THERESE, LE J U G E, GU ILL AUME
iM A R T I N , au fond du tluâ.re.
Martin,^' part.
J'arrive à temps !
LE Juge, prononçant.
Vos droits étaiit lés mêmes,
Et la loi ne pouvant diviser votre bien ,
Pour en jouir tous deux, vi%-cz ensemble.
( // s'cloi^nc un p^u , en les observant. )
Thérèse, timidement à GuilLiimc.
Eh bien ?
Guillaume, indJcis.
(.2 Martin, qui se place entre eux, )
Mais . . moi. . . Qu'en pensez- vous ?
44 LEDIVORCEî
Martin.
Ma foi , petit moyen; Cet homme-là craint les extrêmes Et cherche un parti mitoyen.
LE Juge, cherchant au fond du théâtre. Si je trouvais leur fils 1 . .
Martin, continuait.
Je voudrois tout ou rien.
Thérèse, voyant le Juge s'éloigner.
Notre Juge s'en va ?
( Ici , le^ Juge frappe à toutes les portes. )
Tant mieux! Tenez , je gage Que , n'ayant pu trouver moyen de s'en tirer , Il vous a débité , suivant le vle'l usag? ,
Un beau sermon pour vous faire pleurer. . . Mais que vois-je 1 auroit-il vraiment touché votre ame?'^' Le tour- seroit plaisant , d'honneur !
Guillaume, s'csmyant lis yeux.
Je n'ai pleuré qu'après Madame.
Thérèse,^!; même.
Je n'ai pleuré qu'après Monsieur.
(^Icl l'crfi/it paraît à un^ fenêtre ovale , au-dc:sus 9k la porte , à gauche. ) Martin.
Et voilà justement comme on gâte une affaire. LE Juge, écoutant à la porte.
Je crois que js l'entends.
M A R T I N , i tou; deux.
( emmenant Thérèse , qui hésite. )
Un peu plus de vlgneur !
Ah ! bons dieux ! qu'un divorce est difficile à faire l Allons l . . . ( elle le suit avec contrainte. )
ifm
L* ENFANT, à /^ fenêtre , avec un grand cri.
Maman !
GuiLL AU ME, appercevant son fils.
Ciel !
LE J u G E , (/« m^mr.
Bon !
Thérèse, accourant et lut tendant les hrasl
Mon fils !
Martin, à part.
Tout est perdu !
LE Juge, montrant Murùn.
Voilà le voisin confondu.
l'enfant, veillant s'élancer.
Reçois-moi dans tes bras.
Thérèse, tr^s-vlvement.
Non , mon eniant , de grâce i
Arrête !
l'enfant.
Ouvre-moi donc, au moins, que je t'embrasse.'
Thérèse, allant pour ouvrir.
( avec surprise. )
Descends.. . .La clef.'' If^
Guillaume, étonné.
Comment !
LE Juge, regardant Martin embarrassé.
On la retrouvera.
M A R T I n , <z part.
Je tremble 1
T HÉRÈs E,à Guillaume.
Eh bien }
J'ignore. . ,"
LE Juge, montrant Martin,
Elle est là , je parle, . . .
46 LEDIVORCE,
Martin, la rendant ai te confusion^ La voici.
ThÉRES£, /a prenant vivement..
Dans vos mains ! ( elle ouvre ; l'enfant sort. )
M A R TIN, s'esquLvant.
Point de cérémonie; Serviteur. ( il sort miilg-c le Juge. )
T i-i É R È s E . prenant son fils dans ses bras, Ch-.T enfant !
l'enfant.
' Ma, mère , te voilà î ( à GullLiume. )
Papa , tu me tiens ta promesse.
Thérèse, /e retenant.
Ah ! ne me quitte point , mon cher iils , reste-là. Voyons qui t'en arrach.^ra I
Mon cher fils , m'aurois-tu privé de ta tendresse ?
l' E N F a N T , courant à lui. Non , tu l'as toujours.
Thérèse, désespérée.
Ah ! grands dieux l Guillaume.
Mon fils est à son père...
Thérèse.
