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LES GALANTES CONFIDENCES

(D'aprcs Fr;igonai\l.)

NOTICE SUR LES « SUPPLÉMENTS CURIEUX ET PIT- TORESQUES A LA CORRESPONDANCE DE MADAME GOURDAN »

Pevpnoup à VEfpion angloif;, puisque aussi bien c'est lui qui nous doit guider dans le dédale quelquefois obscur de la galanterie parisienne au dix liuilième siècle. Les deux nouveaux fragments que nous en tirons viennent compléter à merveille les déjà si précieuses indications données dans la Correspondance de Madame Gonrdan.Apri-s les héros et les héroïnes il est peut-être utile de voir le milieu et d eu connaître certains détails. Voici qui y t;':che. Nul moilleiir guide, et quel domn'age que ce soit sur la seule Mme Gourdan que Pidansal de Mairobertait exercé sa verve!

Lettre de Milord All'exe à Milord AH'ear

Sur une visite à !a maison de Madame Gourdan et sur les curiosités qui s'y trouvent

(Extrait ofe l'Espion anglais.)

Lettre sur ta maison de Mme Gourdan et tes curiosités qui s^y trouvent.

Depuis le décret de prise de corps lancé par le Bailliage contre Mad. Gourdan, ce qui a obligé, Milord, cette Abbesse do laisser ses ouailles dispersées et de prendre la fuite ou de se cacher, ses meubles sont saisis et annotés, et sa maison est sous la sauvegarde de la justice. On y a mis un gardien, qui ne l'ouvre que par billet du Président de Couruellc ; mais comme celui-ci est un homme aimable et facile, il donne volontiers des permissions de A'^oir ce temple de luxure. Beaucoup d'honnêtes gens qui n'uui oient osé y entrer avant, profitent de l'occasion, et parmi ceux qui y avoienl été, tels que moi, il en est quantité qui n'en ayant connu que les nymphes, en visitent aujourd'hui les appartenions secrets, où ne s'admettoient que ceux auxquels ils pouvoient être utiles. Ces jours derniers je dînai chez une femme avec le Magistrat dont je viens de parler ; il fut question do la maison de Madame Gourdan, et l'on fit

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la partie entre hommes d'\' aller avec lui. Je trouvai ce lieu digne de vous être décrit en certaines parties, par les recherches et les ressources de libertinage qu'on y trouve.

Je ne vous parle point du serrail. Le mot seul caractérise cotte salle d'assomblée, commune à toutes les maisons de ceitt? espèce. On y rencontre toujours ce qu'on appelle des plastrons de corps-de-garde, c'est-àdire une douzaine de filles perdues, gangrenées jusques à la moelle des os et dont le cœur et l'esprit encore plus corrompus les rendent propres à recevoir cette multitude effrénée de jeunes militaires oisifs, débauchés, sans argent, qui s'établissent là comme en garnison et que la police, pour éviter de plus grands désordres, oblige les abbesses de recueillir. Jugez que d'ordures doivent se débiter dans un pareil cercle ! que d'horreurs et d'infamies doivent s'y commettre! Ce sont cependant souvent de très-jolies créatures, condamnées à passer ainsi la fleur de leurs ans dans ces abominables exercices.

Je passe à la Piscine. C'est un cabinet de bain, où l'on introduit les filles qu'on recrute sans cesse pour Mad. Gourdan dans les provinces, dans les compagnes et chez le peuple de Paris. Avant de produire un pareil sujet à un amateur, qui reculeroit d'effroi s'il le voyoit sortant de son village ou de son taudis, on le décrasse en ce lieu, on lui adoucit la peau, on la blanchit, on la parfume ; en un mot, on y maquignonne une cendrillon comme on prépare un superbe cheval. On nous ouvrit

