Fils de Dieu qui nous était promis comme devant nous sauver par sa mort; or c'était là l'unique fin de sa venue en ce monde (3). »

Mon Dieu, comment puis-je être si orgueilleux, étant si grand pécheur? Hélas! je vois que mes fautes, après m'avoir rendu si ingrat envers vous, ont encore fait de moi un orgueilleux. Seigneur, ne me rejetez pas de devant votre face comme je le mériterais. Ne projicias me a facie tua. Ayez pitié de moi, éclairez-moi. Faites-moi connaître ce que je suis et ce que je mérite : je ne suis que misère, néant et péché; je mérite d'être sous les pieds des démons en enfer. Combien n'en est-il pas qui, vous ayant moins offensé que moi, sont en enfer sans aucun espoir de pardon ! Plus généreux envers moi, ô mon Dieu, malgré ma plus grande ingratitude, vous m'offrez mon pardon, et c'est avant tout ce que je désire.

(i) Notait descendere, ne descenderet sibi, sed ut more relu r mihi. {In Luc, 23.)

(2) Yolcbant enim ut tnnquam seductor iu -onspectti omnium vituperatus descenderet. [In Matin., hom. 88.)

(3) Quia Filius Dei est, ideo non descendit de cruce : n.un ideo venit, ut cruciflgeretur pro nobis. {De Cruce et Lutr., hom. 2.)

Oui, je le veux ce pardon, ô mon Rédempteur; accordez-le moi dans votre infinie miséricorde. Je déteste et je maudis cet orgueil qui m'a porté à vous mépriser, vous, le souverain Bien. Je vous dirai avec sainte Catherine de Gênes : Mon Dieu, plus de péchés, non, plus de péchés! Je vous ai assez et trop offensé; je ne veux plus abuser de votre patience. Je vous aime, mon doux Seigneur, et je veux employer le reste de ma vie uniquement à vous aimer et à vous plaire : mon Jésus, assistez-moi. Je sais bien que l'enfer me voyant maintenant animé du désir d'être tout à vous, se dispose à m'accabler de ses plus violentes tentations; mais j'ai mis en vous toutes mes espérances, ô mon bon Maître, et je ne serai pas confondu. Ne m'abandonnez pas; secourez-moi; aidez-moi à vous être Adèle jusqu'à la mort.

Très sainte Vierge Marie, vous le savez : en vous aussi j'ai mis mes espérances; ne cessez donc pas d'intercéder pour moi afin que je sois constamment fidèle à ma résolution d'aimer Dieu et de tout souffrir pour son amour.

SUR CETTE PAROLE : <( IL A SAUVE LES AUTRES, BT N> NE PEUT SE SAUVER LUI-MÊME. »

Saint Matthieu continue de rapporter les propos injurieux que les Juifs vomissaient contre Jésus crucifié. Ils lui reprochaient de ne pouvoir se sauver lui-même, d'être Incapable de se détacher de la croix. \/i<>s salvos fccit, seipsum nonpotesttahum l'urcre (1). En parlant ainsi, ils l'accusaient diin-

(1) MaU/t., 21,

posture par rapport aux miracles qu'il avait opérés en rendant la vie à plusieurs morts, et en outre ils le défiaient d'avoir assez de puissance pour conserver sa propre vie. « 0 scribes insensés, répond saint Léon, aveugles volontaires! était-ce pour le Sauveur le temps de nous montrer sa toute-puissance ; et devait-il donc, pour arrêter vos blasphèmes, négliger le salut du genre humain (i)? »

Si Jésus, dit saint Grégoire, n'a pas voulu descendre de la croix, c'est que s'il en était descendu il ne nous eût pas donné l'exemple de la patience (2). » Il pouvait se soustraire au supplice de la croix et à tous ces outrages, mais ce n'était pas le moment de faire éclater sa puissance; c'était le temps de nous enseigner la patience, la résignation et la conformité à la volonté de Dieu. C'est ce qu'exprime aussi très clairement saint Augustin en ces termes : « S'il mettait pour un temps sa puissance dans l'ombre, c'est afin de mettre sa patience en lumière (3). »

La patience de Jésus crucifié à subir la confusion dont le couvraient les Juifs par ce torrent d'injures, nous a valu la grâce de souffrir courageusement et avec patience les humiliations et les persécutions du monde. Aussi, après nous avoir montré Jésus- Christ se rendant au calvaire, la croix sur les épaules, saint Paul nous exhorte en ces termes à le suivre : Exeamus ad eum extra castra, improperimn

(1) Non vestrae cœeitatis arbitriez ô stulti scribae, ostmdeudn cuit potentia SaWatoris; nec secundumpreces blaspbeniiinliuiii lingtiarura, humnni generis redemptio debebat oroitti. {De l'as., s.-P).

