XX
L'IIomme-Oiscau et rHomme-Lion.
— Ceux - ci , s'écria le vieux AYordem , out une nuance de folie plus prononcée. Hirst , par exemple , à force d'avoir étudié les oiseaux, se prit d'une si belle passion pour eux , que sans être absolument maniaque , sans faire aucun acte de démence, il voulut être vêtu en oiseau. Propriétaire du château de RoclilTe près d'York, on le \it, à soixante ans, se promener dans les champs et sur les grandes routes , avec une veste trèslongue, cou\ertede plumes de toutes les espèces d'oiseaux, un chapeau rouge et vert dont la coiffe ronde se moulait
sur la tète et portait d'immenses bords faits de plumes de paon qui s'agitaient comme des ailes. Sa culotte de soie noire portait , sur le côté , une série de petites rosettes rouges somblnbles à des crêtes de coq. Ses bas de soie bleu foncé étaient tachetés de points rouges et violets semblables aux veux de la queue d'un paon ; il se servait , pour souliers , de peau de chagrin rouge qui les faisait ressembler aux pattes d'une oie. Pour compléter l'étonnement des voisins , il se promenait dans cet accoutrement à cheval , sur un taureau. Il avait de l'horreur pour tous les métaux, et il s'était fait construire une calèche d'osier toute recouverte de grandes plumes d'autruche. Ce qu'il y a de plus bizarre , c'est que dans l'administration de ses affaires et même dans ses actes de charité, cet homme était très-sage. Il a écrit un ouvrage sur les oiseaux, ouvrage utile et vraiment remarquable.
Cet homme volatile vous plait-il ? — Je vais vous montrer l'homme devenu lion rampant.
Les plus savants ministres de l'église anglicane, Porson, Bentley , Parr , sont de parfaits excentriques. Harvest , théologien qui a laissé d'excellents traités , se trouvait à Calais , avec un de ses amis. L'enseigne de l'auberge où ils étaient descendus représentait un lion d'argent rampant. 1! alla se promener seul sur le rempart , s'égara, et ne sachant pas le français, il imagina d'imiter l'altitude du lion rampant de son auberge , de placer un shelling entre ses dents et de se promener dans cet équipage et cette attitude à travrrs la ville. C'était altiibuer iMlinimcnl trop d'esprit aux habitants. On le prit pour un fou, on l'arrêta. Le même ecclésiastique , ayant un jour apporté trois sermons manuscrits dans sa poche , les laissa sur une table. Lu de ses amis entra , et d-'plaçant toutes les feuilles des
trois manuscrits, les mêlant ensemble, les dispersa de manière à ce que rien ne se suivît plus ; le lendemain , Harvest monta en chaire , et se mit à lire ce sermon bizarre , sans s'apercevoir que ce qu'il disait n'avait pas le sens commun ; on trouva que c'était du beau sljle. . .