FEME DE GEORGE T
Histoire de sa vie et de /sa Captivité.
Le 16 novembre 1726, trois voitures de deuil quittaient la forteresse d'Ahldcii, château féodal des ducs de Brunswick. Uu écusson voilé d'un crOpe s'abaissait au dessus delà porte ; le pont-levis retentissait sous le poids du catafalque, et le même blason, composé des armoiries écartelécs de la maison d'Olbreuse en Poitou et de la maison princière de Brunswick-Liinobourg, se répétait sur le cercueil et sur les carosscs. Il était difficile de comprendre la solennité de ces funérailles en ce lieu pauvre et isolé. Dans la première voiture, il y avait une femme qui pleurait ; dans la seconde et la troisième, on apercevait quelques figures de cérémonie, physionomies plates de baillis, de sm-intcndants et de dames d'honneur germaniques. Les eaux demi-glacées de l'Aller, éclairées d'un soleil gris et terne, la rue tortueuse du petit village d'Ahlden avec ses cailloux inégaux, la pauvre population étiolée de tisserands cbétifs qui apparaissaient sur les portes , le bonnet à la main, pour saluer le cadavre, composaient une scène triste et complète, à la-
quelle il ne niaïuitiail rien , i)as inèine les larmes de ces bonnes gens du village el les pas mesurés des quarante trabans au costume bongrois, montés sur de lourds cbcvau\. Si\ cents personnes environ , bommes , femmes et enfants, suivirent buiiiblemenl le cercueil de leur bienfaitrice, qui allait dormir, après une vie de douleur, dans un caveau de princes.
Ce u'est pas un récit romanesque <juc nous voulons commencer ; il s'agit de faits inconstestables qui toucbcnt aux premières maisons de l'Europe, et se rapjiortent à l'une des destinées les plus déplorables du dernier siècle. La réalité apparaît plus toucbante que les inventions, ((uand le temps, de son souille, enlève ces coucbes de feuilles sècbes et entassées qu'on nomme intérêts et passions ; alors , et longtemps après les événements, nous apprenons ce que l'bonnue vaut , ce que la société ose , ce que les peuples souffrent, et ce qui se passe sous nos yeux, au milieu des civilisations florissantes. 11 y a d'effroyables iniquités qui se révèlent, des crimes plus odieux (pie ceux dont les tribunaux font justice qui éclatent après des siècles , des secrets de l'histoire privée qui font peur au philosophe , des mains sanglantes qui sortent de terre, et des lumières lugubres qui se réj)andent sur le cœur humain. Ces secrets ne s'apprennent que tard ; ou les ensevelit aussi profondément que possible, et l'honneur des familles , la cupidité , l'indifférence , jettent à l'cnvi leurs pelletées de terre sur les victimes sacrifiées, celles surtout qui se sont heurtées et brisées contre les puissances de ce monde. Victimes dont l'histoire ne s'occupe guère, et dont les pleurs ont coulé devant Dieu, ignorées de tous, sans justice de la part des bommes que les égoïsmes envahissent, que les jouissances absorbent, ne serait- il pas temps de vous donner un coup-
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d'œil, (lo jeter la clarté sur vos noms effacés, sur vos vertus perdues et vos inutiles dévoiuneuts, et de s'accoutumer à vous compter pour quelque chose ?