(2) Si de «ruée tune doscenderet, \irtutem nobis patientitt non demonstraret. (In Evany., nom. 2t.)

(3) Quia paiientiam docebat, ideo potentiam differebat. In Jo., tr. 3".j

ejui portantes (1). « Sortons du camp comme de vaillants soldais, et allons à lui en portant l'ignominie de sa croix. » Quand les saints reçoivent des injures, loin de songer à se venger, loin même de se troubler ils se réjouissent de se voir méprisés a l'exemple de Jésus-Christ. Ne rougissons donc pas d'embrasser, pour l'amour de notre tout aimable Sauveur, les humiliations qui se présentent sur le chemin de la vie, puisque Jésus en a subi pou l'amour de nous une si longue série.

AFFECTIONS ET PRIÈRES

Comment puis-je, moi pécheur, être si orgueilleux même après vous avoir vu, ô mon Jésus, supporter pour moi tant d'humiliations! Un Dieu consent par amour pour nous à être maltraité, bafoué, insulté, vilipendé; et moi, ne savoir pas me résigner pour son amour à subir le moindre mépris! Encore une fois, Seigneur, d'où peut me venir un tel orgueil? Ah! par le mérite infini de vos opprobres, accordez-moi la grâce de souffrir avec patience et même avec joie les affronts et toutes sortes d'injures. Je me propose désormais, avec votre secours, de ne plus me laisser aller au ressentiment et même de me réjouir quand je serai humilié. Je mériterais bien d'autres mépris, moi qui ai méprisé voire divine majesté, moi qui ai mérité d'être la risée des démons dans l'enfer.

El vous, mon bien-aimé Rédempteur, ne m'avezvous pas îvndu les affronts doux et aimables en embrassant lanl d'ignominies pour mon amour. J'accepte maintenant toutes les épreuves comme

(i) /lab., 13, 13.

me venant de votre main. Je prends en outre pour vous plaire, la résolution de faire tout le bien que je pourrai à quiconque me méprisera; au moins je n'en dirai que du bien et je prierai pour lui; en ce moment je vous prie de combler de grâces tous ceux dont j'ai reçu quelque injure. Mon Dieu, faites-moi comprendre chaque jour davantage l'amour que vous m'avez témoigné en supportant pour moi tant d'outrages de la part de vos implacables ennemis, et donnez-moi le courage de tout supporter pour votre amour. Je vous aime, Bonté infinie; je veux vous aimer toujours et de toutes mes forces. Ainsi soit-il.

Marie, ma Mère, obtenez-moi l'amour des humiliations.

SUR CETTE PAROLE : « SI DIEU L'AIME, QU'lL LE DÉLIVRE MAINTENANT. »

Non contents de proférer injures et blasphèmes contre Jésus-Christ, les Juifs osèrent en outre s'attaquer à Dieu le Père. Confiait in Deoy liberet nunc si vult eum; dixit enim : quia Filius Dei sum (1). « Il met sa confiance en Dieu, criaient-ils, si donc Dieu l'aime, qu'il se hâte de le délivrer; car il a dit : Je suis le Fils de Dieu. » Ce discours sacrilège tenu par les Juifs avait été exactement prédit par David en ces termes : ceux qui me voyaient se moquaient de moi, disant : // a espéré dans le Seigneur; eh bien! que le Seigneur V arrache de nos mains, qu'il le délivre, s'il l'aime (2) ! Or, ceux qui

(i) MaUh.i 27, 43.

(2) Speravit in Domino, oripiat eum; salvum laeiat eum, quoniam vult eum. (/'s., 21, tf.)

parlaient ainsi, le Prophète-Roi les appelle dans le même psaume des taureaux, des chiens et des lions : Des taureaux puissants m'ont assiégé... Je me suis vu entouré d'un grand nombre de chiens furieux... Sauvez-moi, mon Dieu, de la gueule de ces lions (1). Plus explicitement encore, les blasphèmes des Juifs contre le Sauveur et contre Dieu le Père avaient été annoncés dans le livre de la Sagesse en ces termes : Il prétend avoir la science de Dieu, il s'appelle le Fils de Dieu et il se glorifie d'avoir Dieu pour Père. S'il est vraiment le Fils de Dieu, Dieu prendra sa défense et il le délivrera des mains de ses ennemis. Mettons-le à l'épreuve, ne lui épargnons ni les outrages ni les tourments; nous saurons quelle est sa douceur, nous connaîtrons sa patience : condamnons-le au supplice le plus infâme (2).