ensuite une armoire, où étoient les différentes essences, liqueurs et cause à l'usage des demoiselles. On nous fit remarquer l'eau de Pucelle ; c'est un fort astringent, avec lequel la Dame Gourdan répare les beautés les plus délabrées, et rend ce qu'on ne peut perdre qu'une fois. A côté étoit l'Essence à l'usage des monstres; c'en est une dont on fait rarement emploi; cependant on nous dit que cette savante appareilleuse en faisoit quelquefois l'application sur de petites novices, dont elle hatoit ainsi la maturité en faveur de personnages du plus haut rang, dont la paillardise avait besoin d'être excitée par la fraîcheur, l'élasticité, l'ingénuité de l'enfance, mais chez qui la vigueur ne répondoit pas aux désirs. En revanche, nous ajouta-t-on, voici une liqueur dont il se fait ici une grande consommation. On nous montra en même tems une multitude de flacons, du spécifique du docteur Guilbert de Préval. 11 prétend qu'il est à la fois indicatif, curatif et préservatif du mal vénérien. On nous assura que Mad. Gourdan, trèsintelligente, s'en servoit dans le premier cas; que par des injections qu'elle faisoit à une courtisanne qui se présentoit chez elle, elle jugeoit bientôt si elle n'étoit point saine, à des convulsions involontaires que la nymphe éprouvoit sur-le-champ : que d'autres fois, par une expérience plus sûre encore, elle en donnoit eu boisson, et que, dans les vingt-quatre heures, les symptômes les plus caractérisés se développoient sur une beauté fraîche, paroissant jouir de la meilleure santé : que dans le troisième cas, enfin, elle n'avoit pas

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d'jiutre recette, celle-ci étant la plus commode, la plus courte et la moins dispendieuse ; qu'au moyen de cette utilité variée, elle faisoit f^rans cas de l'inventeur du spécifique, et avoit avec lui une intimité très-étroite.

Du Cabinet desbains on nous conduisit dans le cabinet de toilette, où les élèves de ce séminaire de Vénus recevoient leur seconde préparation. Je ne vous y retien- "irai pas longtemps. Vous avez quelquefois assisté à cet exercice journalier des femmes, etje ne vousapprendrois rien de nouveau. Imoginez-vous seulement ce séjour garni de tout ce qui peut contribuer à rendre une nymphe neuve et séduisante.

La Salle de balle suit après, et quoiqu'elle ne serve point à d^Aiser, elle n'est pas mal nommée, parce qu'en effet c'est là précisément où chacune recevoit son déguisement convenable, où la paysanne étoit métamorphosée en bourgeoise et la femme de qualité quelquefois en chambrière. On nous expliqua ce que signifioient toutes les sortes d'habillemens que nous vîmes. Il n'est qu'à Paris où l'on trouve de ces raffînemens favorables à tant de supercheries qui s'y exercent, et si nos bagnes n'approchent pas de l'endroit dont je vous fais la description, ceux qui les tiennent sont encore plus éloignés de l'esprit de ruse, d'intrigue et de scélératesse qui possèdent si supérieurement les entremetteuses de Paris, et sur-tout celle dont il s'agit ici. Pour mieux nous mettre au fait, le Président nous fit ouvrir une armoire dans laquelle nous apperç.ùmes, avec le plus grand îtonnement, une porte, mais sur laquelle il y avoit u»

scellé. Ne pouvant rompre le sceau de la justice, il nous dit que cette porte renJoit dans un appartement d'une maison voisine, où elle étoit recouverte d'une semblable armoire; en sorte que ceux qui y entroient ne se doutoient en rien de la communication : que cet appartement étoit occupé par un marchand de tableaux, de curiosités, etc., chez lequel tout le monde pouvoit entrer sans scandale; dont la maison, d'ailleurs, à porte cochère, très-honnête et dans une autre rue ne laissoit soupçonner en rien l'objet de la venue des personnes qui s'y rendoient. Ce marchand étoit d'intelligence avec sa voisine, et c'est de chez lui que péuétroient chez elle les Prélats, les gens à siniare, les Dames de hautparage, qui avoient besoin d'une manière où d'une autre des services de la Dame Gourdan. Au moyen de cette introduction furtive, et que les domestiques même ignoroient, on changeoit, comme l'on vouloit, de décoration en ce lieu, l'Ecclésiastique pouvoit se travestir en séculier, le magistrat en militaire, et se livrer ainsi, sans crainte d'être découverts, aux honteux plaisirs qu'ils y venoient chercher. Les femmes cachant également leur onrandeur et leurs titres sous la bure d'une cuisinière, ou dans les cornettes d'une Cauhoise, recevoient hardimentles vigoureux assauts du rustre grossier que leur avoit choisi leur experte confidente pour assouvir leur indomptable tempérament. De son côté celui-ci, croyant carresser sa semblable, se livroit, sans s'effaroucher, à toute l'iiûpétuosité de sou ardeur brutale.

