‹ Le divorceChapitre 135 sur 151 · C2 C2 D 1 e . LL 2 ° ° C2 e · texte numérisé non relu

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Le rapporteur de la commission pense que la proscription du divorce rendra à la morale domestique tout son empire, au mariage toute sa dignité, et aux mœurs leur pureté primitive.

Mais les mœurs étaient-elles plus pures, quand Catherine de Médicis, entourée d’un sérail de jeunes courtisanes, réduisait la séduction en système, employaitla prostitution comme moyen de gouvernement, pour accroître son parti, ou pour connaître les secrets de ses ennemis, et préparait ainsi, entre l’autel et le boudoir, les massacres de la Saint-

Barthélemy ?

Etaient-elles plus pures sous les bacchanales de la Régence, quand le duc d'Orléans mérita, par son mépris pour

V’opinion publique et le scandale de sa vie privée, d’être

soupçonné des plus grands crimes ?

À quelle époque ont donc été composés ces romans dégoûtants d’ordure, ces poésies purulentes d’obscénité, ces peintures scandaleuses qui font rougir le vice même? Estil un homme aujourd’hui vivant qui eût l’impudence d’at-

‘ tacher son nom à ces infâmés productions du démon de la débauche ? Et s’il est vrai, pour me servir de la pensée lumineuse et profonde de l’auteur de la proposition, s’il est

vrai, dis-je, que la littérature est l'expression de la société, quelle idée devons-nous avoir de l’état de cette société pour laquelle ont été composés de pareils ouvrages, qui

338 | Le Divorce en accueillait les auteurs, se faisait gloire de leur donner des encouragements, et peut-être de leur fournir des modèles ? Tous ces excès existaient depuis longtemps, le divorce n'existait pas encore.

On propose la séparation de corps, en remplacement du divorce, même en cas d’adultère. Mais, puisqu'on a qualifié le divorce d’adultère légal, quel nom faudrait-il donner à. cette espèce de séparation considérée sous le rapport de la morale et de la justice? Car, si les deux époux sont également coupables, la séparation ne sera pour eux qu’une occasion plus favorable, un moyen plus commode de se livrer à leurs affections déréglées; mais si l’un des deux avait jusques-là résisté à l'exemple, pourra-t-on lui reprocher de chercher dans le prestige d’un amour illégitime ce fantôme du bonheur domestique qu'il eût trouvé peut-être dans de nouveaux nœuds mieux assortis ?

Et les enfants, que deviendront-ils, pendant que les pa= rents dévoreront dans le scandale les ressources de leur avenir, et ne leur laisseront pour tout héritage que lexemplie de leur mauvaise conduite et quelques droits litigieux à exercer contre les complices et les rejetons de cet infâme concubinage?

En général, le rapporteur de la commission nous a prêché une résignation bien méritoire, sans doute. Il puise ses motifs dans les dogmes de notre religion, dans les exemples de nos pères, de nos voisins, dans l’espoir du repentir et dans le mérite du pardon; il pense que l’abolition du divorce produira les meilleurs effets; qu'en épurant les mœurs domestiques, il régénérera l'Etat, dont la famille est le berceau.

Je partage ses vœux bien plus que ses espérances. En attendant, pour concilier ce que nous devons à notre re-

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ligion, qui proscrit le divorce, à la Charte, qui reconnaît tous les cultes, à la loi, qui considèré le mariage comme un contrat civil, je propose pour amendement :

Que le divorce soit conservé pour les mariages qui n’au-

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ront pas été bénis par un prêtre catholique, et pour cause d’adultère seulement.

PETER RSS

Il me semble que cette exception sera un hommage rendu à l’excellence et à la sainteté de notre religion, et prouvera notre profond respect pour ses dogmes, bien mieux que la disposition générale qui vous est proposée.

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