A sa mère...
l'enfant, leur tendant la bras.
A tous deux." LE Juge, leur montrant l'enfant.
La nature a parlé.
T H É R È s E , ûM juge.
Que mes pleurs vou> fléchissent !
Guillaume.
Monsieur , pourriez-vous m'arracher!...
LE Juge, avec fcn.
Eh 1 ne voyez-vous pas que cet enfant si cher , Sur lequel de concert vos vœux se réunissent, Est le centre commun où vos cœurs aboutissent? Que vous vous adorez encore , malgré vous. Dans l'Être qui confond votre double existence ; Et qu'il n'eit point de loi , qu'il n'est point de distance Qui vous puisse affranchir de ces liens si doux. Dont l'amour paternel enchaîna les époux ? Guillaume, Thérèse,^ part.
Kélas !
LE Juge, continuant.
Renoncez tous les deux A la fidélité que vous avez jurée; Oubliez vos sermer.s : mais vo'ci d'aut.'-es nœuds :
Çd leur fait tenir chacun une rnaln de l'enfant placé entre eux.) Rompez , si vous l'osez, cette chrâne sacrée !
GlTILLAUMEj ThI^RESE.
Cher enfant !
Thérèse, à Gu'H.iume.
Tu chéris ton lîls ; Souviens-toi que je suis sa mère.
G U I L L A U M ÎT.
Pardonne les torts de son pcrel L' E N F A N T.
Allons , ne pleurez plus , et soyez bons amis.
Guillaume, emlraî^ant son fils et son épj-.tsc. Oui , mon enfant.
T H É R E s E , J^ mcme.
rour [a vie.
L z ] V G E, les conslJéranh Ainsi tous les époux puissent-ils être unis î Mon tendre ami.
Guillaume,
Ma tendre amie.
Si quelqu'événement dont je ne réponds pas... Thérèse.
Si quelque parole.... indiscrète.
Entre nous désormais cause quelques débats.
Guillaume.
Prenons en même temps notre enfant dans nos bras..; Thérèse, vivement.
Et la paix sera bientôt faite.
Guillaume.
Notre voisin s'est éclipsé ?
le Juge.
Sa présence en ces lieux n'étoit plus nécessaire : Quand l'honnête homme enfin se voit désabusé , Le méchant disparoît , et son règne est passé.
* Il disolt qu'il seroit mon papa.
Guillaume, avec indignation»
Lui , ton père!
{^avec douceur. ) 11 nous a fait du mal ;. allons , il faut le taire.
Thérèse.
Et même , s'il se peut , il le faut oublier.
( ici Guillaume et Thérèse, après s' ctn consultés , se présententl, anpge.)
LE Juge.
( à part. ) ( haut. )
Quelle vengeance 1 Eh bien?
Guillaume;
Pourrions-nous vous prier D'un service?
LE Juge.
De quoi ?
Thérèse, naïvcmmt.
De nous remarier, LE Juge, souriant.
II n'en est pas besoin.
Guillaume, avec joie»
Vraiment !
le Juge.
Mon ministère Ne pouvolt sur-le-champ rompre vos nœuds sacrés."
Guillaume.
Ne nous avez-vous pas ce matin séparés ?
LE Juge, vivement.
Je ne Taurois pas fait si j 'a vois pu le faire* Thérèse.
Quoi ! vous nous trompiez ? ^
LE Juge.
Oui. Je crois Que vous me pardonnez cette innocente ruse. J'étois sûr que l'Amour , en reprenant ses droits , Auprès de vous me serviroit d'excuse.
Thérèse, avecame.
Ah , vous nous connoissiez.
Souvenez-vous donc bien Que les époux unis par un hymen stérile Peuvent se dégager de sa chaîne inutile ;
( il montre l'enfant, ) Mais qu'un père , une mère , unis par ce lien ,
bttdk
MitaâÉil
N'ont pas le droit de comprotnettre.
Pour s'af&anchir, le sort de leur enfant ; Et que h Loi gémit souvent , Quand vous la forcez de permettre Ce que la Nature défend.