‹ Le Dix-huitième siècle par les textes, morceaux choisisChapitre 142 sur 340 · LE XYIII^ SIÈCLE PAR LES TEXTES · texte numérisé non relu

LE XYIII^ SIÈCLE PAR LES TEXTES

m opposant le hasard h lui-même, en assurant ù celui qui atteiiU la vieillesse un secours produit par ses épargnes, mais augmenté de celles des individus qui, en faisant le même sacrilice, meurent avant le moment d'avoir besoin d'en recueillir le fruit'; en procurant, par l'effet d'une compensation semblable, aux femmes, aux enfants, pour le moment oîi ils perdent leurépoux ouleurpère, une ressource égale et acquise au même prix, soit pour les familles qu'afflige une mort prématurée, soit pour celles qui conservent leur chef plus longtemps; enfin en préparant aux enfants qui atteignent làge de travailler pour eux-mêmes et de fonder une famille nouvelle l'avantage d'un capital nécessaire au développement de leur industrie et s'accroissan taux dépens de ceux qu'une mort trop prompte empêche d'arriver à ce terme. C'est à l'application du calcul aux probabilités de la vie, aux placements d'argent, 'ine l'on doit l'idée de ces moyens, déjà employés avec succès, sans jamais l'avoir été cependant avec cette étendue, avec cette variété de formes qui les rendraient vraiment utiles, non pas seulement à quelques individus, mais à la masse entière de la société, qu'ils délivreraient de c(!lte ruine périodique d'un grand nombre de familles, source toujours renaissante de corruption et de misère.

Xous ferons voir que ces établissements, qui peuvent être formés au nom de la puissance sociale^ et devenir un de ses plus grands bienfaits, peuvent être aussi le résultat d'associations particulières, qui se formeront sans aucun danger, lorsque les principes d'après lesquels les établissements doivent s'organiser seront devenus plus populaires, et que les erreurs qui ont détruit un grand nombre de ces associations cesseront d'être à craindre pour elles.

Nous exposerons d'autres moyens d'assurer cette égalité, soit en empêchant que le crédit continue d'être un privilège si exclusivement attaché à la grande fortune, en lui donnant cependant une base non moins solide, soit en rendant les progrès de l'industrie et l'activité du commerce plus indépendants de l'existence des grands capitalistes; et c'est encore à l'application du calcul que l'on devra ces moyens.

1. C"eft l'assurance mutuelle. 2. Lu puissance socialf, L'Eiai.

L'égalité d'instruction' que Ton peut espérer d'atteindre, mais qui doit suffire, est celle qui exclut toute dépendance ou forcée ou volontaire. Nous montrerons dans l'état actuel des connaissances humaines les moyens faciles de parvenir à ce but, même pour ceux qui ne peuvent donner à l'étude qu'un petit nombre de leurs premières années, et, dans le reste de leur vie, quelques heures de loisir. Nous ferons voir que, par un choix heureux et des connaissances elles-mêmes et des méthodes de les enseigner, on peut instruire la masse entière d'un peuple de tout ce que chaque homme a besoin desavoir pour l'économie domestique, pour l'administration de ses affaires, pour le libre développement de son industrie et de ses facultés, pour connaître ses droits, les défendre et les exercer, pour être instruit de ses devoirs, pour pouvoir les bien remplir, pour juger ses actions et celles des autres d'après ses propres lumières, et n'être étranger à aucun des sentiments élevés ou délicats qui honorent lanature humaine, pour ne point dépendre aveuglément de ceux à qui il est obligé de confier le soin de ses affaires ou l'exercice de ses droits, pour être en état de les choisir et de les surveiller, pour n'être plus la dupe de ces erreurs populaires qui tourmentent la vie de craintes superstitieuses el d'espérances chimériques, pour se défendre contre les préjugés avec les seules forces de sa raison, enfin, pour échapper aux prestiges du charlatanisme qui tendrait des pièges à sa fortune, à sa santé, à la liberté de ses opinions et de sa conscience, sous prétexte de l'enrichir, de It^ guérir et de le sauver.

