XIII
Cisauiliulc (*)
— iMais, interrorapis-je, le grand nombre de ces bizarreries anglaises que vous avez racontées n'a-t-il pas pour cause la publicité que vous avez donnée à tous les faits, dans votre pays de liberté?
— Peut-être, dit Wordera. Cependant je crois que nous avons plus d'originaux que les autres peuples. In excentrique est un homme qui porte défi au monde entier, et nous aimons beaucoup à porter défi à nos semblables : c'est encore une lutte, une manière de boxer.
Le Hamlet de Shakspeare est le premier personnage de ce genre que l'on rencontre dans la littérature anglaise.
( * ) Voir pour le sens de ce uiol les œuvres de Fourrier,
hS LLS EXCENTRIOLliS
Le prolcstaniismc vouait d'éclorc ; un cxconlriquc prolcslc contre le monde. Ilamlct , c'est bien là un personnage liuni()iisli([iu'. — «' Hiciiheurcux, dit-il , sont ceux chez ([ui l'ardeur du sang et la froideur de la raison se conlrebalancent ! Us échappent j)ar la solitude aux dangers du monde ; la forlune ne les prend pas comme un pipeau dont elle joue, et dont son souille et ses doigts tirent les sons qui lui plaisent ! » Voilà une pensée d'humoriste excentrique, (ie qui est élran;j;e à observer, c'est que les symptômes de la maladie morale, de gaîlé folle ou de mélancolie extravagante qui constitue l'humoriste et que l'on rencontre chez Ilamlct , datent de la destruction du catholicisme en Angleterre, et spécialement de la destruction des couvents. Les couvents servaient d'issue à toutes ces demi-folies qu'on ne pouvait pas admettre ailleurs , d'asile h ces âmes ardentes et blessées qui ne trouvaient aucun port, aucun avenir dans ce monde, ou à ces grands coupables qui avaient su échapper aux lois, mais non aux remords de leur conscience. Lord Goring, après la vie la |)Ius dissipée et la plus criminelle, se retira en Espagne , se fit moine dans un couvent de Dominicains et y moui ul.
L'humoriste, cousin-germain de rexcenlii([ue, abonde chez nous. Ce mot qui a ser\i de texte à de si délicates et subtiles dissertaiions, au xviii' siècle et au commencement du -MX*" ; ce mot, que l'on a obscurci en essayant de l'expliquer , est facile h comprendre. Il indique liiomme qui se livre à son /aancur avec indépendance , et (pii trouve moyen d'intéresser les autres à ce caprice. C'est l'hounne naïvement bizarre ; les Italiens et les Anglais, chez lesquels la sociabililé a respecté bien plus que chez vous la trempe individuelle des caractères, ont eu de très -grands humoristes. Rabelais et Montaigne dans le genre gai, J.-J. Rous-
seau dans le genre triste sont à peu prcs les seuls que vous l)uissicz citer; encore l'un vivait-il fort ignoré dans son castcldu Périgord, l'autre dans son presbytère de Meudon: et l'on sait avec quel soin le troisième échappait aux persécutions des grands seigneurs et des femmes qui venaient le relancer dans sa tanière de philosophe.
Je vais vous citer un fou rabelaisien et humoriste , qui vivait encore en 180^, et que j'ai connu :