Parmi les souvenirs de ce gemc , il n'en est point de plus digues d'intérêt que celui de Sophie-Dorothée de Hanovre, dont je montrais tout-à-l'heure le convoi solitaire. Duchesse d'Ahlden et princesse de Zelle par son père , ses Mémoires, composés par elle-iuèmc pendant une captivité de trente-deux ans , viennent de paraître à Londres sous le titre de Journal et la forme de drame , « écrit par Sophie-Dorothée dans sa prison, et fait pour éclaircir les événements de sa vie. » L'authenticité de ces Mémoires ne peut souffrir de doute (*). La forme en est bizarre, le style fatigant , la phraséologie épaisse , et il n'y a que la princesse elle-même, dont le respect pour la vérité ait pu gâter à plaisir la tragédie doniesti([ue dont elle était l'héroïne. Reproduisant les conversations des personnages avec qui elle a entretenu des rapports , elle ne fait pas grâce d'une révérence ou d'un domestique apportant une lettre sur un plateau ; vous diriez ces images dont le soleil est le peintre fidèle, et c'est le plus triste peintre et le plus lugubre dont on puisse s'aviser ; la princesse est peintre à la manière du soleil. Elle n'a donc fait ni un bon drame ni un bon roman , et la pauvre femme a mal traité sa propre vie. Elle s'enfonce dans les mots; l'étiquette allemande règne dans le Uvre, au point de nous dérober les émotions dont il est rempli, et même les idées quand il y a des idées. Les ca-
(*) Diary of tlic Conversations of thc principal pcrsonatjcs ai tlic courts of Uanovcr and ZcUe, lUustrativc of ilic history of Sopliia- Doroiliea, nritten by Itcrsctf, and noiv fîrst iranslatcd frorn thc original kept by tfiat princcss, during /ter thirly-iwo ycars' impri- ^onment in thc castle of Alddcn,
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raclères des personnages n'apparaissent pas avec netteté au milieu de celle pâle verbeuse cl sous les draperies d'une cour côréiiioiiieuse el brutale.
Avant la i)ublication de ces documents sans art, qui prouvent l'innocence de la princesse (!tne i)r(tuvent pas sou talent, on savait d'une manière confuse l'histoire de cette épouse de George l", accusée par lui d'une intrigue amoureuse avec le beau Kœnigsmark , que l'on fit disparaître; les romancieis a\aient brodé de leur mieux une étoffe si riche et si vague. Les historiens ne s'accordaient pas sur les motifs et les détails de l'anecdote, etWalpole lui-même, auquel les particularités de la cour n'échappaient guère , n'avait pu soulever les voiles dont celte lugubre aventure s'était enveloppée. L'archidiacre Coxe , dans ses Mémoires sur Robert AValpole , avait contredit les assertions de son prédécesseur, et les derniers historiens de la maison d'Hanovre, lord Mahon et M. Jesse, avaient jeté dans cette obscurité des conjectures (jui ne faisaient que l'accroître.
Aujourd'hui l'auto-biographie de Sophie-Dorothée vient de paraître à Londres , escortée de renseignements accessoires et inédits fournis par les archives de Vienne , de Berlin, du duché de Brunswick et du duché de Zelle. Au manuscrit de la princesse, ((ui porte pour premier tilre Précis de mon Destin cl de ina Prison, viennent se joindre la confession d'une mourante, la comtesse Platen, qui joua dans ce drame un rôle sanglant et ignoré , celle d'un assassin salarié , dont le même ecclésiastique reçut les aveux (*), une correspondance volumineuse et une narralion détaillée , écrite en allemand par la confidente et la
(") Lcùiicii-prcditjt auf C, E, Crix fin von PUitcn , mil àcnj^ersuualien.
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dame d'iionnour de Sopliie (*), inadinioiscllc de Knescbeck , (jui partagea sa captivité, Sons le rapport du style, il n'y a rien à dire de cet ouvrage, dont la première partie contient le récit embrouillé et eiiiphati(iue des aventures de Sophie. Appliquons h ce fragment d'histoire une sévérité plus critique , et suivons de près les documeuts auxquels le second volume est consacré , documents précieux pour les annales du xviir siècle et celles de la civilisation moderne en Allemagne et en Angleterre.