C'est ainsi que poussés par l'envie et la haine, les princes des prêtres se plaisaient à humilier Jésus-Christ; mais en môme temps, ne pouvant nier ses miracles, ils n'étaient pas sans crainte de quelque grand châtiment. Prêtres et chefs de la synagogue, en proie à une vive inquiétude, voulurent tous assister en personne à sa mort afin que cette mort leur ôtât la crainte qui les tourmentait. Quand ils le virent attaché à la croix sans que Dieu le Père vînt le délivrer, ils se mirent à lui reprocher avec une audace toujours croissante son peu

(1) Tauri pingues obséderont me... oircumdederunt nie canes multi... salva mo ex ore loonis.

(2) Promittit se scientiam Dei babere, el Filium Dei se n«>minat..., »-t gloriatur l'atrem Be habere Deum. — Si entm est verus Films Dei, suscipiet illum el Llberabit Bum <le manibus contrariorum. — Contumelia «-t tormento interrogemus eum, ut sciamus reverentiam ejus, et probemus patientiam illius; morte turpissima condemnomus enm. {Sap.,2, 13-18.)

de puissance et la présomption qu'il avait eue de se donner pour le Fils de Dieu.

AFFECTIONS ET PRIÈRES

0 Jésus mon amour! comment est-il possible que je persévère dans mon orgueil, quand je vous vois vous, mon Dieu, humilié au point de mourir comme un criminel sur un infâme gibet? De grâce, par le mérite des mépris et des outrages que vous ave* bien voulu endurer pour mon amour, faites-moi connaître à fond mes misères et mes défauts afin que, sachant combien je suis misérable et méprisable, je souffre en paix pour votre amour toutes les injures qui me seront faites. Ah! mon doux Sauveur! combien vous avez rendu les opprobres précieux et désirables aux âmes qui vous aiment d'un amour généreux! De grâce, faites-moi connaître aussi votre bonté et votre- tendresse pour moi, afin que je vous aime et que par amour pour vous je supporte tous les mépris et tous les outrages. Faites que j'éloigne de moi tout respect humain et que je ne cherche dans toutes mes actions que votre bon plaisir.

Je vous aime, ô mon Jé6us méprisé; je prends la résolution moyennant votre grâce de ne plus m'afïliger ni me plaindre, quelque ignominie qu'on m'inflige. O mon Jésus, par cet amour qui vous lit supporter tant d'humiliations et d'outrages, donner votre sang et votre vie pour moi sur le Calvaire. que je meure à toutes les affections terrestres, que j'oublie tout pour ne plus penser qu'à vous aimer et à vous plaire. O mon Dieu digne d'un amour infini vous m'avez aimé sans réserve : c'est aussi

sans réserve que je veux vous aimer. Oui, je vous aime, mon souverain bien, je vous aime, mon amour et mon tout.

0 Mère de Jésus et ma Mère, dites à votre divin Fils que je veux être tout à lui.

TO

OUTE SA VIE NOTRE-SEIGNEUR FUT EN BUTTE AUX MÉPRIS ET AUX CONTRADICTIONS.

Après trente années de vie cachée, notre Sauveur commença de remplir sa divine mission en prêchanl su céleste doctrine. Dès lors et jusqu'à la fin de sa vie se vérifia la prophétie de saint Siméon : Positus est hic in signum, cui contradicetur (1). « Il sera en bulle à la contradiction. » — Ji sus-Christ fut contredit et méprisé en tout; il lui méprisé dans sa doctrine ; s'étant déclair le ImIs de Dieu, il fut traité de blasphémateur par l'impie Caïphe et comme tel jugé digne de mort (2). Il fut méprisé dans sa sagesse jusqu'à s'entendre taxer de folie : // a perdu l'esprit, disaient ses ennemis, pourquoi V écoutez-vous ( 3 ) ? Il lui méprisé dans sa conduite, traité de gourmand, de buveur, d'ami des gens de mauvaise vie (4), de . magicien ayant commerce avec les démons (5), de samaritain, de possédé du démon (6), de séducteur (7). Enfin, direnl plus tard les Juifs à Pilate,

l Luc, 2; 3i

Blasphéma vit... fteus esl mortis. [Malth., 2fi, 63.) ■ Insanit, quideum audltis? fjo., 1(>, SP.) I Erce Itomo devorator et bibëns vinura, nmlcui pu

blici run et peceatorum. [Cuc, 1, ."fi.

principe dœmonionim pjicitdre nés. [Malth. ,9, 34.

