‹ Le Dix-huitième siècle par les textes, morceaux choisisChapitre 101 sur 340 · Convenables à l'état. Construclimi qui tend ;i vii'illir · texte numérisé non relu

Convenables à l'état. Construclimi qui tend ;i vii'illir

* Voir notre Précis de l'Histoire de la Littérature française, p. 333-342.

il en connaît la propre valeur, et n'en fait que l'usage qui lui convient.

La vérité n'est pas pour le philosophe une maîtresse qui corrompe son imagination, et qu'il croie trouver partout; il se contente de la pouvoir démêler où il peut l'apercevoir. Il ne la confond point avec la vraisemblance ; il prend pour vrai ce qui est vrai, pour faux ce qui est faux, pour douteux ce qui est douteux, et pour vraisemblable ce qui n'est que vraisemblable. Il fait plus, — et c'est ici une grande perfection du philosophe, — c'est que, lorsqu'il n'a point de motif pour juger, il sait demeurer indéterminé.

Le monde est plein de personnes d'esprit' et de beaucoup d'esprit, qui jugent toujours ; toujours ils '^ devinent, car c'est deviner que de juger sans sentir quand ^ on aie motif propre du jugement. Ils ignorent la portée de l'esprit humain; ils croient qu'il peut tout connaître : ainsi ils trouvent de la honte à ne point prononcer de jugement, et s'imaginent que l'esprit* consiste à juger. Le philosophe croit qu'il consiste à bien juger ; il est plus content de lui-même, quand il a suspendu la faculté de se déterminer, que s'il s'était déterminé avant d'avoir senti le motif propre à la décision. Ainsi il juge et parle moins, mais il juge plus sûrement et parle mieux. Il n'évite point les traits vifs qui se présentent naturellement à l'esprit par un prompt assemblage d'idées qu'on est souvent étonné de voir unies ; c'est dans cette prompte liaison que consiste ce que communément on appelle esprit^ : mais aussi c'est ce qu'il recherche le moins, et il préfère à ce brillant le soin de bien distinguer ses idées, d'en connaître la juste étendue et la liaison précise, et d'éviter de prendre le change en portant trop loin quelque rapport particulier que les idées ont entre elles. C'est dans ce discernement que consiste ce qu'on a.ppe\\e jugement el justesse d'esprit : à cette justesse se joignent encore la souplesse et la netteté. Le philosophe n'est pas tellement attaché à un S3'stcme qu'il ne sente toute la

1. Plein (le personnes d'esprit. Esprit, 3. Quand. Dépend de sentir : dans dans le sens génèvaX û.'intelliijence. Cf. quels cas.

p. 26, no 1. 4. Esprit. Cf. n. 1.

2. //s. Représente ;;cw<)»»fs par syl- 5. Cf., p. 130 sqq., le morceau de l''pse. Vollaire intitulé De l'Esprit.

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