Entre 1650 et 1750, l'ascendant de Louis XIV ne se fit pas sentir seulement en France et en Fsjjagne; celte prépondérance politique , chèrement acfjuise , chèrement payée, domina le nord de l'Europe, qui résistait à notre puissance en cédant à l'impulsion de nos mœurs. Maîtres du mouvement général, chefs de la civilisation européenne, nous commencions l'éducation sociale de la Russie, de la Prusse, de la Suède, et même, sous certains rapports d'élégance, de la Grande-Bretagne. On nous imitait mal, comme il arrive toujours ^ et cette inoculation imparfaite produisait des eiïets aussi étranges que ceux qui, entre 1520 et 1600, avaient suivi la parodie des mœurs italiennes, importée en France par François I"^ et Louis XIL On connaît ce mélange de rudesse et de volupté, de barbarie et de licence, de grâce efféminée et de violence qui marque l'époque de Valois, vivement reproduite par la naïve corruption de Brantôme. Quelque chose de semblable se manifesta dans les petites cours d'Allemagne , et même dans le
(*) JS'achricliien von der ehemaligen Chur~Pritiz€Ssin Sopltic- Dorothea von Hunnovcr, sogenannten Prinzessin von Aiildcn, Gelualilin (les Cliur-Prinzen Georg Ludwig, nacbherigen kœnig Gcorgl von Grossbrilauuien. Bescliriebcn von der Hofdame der Chur-Prinze$$iQ dcm Fr».-ulem von dem Knesebeck,
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palais brilanniqiicdoAVliiichall, lorsque, séduits par l'oxcmplc du inaîlro orionlai de la Franco, les princes du Nord voulurent à leur tour essayer des fêtes et des maîtresses , danser dans les ballets, jouer des pastorales , récompenser des poètes, et marcher dans cette voie de monarchie éclatante que Louis \1V avait ouverte. L'étiquette germanicpie conserva sa lourdeur ; le respect héréditaire de l'autorité y gagna peu , et la vertu encore moins ; au lieu de faire naître les arts, on fit éclore des vices grossiers , qui de temps en temps s'égayaient de crimes. Il fallut cinquante années encore pour que la cour de Saxc->>eimar, dont ce fut l'honneur et la gloire , épurât ce mélange hétérogène de vieilles mœurs et de culture nouvelle, et grelTàt sur les traditions patriarchales du pays l'habitude d'une élégance noble et les savantes délicatesses des arts. En dépit des réprimandes réitérées du cabinet de Vienne, que ce penchant général effrayait, ces petites cours, débris d'une féodalité énervée, s'épuisaient en puériles rivalités, eu folles débauches, en intrigues machiavéliques et en fêtes ruineuses, qui ne corrigeaient pas la rudesse fondamentale des mœurs. Quand on lit les Lettres de la Princesse palatine , mère du régent, les Mémoires de la Margravine de Bayrcutk , sœur de Frédéric-le-Grand, petile-lille de cette même Sophie-Dorothée qui va nous occuper, la Saxe Galante du baron de Pœllnilz, et la Vie d'Aurore de Kœnigsmark par Kramcr, on croit entrer dans les cavernes fantastiques peuplées de faunes, de nymphes, de satires lascifs, et de graAOS conseillers aulicpies.
Il y a cependant des nuances et des degrés dans cette imitation générale de Louis XIV. Ceux-ci lui prennent sa pompe militaire , ceux-là sa dévotion régulière, presque tous sa galanterie espagnole. L'électeur de Saxe, Frédéric-
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Auguste , (iï'pense quinze millions do thalers ou conl millions sterling pour ses maîtresses , qui lui donnent cinquante-trois bâtards. Quand son fils épousa la fille de Joseph r% empereur d'Autiiilio, « il fit armer, dit un grave historien allemand , un vaisseau magnifique nommé le Bucentaurc , qui descendit l'Elbe avec son é<[uipage en satin jaune et en bas de soie blancs, escorté de cent gondoles illuminées et de quinze petites frégates de six canons. Dixneuf cents gentilshommes, six régiments d'infanterie, trois de cavalerie , et onze cents gardes royaux, commandés par le baron de Mordar, maître des postes , qui sonnait d'une trompe de chasse en or enrichie de ])iorreries , accompagnaient l'électeur , couvert do diamants qui valaient deux millions de thalers. Il reçut la fiancée à Pirna. Cent six caresses h six chevaux firent à Dresde leur entrée triomphale, et les fêtes durèrent un mois entier, pendant lequel l'électeur et sa cour se partagèrent les rôles des divinités grecques, sans les quitter un moment; l'Olympe était au complet, depuis Vénus et Apollon jusqu'aux hamadryades. Un peu plus tard, il donna dans son camp, près du Mïihlbcrg, un dîner dont les convives étaient quarante-sept rois et princes, et qui dura trente jours; du moins les tables restèrent-elles toujours dressées; on y servit un gâteau de vingt-huit pieds de long, de douze pieds de large, de trois pieds de haut, et ([ue le grand panetier, armé d'une hache d'or et déguisé en charpentier , découpa solennellement après une promenade à travers le camp. » Ces puérilités, peut-être exagérées par l'histoire, prouvent du moins l'ardeur de la contagion que nous avons signalée. Les jardins de Versailles se reproduisaient à Municli et à Dresde, comme à Prague et h Londres, avec l'exagération des parodies; ce n'étaient plus seulement des buis taillés en quinconce.
