BIEN ENDURER POUR NOUS
Saint Ambroise, parlant de la Passion du Sauveur, dit que ses souffrances peuvent bien être imitées de très loin mais jamais égalées (1). Les saints ont eu à cœur de marcher sur les traces de Jésus souffrant et de se rendre semblables à lui, mais en est-il un seul qui l'ait atteint? Jésus a souffert plus que tous les pénitents, plus que tous les anachorètes et que tous les martyrs; car Dieu Fa chargé de satisfaire rigoureusement à sa justice pour l'universalité des péchés des hommes : Posuit Deus in eo iniquitatem omnium nottrum; et comme le dit saint Pierre, « Jésus porta sur la croix dans son corps le fardeau de toutes nos iniquités. » Peccata nostra ipse pertulit in corpore suo super lignum (2). Selon saint Thomas, le Fils de Dieu n'eut pas seulement égard à la vertu et au mérite infini de chacune de ses souffrances, suffisante pour nous racheter, mais il voulut souffrir assez pour expier pleinement et rigoureusement tous les péchés de tout le genre humain (3). Selon saint Bonaventure, il a voulu souffrir autant que s'il eût été lui-même Fauteur
1 ASmulos hnbet. pires non habet. [In Luc,22.\
2 /. Peir.. 2,24.
de tous nos crimes (1). Or Dion sut tellement aggraver les douleurs de Jésus-Christ qu'elles atteignirent les proportions requises pour acquitter complètement toutes nos dettes. Ainsi s'est vérifiée cette parole d'Isaïe : Et Dominas volait conterere ru m in infirmitate (2). « Dieu a voulu broyer son Fils dans les souffrances. »
A lire les Actes des Martyrs, il semble que quelques-uns aient plus souffert que Jésus-Christ; mais, dit saint Bonaventure, il n'est aucun martyr dont les douleurs puissent être comparées à celles de notre Sauveur (3). Saint Thomas enseigne aussi que jamais homme en cette vie n'endurera des douleurs corporelles égales à celles qu'endura Jésus-Christ (4). Et saint Laurent Justinien va jusqu'à dire que dans chacun de ses supplices Notre-Seigneur souffrit tous les supplices des martyrs (5).
AFFECTIONS ET PRIÈRES
Voilà donc, ô mon Rédempteur, à quel excès vous a porté votre amour pour les hommes : vous èles mort de pure douleur, submergé dans un océan d'amertumes et d'opprobres. 0 mon âme écoute cette fervente exhortation de saint François de Sales. « Voyez-le ce divin Rédempteur étendu sur
(l) Tantum voluit doloris Buflfeire, quantum si Ipse omnla peccata fecisset.
2] Av.. 53,10.
:i) Nulitis potuil oi sBquari vivacitate Bfnsut; dolor illius omnium dolorum futl acutissimus. In Sent., I. :* d. 16. a.4. q. i.
(4) Dolor in Christo tuii iii.imiiiiis i n t »• ? dolores prsesenrtis vit». P., 3. q. 'ci. ;i. 6.)
(5) In BtngllUs sinmil;i m.u l\ inin BUStinebal tornirnl.i. Ih Tr. Chr. Ag.c. 19.
la croix comme sur un bûcher où il meurt et se consume d'amour pour nous. Eh! que ne nous jetons-nous en esprit sur lui, pour mourir sur la croix avec lui qui, pour l'amour de nous, a bien voulu mourir! Je le tiendrai, devrions-nous dire, et ne le quitterai jamais; je mourrai avec lui et brûlerai dans les flammes de son amour : un même feu consumera ce divin Créateur et sa chétive créature. Mon Jésus est tout à moi, et je suis tout à lui. Je vivrai et mourrai sur sa poitrine; ri la mort ni la vie ne me séparera jamais de lui (1). »
Oui, mon cher Rédempteur, j'embrasse votre croix, je baise vos pieds sacrés, attendri et confus de voir avec quel amour vous êtes mort pour moi, qui ai tant de fois et si gravement blessé votre cœur. Ah ! recevez-moi et attachez-moi à vos pieds afin que je ne m'éloigne plus de vous et que je ne m'entretienne plus désormais qu'avec vous. A vous seul toutes mes pensées et toutes mes affections. Vous aimer et vous plaire, tel sera désormais l'unique but de tous mes efforts. Faites que je soupire sans cesse après le jour où je pourrai sortir de ce monde rempli de dangers pour mon âme, afin d'aller vous voir face à face et vous aimer de toutes mes forces dans votre royaume, le royaume de l'éternel amour. En attendant, faites que je vive toujours repentant de mes fautes et toujours brûlant d'amour pour vous. Je vous aime ù Amour infini.
