PORTRAIT DU NEVEU DE RAMEAU
Qu'il fasse beau, qu'il fasse laid, c'est mon habitude d'aller sur les cinq heures du soir me promener au Palais- Royal. C'est moi qu'on voit toujours seul, rêvant sur le banc d'Argenson ^ Je m'entretiens avec moi-même de politique, d'amour, de goût ou de philosophie; j'abandonne mon esprit à tout son libertinage''; je le laisse maître de suivre la première idée sage ou folle qui se présente...
Si le temps est trop froid ou trop pluvieux, je me réfugie au café de la Régence. Là, je m'amuse à voir jouer aux échecs. Paris est l'endroit du monde, et le café de la Régence est l'endroit de Paris où l'on joue le mieux à ce jeu; c'est chez Rey^ que font assaut Légal le profond, Philidorle subtil, le solide Mayot, qu'on voit les coups les plus surprenants et qu'on entend les plus mauvais propos; car, si l'on peut être homme d'esprit et grand joueur d'échecs comme Légal, on peut être aussi un grand joueur d'échecs et un sot comme Foubert et Mayot.
Une après-dînéej"élais là, regardant beaucoup, parlant peu et écoutant le moins que je pouvais, lorsque je fus abordé par un des plus bizarres personnages de ce pays où Dieu n'en a