On nous fit passer de-là dans rinfiimerie... Que ce mot ne vous épouvante pas, Milord ; il n'est point question de maladie pestilentielle, mais de ces voluptueux blasés dont il faut réveiller les sens flétris par toutes les ressources de l'art de la luxuie. Ce lieu ne reçoit le jour que d'en haut, ce qui le rend plus tendre : de toutes parts on ne voit sur les murs que des tableaux, des estampes lubriques, ces attitudes, ces postures lascives, inventées pour allumer l'imagination et ranimer les désirs, sont répétées en sculpture, comme pour frapper d'avantage les amateurs, et les morceaux les plus orduriers des poètes se lisent encadrés et contribuent d'autant à enilammer le Lecteur. Au fond d'une alcôve est un lit de repos de satin noir; le ciel et les côtés sont en glaces et répètent non-seulement les objets de ce délicieux boudoir, mais toutes les scènes mêmes des acteurs sur ce matelas voluptu(3ux.

En parcourant tant de choses, mes yeux se portèrent sur de petits faisceaux de genêt parfumés. Je demandai ingéiiument à quoi cela servoit ? Le Président me rit au nez et me dit « votre ignorance vous fait honneur ; je vous félicite de n'avoir pas besoin de ce secours; mais comme cela pourra arriver il faut vous apprendre l'usage de ces verges, car s'en sont de réelles, et elles sont destinées à une flagellation, même souvent violente. Il est des paillards malheureux qui se font de cette sorte agiter le sang à tour de bras par une ou deux courtisannes : ainsi en ce mouvement il se porte dans les muscles, trop paresseux, organes du plaisir, et ces

libertins se retrouvent alors une vigueur dont ils ne se seroient pas crus capables. Il en est d'autres, ajouta-t-il, qui ont recours à un moyen moins répugnant en apparence, mais plus funeste : le voilà ». En même tems il tira d'une petite armoire une boite, où étoient des pastilles en forme de dragées de toutes couleurs. « 11 suflit, continua-t-il d'en manger une, et bientôt après on se sentunnouvel homme. «Elles étoient étiquetées: Pastilles à la Richelieu. J'en demandai la raison ? Il me répondit que ce seigneur en avoit fait beaucoup d'usage, non pour lui, mais pour se rendre favorables les femmes dont il avoit la fantaisie et qu'il avoit trouvées rebelles, qu'en leur faisant mang*er de ces bonbons, il les avoit toutes réduites : qu'ils avoient efficacité telle, qu'ils excitoieul le tempérament des plus vertueuses, et les rendoient folles d'amour pendant quelques heures. Je lui témoignai mon dégoût d'un secret qui, humiliant l'amour-propre même du vainqueur, devoit être pernicieux à la victime, et d'ailleurs la faire périr de douleur et de rage, revenue à son sang-froid.

Le Président me raconta à cette occasion la scélératesse du Comte de Sade, ce Gentilhomme si renommé par ses horreurs contre les femmes qui étant restées impunies l'ont autorisé à en commettre de nouvelles. Donnant, il y a quelques années, un bal à Marseille, il avoit empoisonné ainsi tous les bonbons qu'il y distribuoit, et bientôt toutes les femmes brûlées d'une fureur utérine, et les hommes devenus autant d'Hercules, convertirent cette fête en Lupercales, et la salle du

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bal en un lieu public de prostiliition. Jo ne puis vous assurer s'il n'est pas résulté des morts de cette débauche, mais certainement beaucoup d'hommes en ont été trèsmalades. Vous vous doutez bien que cela n'a pas été si pernicieux à la santé du sexe. L'autour de cette gentillesse ayant par ce secours joui de la femme qu'il convoitoit, s'est enfui avec elle, et quoiqu'on ait commencé une seconde instruction contre lui, il pourra bien dans quelque tems imaginer quelque galanterie de ce genre.

Au surplus, continua le Président, si, sans avoir recours à ce stimulant, il vous tomboit sous la main une femme, ou plutôt une louve trop difficile à satisfaire, voilà de quoi l'assouvir et la mettre à la raison. Il me montra en même tems une petite boule en forme de pierre, appellée Pomme d'amour. Il m'assura que la vertu en étoit si efficace, qu'introduite dans le centre du plaisir, elle entroit dans la plus vive agitation et causoit à la femme tant de volupté qu'elle étoit obligée de la retirer avant que l'effet en cessât. Il ne put me dire si les chimistes avoient analysé cette pierre qui passe pour une composition et dont les Chinois font grand usage.

