XIV
Le docteur Kcinpf et son valet Bragadoccio.
Le docteur Kempf avait fait ses études de médecin ; après avoir exercé à Londres pendant cinq ou six ans , il eut le bonheur de perdre un oncle qui mourut aux Indes, et lui laissa un nombre considérable de roupies. Kempf, dont la famille était bonne et l'esprit singulier, se fit marchand d'orviétan, engagea un paillasse comme domestique et courut l'Angleterre.
Ce médecin errant avait remarqué que le pauvre peuple était dupe de tous les charlatans qui parcourent les villages; qu'on vendait aux paysans de détestable thériaque , de la poudre qui cariait leurs dents , et qu'on les empoisonnait à très grand prix. Il pensa que s'il y avait des prédicateurs nomades, des cours d'assises mobiles , des tournées d'inspecteurs de finances , et d'inspecteurs d'université , il serait fort utile de faire voyngor aussi un médecin nomade, qui serait charlatan par philanthropie.
Kerapf eut donc une pliariuacic complèle ; de plus , un fort beau théâtre de luarionncltos , un Italien grotesque pour paillasse , un habit rouge brodé d'argent , deu\ chevaux gris , une belle calèche , et il couinienra sa croisade. Il aimait à faire des harangues au peuple , à réciter des contes, à débiter des histoires , à déclamer sur tous les sujets. Quelquefois il habillait ses polichinelles en membres du Parlement ou en lords de la chancellerie. Il écrivait les drames (ju'il faisait jouer à ses acteurs de bois; et ([uin/.e ans de sa vie se passèrent ainsi. On a conservé (pielciuesunes des étranges harangues ([u'il prononçait du haut de son carrosse qui lui servait de tribune : entre autres une déhnition nouvelle du gouvernement représentalif, délinition pleine de barbarismes de langage ; — et que je rapporte , non sans scrupule.