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mais des forets taillées en pièces (r('clii(inier, des sapins du Nord transf()nn(''S en vases aiiti(iues, cl des ifs toiir-à-tour métamorphosés en pyramides et en perruques. Plus une cour était petite, plus clic cherchait à se signaler ainsi; la cour de Vienne restait seule lidèle aux vieilles mœurs, et conservait ainsi sa prépondérance ; la grande IMaric-Thérèsc, a]iprcnant ]H'ndant le spectacle que sa bru venait d'accoucher d'un lils, se leva tout-à-coup de sa loge et charma le peuple, en lui disant dans le patois de Vienne : « Mes enfants, le fds Léopold a cm ficu ! »
Dans ces mœurs étranges et bariolées, grossièreté brodée de libertinage , les évoques et leurs cours occupaient une des belles places. Il y avait des localités, telles qu'Osnabriick, dont l'évêque était alternativement un protestant et im catholique , et où le palais épiscopal se remj)lissait de chiens, de faucons, de joueurs, de buveurs, de danseurs, de femmes galantes et d'enfants de tous les ordres que l'évêque reconnaissait pour être à lui; Goethe, dans son drame de Goetz de Bcriichimjen , a touché un petit coin de ce singulier tableau. S'il y avait des évêques Sardanaiiale, il y avait aussi des évèques Alexandre et Jules César, par exemple ce prince de Munster, Van Ghalen, dont l'accouti'ement étonna le spirituel AMlliam Temple, quand ce dernier le rencontra « emporté dans son carosse par six chevaux fougueux , et escorté de cent heydukes qui raccompagnaient au grand galop. Il fallait voir ces Hongrois au costume bizarre , à la veste courte, au boimet noir, avec leur petite hache d'armes , leur espingole en bandouillère et leur cimeterre recourbé, lancer leurs chevaux vcntie à terre, faire feu sans quitter la selle, et se livrer devant leur prince à tous les exercices orientaux du djcrid. Gctévêque, qui habitait une forteresse imprenable et vivait en seigneur
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féodal du moyen-âge, m'a fait l'Iionnciir de m'apprcndrc à boire d'une façon vraiment épiscopale. l iic cloche d'argent de grande dimension , dont on enlevait le battant quand il s'agissait de la remplir de vin , servait à cet exi)loit, qui mV'tonna d'abord. La rasade était inévitable; on renversait la cloche pour prouver que l'exploit était accompli (*). » Nous verrons l'évêque d'Osnabriick offrir à côté de ce prélat guerrier le personnage non moins bizarre d'un prélat libertin.
D'autres princes, par exemple Antoine de Wolfonbûttel, ne se distinguaient que par la grâce et la gravité de leurs roœurs ; d'autres se modelaient sur les goûts littéraires et élégants de Louis XIV. Quelques-uns passaient leur jeunesse à courir l'Europe, surtout l'Italie, d'où ils ramenaient dans leur principauté un commencement de famille improvisée, quelquefois un sérail importé de Venise. Ajoutez à ces éléments dramatiques et discordant les rivalités, les haines , les passions violentes et contraintes, les intrigues à propos d'un titre, les ardeurs de préséance entre ces petites cours, les conspirations pour obtenir un lambeau de territoire et monter d'un degré dans l'échelle hiérarchique, les guerres livrées pour conquérir trois lieues, les fêtes qui, données dans un parc, dévoraient le revenu d'une année, la manie de bâtir et de dessiner des jardins, enfin la mythologie poétique de l'antiquité, qui brochait sur le tout et régnait avec une langue française, gâtée par nos réfugiés protestants ; — on verra quel singulier monde ce devait être que ce monde germanique où Leibnitz rêvait sa théodicée, et dont les fragments inconciliables cherchaient inutilement leur harmonie et leur unité.
