l'IllLOSOlMllE I.L: l'IlILOSUPlIK
Les autres hommes sont déterminés à agir sans sentir ni connaître les causes qui les font mouvoir, sans môme songer qu'il y en ait. Le philosophe, au contraire, démêle les causes autant qu'il est en lui, et souvent même les prévient, et se livre à elles avec connaissance : c'est une horloge qui se monte, pour ainsi dire, quelquefois elle-mrme. Ainsi, il évite les objets qui peuvent lui causer des sentiments qui ne conviennent ni au bien-être ni à l'être' raisonnable, et cherche ceux qui peuvent exciter en lui des afi'ections convenables à l'état- où il se trouve. La raisonest à régarddu;?/<ilosophe ce que la grâce est à l'égard du chrétien. La grâce détermine le chrétien à agir; laraison détermine \cphilosophe.
Les autres hommes sont emportés par leurs passions sans que les actions qu'ils font soient précédées de la réilexion : ce sont des hommes qui marchent dans les ténèbres ; au lieu que le philosophe, dans ses passions mêmes, n'agit qu'après la réflexion ; il marche la nuit, mais il est précédé d'un flambeau.
Le philosophe forme ses principes sur une infinité d'observations particulières. Le peuple adopte le principe sans penser aux observations qui l'ont produit : il croit que la maxime existe pour ainsi dire, par elle-même ; mais le /9/n7osophe prend la maxime dès sa source ; il en examine l'origine ;