J'observai alors, en maniant un de ces instrumens ingénieux, inventés dans les couvens des filles pour suppléer aux fonctions de la virilité, que sans doute les bonnes connaisseuses négligeoient celui-ci pour l'autre : « Oui répondit le Président, mais comme les pommes d'amour ne se cueillent pas de ce pays-ci, que tout au plus il s'en voit chez quelques curieux, il faut bien s'en

tenir à l'ancien usage, et vous ne sauriez croire la quantité de lettres qu'on a trouvées dans la Correspondance de Mad. Gourdan, à qui les Abesses et simples Religieuses s'adressoient pour être fournies de ce Consolateur. »

Je vis ensuite une quantité de petits anneaux noirs, mais beaucoup plus grands que des bagues, et dont la destination ne paroissoit pas faite pour les doigts. Je demandai ce que c'étoit ? « Encore une ressource, me dit le Magistrat, pour les paillards, qui trouvant une courtisane froide, ainsi qu'il leur arrive communément de l'être, harassées, fatiguées, usées comme elles sont dans les exercices de Venus, ont désir de l'aiguillonner; c'est pour cela qu'on nomme ces bagues des Aides. On les mot, vous concevez où; elles se prêtent suivant la grosseur de CaA'alier. Elles sont fort souples, mais en même tems elles sont parsemées de petits nœuds qui excitent une telle titilation chez la femme, qu'elle est forcée de suivre l'impulsion de l'amoureux et prendre son allure. »

Pour finir l'inventaire de ces curiosités du cabinet de Mad. Gourdan, il ne faut point omettre une multitude de Redingottes appellées d'Angleterre, je ne sais pourquoi. Vous connoissez, au surplus, ces espèces de boucliers, qu'on oppose aux traits empoisonnés de l'amour, et qui n'étoulfent que ceux du plaisir.

Nous ne fîmes que jetter un coup d'œil dans la Chambre de la question. C'est un cabinet, où par des pazes transparentes, des trompe-valets, la maîtresse du

lieu et ses confidens voient et entendent tout ce qui s'y fait et s'y dit. Il est d'un grand secours pour la police, et c'est là où les suppôts de cette dernière ont arrêté Mad. d'Oppis.

Nous terminâmes par une dernière pièce, que le concierore appella le Salon de Vulcain. Je n'y trouvai rien d'extraordinaire qu'un fauteuil, dont la forme singulière me frappa. « Assez-vous dedans, me dit le Président ; vous allez concevoir son utilité. » A peine je m'y fus jette que le mouvement de mon corps flt jouer une bascule; le dos se renversa et moi aussi; je me trouvai les jambes écartées et enlacées mollement, ainsi que les bras en croix : » Ma foi, répondis-je « les filets du « Dieu de Lemnos ne valoieut « pas mieux ». Le Magistrat m'apprit que ceux-ci se nommoient les filets de Fronsac; qu'ils avoient été imaginés par ce seigneur, pour triompher d'une vierge qui, quoique d'un rang très-médiocre, avoit résisté à toutes ces séductions, à tout son or et à toutes ses menaces. Devenu furieux d'amour, il se porta à commettre trois crimes à la fois pour assouvir sa passion : il se rendit coupable d'incendie, de rapt et de viol. Une belle nuit il fait mettre le feu à la maison de cette jeune fille par des coupesjarrets à ses ordres : une vieille duègne, profitant du désordre qu'occasione cet accident, s'empare de la Demoiselle sous prétexte de lui donner asyle, et l'ayant soustraite aux yeux de sa mère, la conduit dans ce repaire. Le Duc de Fronsac y étoit; on la précipite dfins ce fauteuil infernal ; et là, sans égard à ses larmes, à

ses cris, à son effroi, il se livre à toutes les infamies que peut lui suggérer sa coupable lubricité. Le local est disposô de façon que le bruit des plaintes, des sanglots, des hurlemens même ne pourroit sp faire entendre audehors. Ce ne fut qu'au bout de quelques jours, qu'au moyen des recherches de la Police, la Mégère, complice des forfaits du Duc, fut obligée de relâcher sa proie.

Je frémis d'horreur à ce récit : « comment, m'écriaije, on a point écartelé un scélérat coupable de tant de forfaits ! — Non, me dit le Président : le feu Roi, instruit des faits, l'exila de sa cour; on commença une information et l'argent a fait le reste. Quand les clameurs publiques ont été assoupies il a reparu; il a continué les fonctions de Gentilhomme de la Chambre, dont il a la survivance ; et il les exerce aujourd'hui auprès du Monarque régnant. Et c'est ce Prince austère, l'ami des mœurs, dont, sans qu'il le sache, la personne sacrée est sans cesse souillée par les allouchemens impurs de ce monstre de débauche et de corruption. »