* Nonne bene die i mua nos quia Sa mari tan ui es tu >'t dsmonluui babes? f/o., B, 4fc.) (1) Siductor lUe. [Matth., 27, 63.)

s'il n'était pas un malfaiteur, un scélérat, nous ne vous l'aurions pas livré (1).

Mais dans sa douloureuse Passion, que de nouveaux outrages, que d'humiliations le Sauveur n'eut-il pas à subir ! Il fut trahi et vendu par un de ses disciples, renié par un autre. Il fut traîné à travers les rues de Jérusalem, garrotté comme un malfaiteur et abandonné de tout le monde, même des quelques disciples qui lui restaient. Il fut indignement flagellé comme un vil esclave, souffleté en public, pris pour un insensé par Hérode qui le fit revêtir d'une robe blanche en signe de folie. Après le cruel supplice de la flagellation, Jésus est traité en roi de théâtre. On lui met à la main un roseau en guise de sceptre ; sur les épaules au lieu de pourpre on lui jette un lambeau d'étoffe rouge; et sur la tête en guise de couronne, on lui enfonce brutalement un faisceau d'épines. Ses insolents bourreaux viennent alors l'un après l'autre par dérision fléchir le genou devant lui en lui disant : Ave rex Judœorum (2). « Salut, Roi des Juifs. » Puis ils lui lancent au visage des crachats et des soufflets. Et exspuentes in eum... — - dabant ex alapas (3). Enfin pour nous il mourut et de quelle mort? de la mort la plus ignominieuse, du supplice de la croix. Jusque sur cette croix nous entendons ses ennemis lui prodiguer les insultes et toutes sortes d'outrages, lui reprocher dans leur aveuglement de ne pouvoir se délivrer lui-même, ni obtenir d'être délivré par Dieu qu'il appelle son Père.

(1) Si non esset hic malefaclor, non tibi tradidissemus eum. {Jo., 18, 30.)

(2) Malth., 27, 30.

(3) lbid. — Jo., 19, 3,

AFFECTIONS ET PRIERES

Mon Jésus méprisé, votre exemple a été assez puissant pour rendre chers à vos vrais serviteurs les mépris et les outrages. Comment se fait-il que vous trouviez en moi si peu de générosité ? car, de fait, au lieu de vous imiter je me suis orgueilleusement soulevé contre ceux à qui je ne pouvais cependant reprocher que de légers manques d'égards. Par ces emportements j'offensais votre Majesté infinie. J'ai donc été tout à la fois pécheur et orgueilleux. Ah! Seigneur, je le comprends : je n'ai pas su prendre en patience les affronts, parce que je n'ai pas su vous aimer ; si je vous avais aimé je les mirais trouvés doux et agréables. Mais puisque vous promettez le pardon au repentir, je ii ic repeus bien sincèrement des désordres de ma vie qui a été si différente de la votre. C'en est fait, je veux me corriger; c'est pourquoi je vous promets de souffrir désormais tous les outrages avec résignation et pour l'amour de vous, 6 mon Dieu, qui avez été si méprisé pour l'amour de moi.

Ali! je mérite bien d'autres humiliations et d'autres mépris, moi qui ai méprisé votre uràce : je mérite d'être foulé aux pieds des démons. Mais voire sang est mon espérance. Je veux changer de vie, je ne veux plus vous offenser; désormais je me propose de ne plus chercher autre chose que votre bon plaisir. J'ai mérité mille fois d'être jeté dans le feu de l'enfer; mais votre miséricorde m'a attendu et déjà, comme j'en ai la confiance, vous m'avez, pardonné; faites donc maintenant qu'an lieu de brûler de cet horrible feu, je brûle du feu si doux de votre saint amour. Non, ô mon Amour,

je ne veux plus vivre sans vous aimer. Prenez vous-même possession de tout mon cœur et gardez-le éternellement, en sorte que je sois toujours à vous et que toujours vous soyez à moi, que je vous aime toujours et que toujours je sois aimé de vous.