Dès lors, les habitants d'un même pays, n'étant plus distingués entre eux par l'usage d'une langue plus grossière ou plus raffinée, pouvant également se gouverner par leurs propres lumières, n'étant plus bornés à la connaissance machinale des procédés d'un art et de la routine d'une profession, ne dépendant plus, ni pour les moindres affaires, ni pour se procurer la moindre instruction, d'hommes habiles qui les gouvernent par un ascendant nécessaire^, il doit en résulter une égalité réelle, puisque la différence des lumières ou des talents ne peut plus élever une barrière entre des

1. Ici, nous passons au troisième 2. Nécessaire. Il ne saurait en être

point. autrement dans l'état actuel des choses.

ei2 /./; .vr//,e .s//::(:/,/:: pàh les textes

lionunes à qui leurs senliinonts, leurs idées, leur laii^ii};*', perniellenl de senlendre, donl. les uns |)ouvenl avoir le désir d'èlre instruils \):ïv les autres, mais n'ont pas Itesoin d'être conduits par eux, peuvent vouloir conlier aux plus éclairés le soin de les gouverner, mais non être forcés de le leur abandonner avec une aveuj:;le confiance.

C'est alors que cette supériorité devient un avantage pour ceux mème5 qui ne le partagent pas, qu'elle cxisie pour eux, et non contre eux. La dillerence naturelle des facultés entre les hommes dont l'entendement n'a point été cultivé produit, même chez les sauvages, des charlatans et des dupes, des gens hahiles et des hommes faciles à tromper : la même différence existe sans doute dans un peuple où l'instruction est vraiment générale , mais elle n'est plus qu'entre les hommes éclairés et les hommes d'un esprit droit, qui sentent le prix des lumières sans en être éblouis, entre le talent ou le génie et le bon sens qui sait les apprécier et en jouir; et, qua"nd même cette différence serait plus grande si on compare seulement la force, l'étendue des facultés, elle ne deviendrait pas moins insensible si on n'en compare que les effets dans les relations des hommes entre eux, dans ce qui intéresse leur indépendance et leur bonheur.

Ces diverses causes d'égalité n'agissent point dune manière isolée; elles s'unissent, se pénétrent, se soutiennent mutuellement, et de leurs effets combinés résulte une action plus forte, plus sûre, plus constante. Si l'instruction est plus égale, il en naît une plus grande égalité dans l'industrie, et dès lors dans les fortunes; et l'égalité des fortunes contribue nécessairement à celle de l'instruction.

Enfin, l'instruction bien dirigée corrige linégalité naturelle des facultés au lieu de la fortifier, comme les bonnes lois remédient à l'inégalité naturelle des moyens de subsistance, comme, dans les sociétés où les institutions auront amené celte égalité, la liberté, quoique soumise à une constitution régulière, sera plus étendue, plus entière que dans l'indépendance de la vie sauvage. Alors l'art social a rempli son v-ut', celui d'assurer et d'étendre pour tous la jouissance des

■1. fie»i/)/( so« //!i(. Expression impropre.

droits [communs auxquels ils sont appelés par la nature. Les avantages réels qui doivent résulter des progrès dont on vient de montrer une espérance presque certaine ne peuvent [avoir de terme que celui du peifectionnement même de l'espèce humaine, puisque, à mesure que divers genres d'égalité l'établiront par des moyens plus vastes de pourvoir à nos besoins, par une instruction plus étendue, par une liberté plus complète, plus cette égalité sera réelle, plus elle sera près d'embrasser tout ce qui intéresse véritablement le bonheur des hommes.

[Histoire des progrès de l'esprit humain, Dixième Époque.)

CHAPITBK Vr

LE jouiait i:r ses cuéanciers^ M"'^ ADAM S M. GAL0N1ER^ VALÈRE, HEGTOIl *.

VALÈRE

Je suis votre humble serviteur.

Bonjour, madame Adam. Quelle joie est la mienne! Vous voir! c'est du plus loin, parbleu, qu'il me souvienne".

MADAME ADAM

Je viens pourtant ici souvent faire ma cour; Mais vous jouez la nuit, et vous dormez le jour.

C'est pour celte calèche à velours k ramage?

MADAME ADAM

Oui, s'il vous plait.

VALÈBE.

Je suis fort content de l'ouvrage ; [Bas à Hector.) 11 faut vous la payer... Songe par quel moyen Tu pourras me tirer de ce triste entrelien.

[Haul.) Vous, monsieur Galonier, quel sujet vous amène?

M. GALONIER.

Je viens vous demander...

Page 1