(») Life of W, Temple, t. I, p. C2. V. première série, [Caractère de Temple).
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Les réfugiés français que Louis XIV avait chassés avec une si folle imprudence, occupaient dans le Nord une situation qui n'a pas été assez remarquée. L'aïeul de Benjamin Constant, M. de Rebecque, montait le même vaisseau qui portait Guillaume III à la conquête du trône catholique de Jacques IL Les Ancillon entraient dans les conseils de l'électorat de Brandebourg ; des Françaises étaient partout chargées de l'éducation des jeunes altesses; Frédéricle-Grand et Catherine de Russie furent élevés par des Français. Ils répandaient à la fois dans le Nord l'horreur du grand roi et l'imitation de nos mœurs ; de là ce double mouvement qui rattachait les cours du Nord à la France par l'imitation , et les opposait à la France par la haine. Quelquefois on voyait une fille de gentilhomme français venir s'asseoir sur un de ces petits trônes suzerains dont elle devenait maîtresse par la grâce de l'élégance et de la beauté ; les jalousies indigènes s'éveillaient, et il était rare que l'on ne punit pas , de manière ou d'autre, l'audace de l'étrangère, soit sur sa personne, soit dans sa postérité.
C'est ce qu'éprouva au commencement du xvn* siècle une Française aussi distinguée que peu connue, la fille du marquis d'Olbrcuse en Poitou, qui suivait son père en exil, et qui apparaissait sous le patronage de la duchesse de Tarente et de mademoiselle de la Trémouille, « éclatante de jeunesse et de beauté, » disent les contemporains. Éléonore d'Olbreuse produisit une vive sensation dans les grands bals que Guillaume donnait à Bréda en 1G67. Ce que la ligue du Nord avait de biillant, d'aimable et de célèbre parmi les princes d'Allemagne et les protestants bannis de France se réunissait dans cette petite ville de Bréda, Versailles du protestantisme, où chacun croyait trouver un terrain neutre et un asile contre ses propres doctrines. Les
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mascarades ot los bals n'y tlisconiiminiont pas; loin dos regards du populaire , qui les aurait condamnés sévèrement, les gentilshommes se dédommageaient, et la galanterie, que l'on reprochait à Louis XIV, y r('|)renait ses droits. On était là si bien en sûreté contre les prédicateurs, que la femme de Guillaume d'Orange , la protestante Marie , destinée à devenir reine d'Angleterre, écrivait à son frère Charles II : « Nous jouons tous les soirs de petites comédies chez la reine de Bohème (fille de Jacques I"), et c'est vraiment plaisir de voir les passages qui se font entre ces dames et leurs galants ; je ne trouve pas qu'elles prennent la moindre pcme de cacher leurs incHnations (*). » Si la jeune Éléonore d'Olbrcuse était vêtue en bergère , en mjmplie , en bohémienne ou en dnjade, lorsqu'elle toucha le cœur du duc de Zelle , c'est ce que ne disent pas les lettres qui décrivent avec une exactitude de notaire les solennités de ces bals; mais ce qui est certain, c'est que la main d'Éléonore fut sollicitée par plusieurs gentilshommes. Le duc George-Guillaume de Zelle , second fils du duc de Brunswick-Liinebourg et frère aîné de l'évèque d'Osnabrùck, se montra le plus empressé de ses adorateurs. Il avait quarante ans et l'expérience des passions, l'ne Vénitienne, Zenobia Buccolini, lui avait donné un fils, qui, sous le nom abrégé de Buccow , devint grand écuyer de la cour de son père; d'ailleurs ce duc de Brunswick était honnête homme, dominé par ses affections, dénué d'ambition et faible de caractère, comme le prouve l'engagement que lui avait fait contracter son frère cadet , le brillant et ambitieux évêque d'Osnabriick.
(*) Afanuscrits de Lambelh. — Lettres particulières de Marie et de la reine de Boliême, fille de Jacques I",