Marie, mon espérance, aidez-moi à aimer beaucoup et toujours mon Dieu infiniment aimable.

JÉSUS A SOUFFERT TOUTES SORTES D'OPPROBRES POUR NOTRE SALUT; SOYONS PRETS A TOUT SUPPORTER POUR SON AMOUR.

Tertullien observe que les humiliations et outrages sans nombre endurés par notre Sauveur sont un mystérieux remède qui répare efficacement le dommage causé au genre humain par l'orgueil. Parlant nommément des outrages faits à Jésus en croix, il dit que si ce fut une injustice et une indignité par rapport au divin Rédempteur qui était l'innocence même, c'était justice par rapport à nous. Si donc on les considère sous ce second aspect, lés mépris et les outrages étaient justes à l'égard d'une personne même divine qui s'était offerte à payer entièrement la dette de l'homme et qui voulait endurera cette fin tout ce que l'homme peut souffrir dans son corps et dans son âme. « Rien n'est digne de Dieu comme de sauver l'homme, » dit encore Tertullien. Nihil tam dignum Ben quam sains hominis (1). Il ne faut donc point nous étonner que pour notre salut notre

(1) Ado, Marc, 4, 2.

divin Rédempteur se soit soumis à tant de mauvais traitements et à tant d'opprobres.

Puisqu'un Dieu fait homme souffre si patiemment toutes sortes d'affronts pour notre salut, rougissons, nous qui nous glorifions d'être ses disciples, rougissons d'avoir été par le passé si impatients, si prompts ta témoigner notre mécontentement, si enclins à la colère et au ressentiment quand nous avons été en butte à quelque mépris, ou môme à un simple manque d'égards. Du moins pour l'avenir, soyons saintement jaloux d'imiter notre divin Maître et Modèle. Montrons-nous patients au milieu des épreuves; soyons prêts à tout supporter pour l'amour de ce bon Sauveur, et comme lui, pardonnons généreusement à quiconque nous offense ; car il l'a déclaré, au jour du jugement il ne reconnaîtra pour les siens que ses vrais imitateurs ; les lâches seront couverts de confusion. Qui vie erubueritet sermones >ur<>s, hune Filius hominis erubescet cmn veneril in majestate sua (1). « Si quelqu'un rougit de moi e1 de nés enseignements, le Fils de l'homme lorsqu'il viendra dans sa gloire rougira aussi de lui. »

AFFECTIONS ET PR1KHI 3

Mon Jésus, je suis confus de paraître devant vous. Vous av.-/ aimé 1rs mépris et l«'s opprobres au point de vouloir bien mourir sur une croix, en bntte aux railleries, aux insultes de vos ennemis qui se moquèrent de votre patience en la taxant de faiblesse impuissante; «d moi, je n'ai pas l<> courage de supporter 1<' moindre affront ! Vous, l'inno-

cence même, vous avez consenti par amour pour moi à être. rassasié d'opprobres; et moi, misérable pécheur digne de tous les mépris, je me montre avide de louanges et d'honneurs ! 0 divin Époux de mon âme, que je suis loin de vous ressembler ! N'ai-je pas lieu de craindre pour mon salut éternel, quand j'entends 1'A.pôtre dire que Dieu le Père réserve son paradis à ceux qui sur la terre se seront conformés à son divin Fils? Mais, loin de méconnaître votre miséricorde, j'espère que par votre grâce vous me changerez de pécheur en saint. De mon côté je me propose, avec le secours de cette même grâce, de souffrir désormais pour votre amour mépris et injures. Oh! combien votre exemple a rendu précieux aux âmes aimantes les mépris et les humiliations !

Mon Dieu, je vous aime ; je veux faire et souffrir tout ce que je saurai vous être agréable. Pardonnez-moi tous les déplaisirs que je vous ai causés par mon orgueil : je m'en repens de tout mon cœur; accordez-moi la force d'être toujours fidèle à la promesse que je vous fais aujourd'hui de ne plus jamais me plaindre des mépris et des outrages, de quelque part qu'ils me viennent. Faites qu'au contraire je sois assez courageux pour les accepter avec joie et reconnaissance, comme un don de votre libéralité.

0 Marie, ô vous qui êtes après Jésus le plus parfait modèle d'humilité, obtenez moi la grâce de vous imiter constamment dans la pratique de cette précieuse vertu.

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