DITE LA COMTESSE
C'est chose entendue : toutes les lettres et missives qui forment Tenseinble de la correspondance de M^me Gourdan sont apocryphes. Ef après? Mme (!ourdan parmi les maquerelles du règne de Louis XY fut la plus fauieuse, mais Théveneau de Morande parmi les libellistes de son temps fut le plus averti. Les lettres qu'il fabriqua ont donc leur valeur documentaire, la curiosité d'un témoignage directement contemporain. Cela doi! suffire. Cette correspondance, souvent citée, est plus rarement connue dans son ensemble, (^'est, cependant, par son ensemble qu'elle prend un intérêt paiticulier. Elle révèle la physionomie du monde libertin, tant masculin que féminin, et les traits plaisants et psychologiques n'y manquent pas. Répétons-le : Théveneau de Morande était un quidam singulièrement bien viformé sur ce terrain : il escroquait les amants et filoutait les filles. C'est un double titre pour accorder créance à ses dires.
PREFACES DES TROIS EDITIONS DE LA CORRESPONDANCE DE Mme GOURDAN
Conduit, non par l'amour, mais par la débauche, dans le plus fameux temple qu'elle ait à Paris, c'est-àdire chez la Gourdan, j'attendais dans le salon qu'une victime vînt se présenter. J'aperçus une écritoire. Ayant un billet à écrire, je me mis à l'ouvrir pour y prendre du papier; mais au lieu d'en trouver, je n^ vis que des lettres. La curiosité de voir la correspondance d'une pareille femme m'en fit lire quelques-unes. Elles me parurent plaisantes. J'en pris un paquet que je mis dans ma poche. Ce sont celles que je donne au public, comme servant à l'histoire des mœurs du siècle et de celles de Paris.
J'ai retranché le nom des personnes qui sûrement n'auraient pas été bien aises d'être nommées. Quant à celui des demoiselles, je l'ai cru inutile, attendu qu'elles en changent plusieurs fois dans l'année.
128 LE DIX-nUlTIKME SIECLE GALANT ET LIBERTIN