Après avoir examiné tout ce qu'il y avoit de remarquable dans cette maison, on fit des instances au Président pour avoir communication de ce fameux livre, où l'historienne de la police rendoit compte de toutes les personnes qui entroient chez elle et de ce qui s'y pnssoit. Il n'y eu pas moyen de la vaincre, et il se retrancha sur la gravité de son ministère, qui lui imposoit la plus grande réserve sur cet article : « mais, ajouta-t-il, je vais vous dédommager par une pièce d'éloquence qui

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VOUS dcTTJiera une idée de la composition de cette séductrice fameuse; du moins, assure-t-on, que l'ouvrage est d'elle, et il est certain que le manuscrit, de sa main et corrigé en divers endroits, a été trouvé dans son secrétaire. Vous en allez voir le paraphe fait par le substitut du Prrjcureur général, qui en adressé l'inventaire. » li nous ;itassoir enmêmetemset tirade sa poche un papier qu'il nous lut. Ce morceau me parut si original, que je priai le Président de me permettre d'en prendre une copie, que je vous envoie. L'anecdote est que l'idée de cette facétie étoit venu au Prince de Conti, à l'occasion de la mort de Mad. Paris, et que la petite Comtesse la fit exécuter par quelque faiseur de ses amis, et un jour, après une orgie de S. A. Sérénissime, en présence de beaucoup de gens de la cour, la prononça réellement. Je vous laisse, Milord, méditer sur cet excellent trait de moral, et vais tacher de nettoyer ma plume souillé par tant d'ordures qui découloient naturellement du sujet. D^aiHeurs nous sommes en carnaval; c'est une lettre du tems, et je sais que votre devise, ainsi que la mienne, est celle de notre ami Horace :

Inlerdum desipere, sapere est.

Paf:^, cf, 16 février 1776.

Oraison funèbre de Justine Paris, associée de Madame Gourdan, et entremetteuse célèbre

Oraison funèbre de très haute et très puissante dame, Madame Justine Paris, grande prêtresse de Cijthère,Paphos, Amathonte, etc., prononcée te \!x novembre 1773, par madame Gourdan, sa coadjatrice, en présence de toutes les nymphes de Vénus.

Aimer le plaisir jusqu'à s'en rendre la victime, lui sacrifier ce qu'on a de plus cher, ne point craindre la mort, pourvu qu'on la reçoive au sein de la volupté; c'est un héroïsme dont il est sans doute peu dames privilégiées qui soient susceptibles. Combien plus admirable n'est-il pas dans un sexe aussi faible, aussi délicat que le nôtre ? Et ce fut à ce période, mes chères filles, que le poussa l'illustre compagne que nous regrettons, l'incomparable Justine. Aussi croirois-je avoir déjà fait son Eloge en lui attribuant ces paroles du texte : La Vérole, mon Dieu, m'a criblée jusqu'aux os !

Mais j'ai moins voulu entreprendre son panégyrique que votre instruction. Et ! comment mieux vous instruire qu'en vous rappellant les merveilleuses qualités de cette

héroïne ? Je vous retracerai ses fatigues incroyables dans une carrière où elle est entrée dès sa plus tendre enfance, son courage dans les attaques, sa fermeté dans les traverses, sa constance dans les disgrâces, sa modestie dans les triomphes. Je couronnerai son front de lauriers moissonnés par ses mains. Je vous peindrai sur tout sa mort, circonstance la plus glorieuse de sa vie.

Justine naquit de parens pauvres, mais vigoureux Consumés tous deux d'une maladie héréditaire, ils n'en conçurent l'un pour l'jiutre qu'une passion plus violente : ils confondoient leurs maux ensembles et ils les oublioient. Des plaisirs réitérés les conduisirent bientôt au lit de la mort. S'y voyant sans ressource, ils appellent leur fille, cette chère Justine, qui comptoit alors douze ans.

« Fruit précieux de notre tendresse, lui dirent-ils, nous n'avons plus qu'un instant à vivre, et nous ne saurions mieux l'employer qu'à vous donner un conseil qui sera le bonheur de votre vie, si vous le suivez. Comptez pour rien tous les jours que vous n'aurez pas consacrés au plaisir. Qu'importe qu'ils soient longs, s'ils ne sont pas remplis ! Croyez-nous; nous n'avons point intérêt de vous tromper en ce moment. Puisse cette maxime être à jamais gravée dans votre cœur ! Puisse-telle vous être rappellée sans cesse par l'image de mort. « A ces mots ils ramassent leurs forces, ils s'entrelacent; leurs âmes s'unissent et ils expirent.

Le tableau étoit frappant. Justine, d'un coup d'œil

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