LES DFRNIERS INSTANTS DE JESUS SUR LA CROIX
Notre aimable Rédempteur touche à sa fin. — Vois, mon âme, ces yeux qui s'obscurcissent, ce beau visage qui pâlit, ce cœur qui bat plus lentement, ce corps sacré qui s'abandonne à la mort. Après avoir pris le vinaigre qui lui est présenté par dérision pour étancher sa soif, Jésus dit : Tout est
consommé. Ctfm accepisset Jésus acetum, dixit: Consummatum est (1). Étant donc sur le point d'expirer, le Sauveur se remit devant les yeux la série des souffrances de sa vie : pauvreté, labeurs, avanies, mauvais traitements de toute sorte; et après les avoir offertes de nouveau à son Père éternel, il ajouta : Consummatum est : Tout est accompli. Les prophéties qui me concernent, le sacrifice que vous attendiez pour vous réconcilier le monde coupable, tout est consommé; votre justice est pleinement satisfaite. — Ainsi parlait Jésus en s'adressant à Dieu le Père; et s'adressant en même temps à nous, voici ce qu'il nous fait entendre : Tout est consommé ; j1 'ai achevé tout ce que je pouvais pour vous sauver et pour gagner votre amour; à vous maintenant de faire ce que vous commande la reconnaissance : aimez-moi, ne refusez pas voire amour à un Dieu qui vous aime au point de mourir pour vous.
« Et poussant un grand cri, Jésus dit : Mon Père! je remets mon âme entre vos mains. » Pater, in mu h us hms commendo spiritum meum [2). Telles Purent les dernières paroles de Jésus en croix. C'est ainsi, c'est avec cette parfaite résignatioo à la volonté divine et cette confiance filiale que, voyanl son âme bénie sur le poinl de quitter son corps brisé de tortures, il la recommande à son Père : Mon l'ère, seinble-t-il dire, je n'ai poinl de volonté, je ne veux ni vivre ni mourir; s'il vous plaît que je souffre plus Ion-temps sur cette croix, me voici prèi. Je remets mon àme entre vos mains : laites de moi ce que vous voulez. Tel est le lang
(1) Jo.. 19, 30.
(2) Lui-., 23, 46.
que nous devons tenir dans nos peines : Mon Père, je m'en remets entièrement à vous; je ne veux que faire en tout votre bon plaisir, durant ma vie et à ma mort.
AFFECTIONS ET PRIÈRES
0 Sauveur du monde, ô mon Jésus, voilà donc où vous a conduit votre amour pour les hommes ! Je vous rends grâces d'avoir consenti, vous, notre Dieu, à perdre la vie afin que nos âmes ne soient point perdues. Je vous remercie au nom de tous les hommes mais particulièrement en mon nom. Car, y a-t-il personne au monde qui ait plus que moi profité de votre mort? En vertu de vos mérites, le baptême m'a fait enfant de la sainte Église ; que de fois votre miséricordieuse bonté m'a donné le pardon de mes péchés et mille autres grâces de choix; par vous j'ai l'espoir de mourir dans l'amitié de Dieu et d'aller l'aimer éternellement dans le ciel.
Mon bien-aimé Rédempteur, combien je vous ai d'obligations ! Je remets ma pauvre âme entre vos mains transpercées pour moi. Faites-moi bien comprendre par quel excès d'amour un Dieu est mort pour moi. Ah! je voudrais mourir aussi pour vous, mon Jésus; mais qu'est-ce que la mort d'un esclave coupable en retour de la mort de son Seigneur et de son Dieu? Je voudrais du moins vous aimer de toutes mes forces; mais sans votre secours je ne puis rien. Aidez-moi donc, ô mon Jésus, et par les mérites de votre mort, faites-moi mourir à toutes les affections terrestres pour n'aimer plus que vous seul, qui méritez tout mon amour. Je vous aime, Bonté infinie; je vous aime,
mon souverain Bien, et je vous dis avec saint François : « Que je meure pour l'amour de vous, ô Dieu qui avez daigné mourir pour l'amour de moi. » Moriar amore amoris lui, qui amore amoris met dignatus es mori.
Marie, ma Mère, intercédez pour moi. Amen.