0 Mère du bel amour, Marie, intercédez pour moi auprès de Jésus.
(1) Am. de D., 1. VU, cb, vm.
LA MORT DE .IKSl'S EN CHOIX, SALUTAIRE SUJET DE CONTEMPLATION*
L'apôtre saint Paul disait aux Corinthiens : « En venant au milieu de vous, je n'ai pas prétendu savoir ni vous enseigner autre chose que Jésus crucifié. » Non enim judicavi me scire alit/tui/ in 1er vos, nisi Jesum Chris tum, et hune cruri/ixum (1). L'Apôtre ignorait-il donc la naissance du Sauveur dans une é table, les trente années que Jésus passa dans les labeurs d'un pauvre atelier, enfin sa résurrection et son ascension au ciel ! Pourquoi donc réduit-il toute sa scieuce à la connaissance de Jésus crucifié? Parce que, plus cllicacement que tout autre motif, le crucifiement et la mort de l'Homme-Dieu l'excitaient à aimer ce divin Sauveur, à pratiquer l'obéissance envers Dieu, la charité envers le prochain et la patience dans les adversités. Or, telles sont les vertus principales que Notre-Seigneur pratiqua sur la croix, vertus qu'il voulut nous enseigner à tous du haut de cette chaire de toute vérité.
Tâchons donc, âmes fidèles, d'imiter l'Épouse des Cantiques, qui goûtait un si doux repos aux pieds de son Bien-Aimé : Sut umbra illius quem desideraveram sedi (%). Fréquemment, surtoul le vendredi, remettons-nous devant les yeux Jésus mourant sur la croix. Arrêtons-nous quelque temps aux pieds de oe divin Sauveur; contemplons avec attendrissement les souffrances qu'il endure et l'amour qu'il nous témoigne dans son agonie
(1) /. Cor.. 2. 2.
(2) Cant.i
sur ce lit de douleur. Faisons en sorte de pouvoir dire, nous aussi : Je me sais assis à V ombre de Celui qui est l'unique objet de mes désirs.
Quand les âmes qui aiment Dieu se trouvent fatiguées par les vains bruits du monde, les tentations de l'enfer et la crainte des jugements de Dieu, oh! quel doux repos pour elles, que de contempler dans la solitude et le silence notre aimant Rédempteur agonisant sur la croix, de voir son sang adorable découlant de ses mains et de ses pieds percés, de tout son corps déchiré par les fouets, les épines et les clous. A l'aspect de Jésus crucifié, oh! comme notre esprit se dégage de tout désir des honneurs mondains, des biens terrestres et des plaisirs des sens! Alors s'échappe de la croix comme un soufïle céleste qui nous détache doucement des choses de la terre et allume dans nos cœurs un saint désir de souffrir et de mourir pour l'amour de Celui qui a daigné tant souffrir et mourir pour l'amour cle nous.
AFFECTIONS ET PRIERES
Mon Jésus, faites naître dans mon cœur les sentiments qui animaient votre dévot saint François de Sales, et permettez-moi de vous parler le même langage. « Sachant que Jésus-Christ, vrai Dieu, nous a aimés jusqu'à souffrir pour nous la mort, et la mort de la croix, n'est-ce pas cela avoir nos cœurs sous le pressoir, et les sentir presser de force, et en sentir exprimer de l'amour, par une contrainte d'autant plus violente qu'elle est tout aimable? Le Calvaire est le mont des
amants. Voyons-le, ce divin Rédempteur, étendu sur la croix comme sur un bûcher d'amour où il meurt d'amour pour nous. Eh! que ne nous jelons-nous en esprit sur lui, pour mourir sur la croix avec ce Dieu, qui pour l'amour de nous a bien voulu mourir? Je le tiendrai, devrions-nous dire, et ne le quitterai jamais; je mourrai avec lui et brûlerai dans les Qammes de son amour. Un même feu consumera ce divin Créateur et sa chétive créature. Mon Jésus est tout à moi et je suis tout à lui. Je vivrai et mourrai sur sa poitrine; ni la mort ni la vie ne me séparera jamai s de lui !
0 Amour éternel! mon àme vous cherche et vous choisit éternellement. Venez, Esprit-Sain 1. enflammez nos cœurs de votre amour. Ou aimer ou mourir! Mourir à tout autre amour pour vivre à celui de Jésus alin que nous ne mourions pas éternellement mais que, vivant en voire amour éternel, 6 Sauveur de nos âmes, nous chaulions éternellement : Vive Jésus! J'aime Jésus! Vive Jésus que j'aime! J'aime Jésus qui vit et règne dans les siècles (les siècles (1).
0 Marie, ma mère, vous êtes mon espérance;. obtenez-moi la grâce d'aimer Jésus.
IAW PAR SA MORT JESUS TRIOMPHE DE LA IfORT.
Sain! Jean rapporte qu'au moment d'expiré] notre divin Rédempteur inclina la tête: Etinclù nato c api te, tradidii tpiritum - , témoignant ainsi
i Traité de l'Amour de Dieu, l. vu. ,-i.. nu, - L \n eh. un.
{2)Jo., 19, 30.
qu'il acceptait la mort de la main de son Père avec une entière soumission; il mettait ainsi le sceau à son humble obéissance. C'est ce que saint Paul exprime en ces termes : Humiliavit semetvp$um\ factus obediem usque ad mortem, mortem autem crucis (1). « Il s'est humilié, il s'est rendu obéissant jusqu'à la mort, et à la mort de la croix. » Ayant les mains et les pieds cloués à la croix, Jésus ne pouvait mouvoir aucune partie de son corps, sinon la tête. Or, dit saint Athanase, la mort n'osait s'avancer pour ôter la vie à l'Auteur de la vie ; il fallut donc que lui-même, en inclinant la tête, l'invitât à venir le frapper (2).
Saint Matthieu rapporte en ces termes le trépas du Sauveur : Jésus, iterum damans voce magna, emisit spiritum (3). « Jésus, ayant de nouveau poussé un grand cri, rendit l'âme. » Saint Ambroise pense qu'en employant cette expression : Emisit spiritum « il congédia son âme », l'Évangéliste voulut nous faire comprendre que Jésus mourut non par nécessité comme les autres hommes ni par le fait des bourreaux, mais parce qu'il voulut bien mourir; il ne perdit point la vie, mais il la quitta de son plein gré (4). Il mourut volontairement afin de sauver l'homme de la mort à laquelle il était condamné. Sa mort devait être la mort de la mort, selon l'expression du Prophète : 0 mors ! ero mors tua; morsus finis ero, inferne (5)! «O mort, je serai ta mort! ô enfer, je serai ta ruine ! »
(1) Phit., 2,8.
(2) Mors ad ipsum non audehat accedere; ideo Christas, inclinato capite, eain vocavit. {//iter prt par.q. 41.)
(3) Malth., 27, 50.
(4) In Luc, 23.
Mais comment -lusus-Christ a-l-il été la mort de la mort? — C'est que, en mourant, il a vaincu la mort et détruit les droits que le péché lui donnait sur le monde. De là cette exclamation de l'Apôh ■•■ : La mort est détruite par la victoire du Rédempteur. Omort, où est ta victoire? 6 mort, où est ton aiguillon ? car l'aiguillon de la mort, c'est le péché (1). Par sa mort, l'Agneau divin a détruit le péché, cause de la mort.. Tel fut donc le triomphe de Jésus : en mourant pour nous il a ôté du monde le péché, et nous a par conséquent délivrés de la mort éternelle à laquelle tout le genre humain était condamné.
AFFECTIONS ET PRIÈRES
Mon Jésus! Si tous les hommes s'appliquaient à vous considérer sur la croix ; s'ils pensaient avec une foi vive que vous êtes leur Dieu, et que vous êtes mort pour leur salut, comment pourraient-ils vivre éloignés, de vous, privés de votre grâce et de votre amour? Et moi qui savais que vous êtes mort sur cette croix pour moi, comment ai-je pu vous causer tant de déplaisirs? Les autres hommes, s'ils vous ont offensé, sont peut-être excusables car ils étaient moins éclairés des lumières delà foi, tandis <iu<* moi, j'ai péché eh pleine lumière. Mais ces mains privées, ce côté ouvert, ce sang, ces plaies que je contemple me font espérer mon pardon et votre grâce.
0 mon amour, je me repeins dé VOUS avoir ainsi
méprisé. Maintenant je vous aime de tout mon
(1) Absorpta rsi mon la Victoria, Ubl est, mors. Victoria tua? Ubl ait, mors, stimulus tuua? Stimului autom mortti peccatuno est. /. <'<>r., 15, 54.)
cœur, et rien ne m'afflige comme le souvenir de mes offenses passées. Ce même regret que je ressens m'est un signe que vous m'avez pardonné mes péchés. 0 Cœur brûlant de Jésus, embrasez mon pauvre cœur! 0 mon Jésus, mort pour moi dans un abîme de douleur, faites que je meure tout consumé par la douleur de vous avoir offensé et par l'amour que vous attendez de moi. Je me sacrifie tout entier à vous, qui vous êtes sacrifié tout entier pour moi.
0 Mère affligée, Marie, rendez-moi constant dans l'amour de Jésus.