‹ Le Dix-huitième siècle par les textes, morceaux choisisChapitre 185 sur 340 · En. Cf. p. 32, n. 2. 4, 5. En. Cf. n · texte numérisé non relu

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270 LE Wllh SIIICU: l'Mt /./..S TEXTES

Klranger an milieu de la société, l'A partuul tïigilif, cl parluiit rcjelé. Vous connaUiez bientôt par votre expérience Que le bonhour du cœur est dans la conlianco. Un commerce de suite' avec les mônics gens, L'union des plaisirs, dos goûts, des sentiments, Une société peu nombreuse, et qui s'aime, Où vous pensez tout baut, oi^i vous'êtes vous-même, Sans lendemain-, sans crainte et sans malignité\ Dans lo sein de la paix et de la sûreté, Viiilà le seul honlienr lionorable et paisible D'un esprit raisonnable et d'un cœur né sensible. Sans amis, sans repos, suspect et dangereux, L'homme frivole et vague'* est déjà malheureux. Mais jugez avec moi combien l'est davantage Un méchant affiché, dont on craint le passage. Qui, traînant avec lui les rapports', les horreurs. L'esprit de fausseté, l'art aiïreux des noirceurs, Abhorré, méprisé, couvert d'ignominie, Chez les honnêtes gens demeure sans patrie. Voilà le vrai proscrit, et vous le connaissez.

Je ne le verrais plus si ee que vous pensez Allait mètre prouvé; mais on outre les choses; C'est donner à des riens les plus horribles causes. Quant à la probité, nul ne peut l'accuser; Ce qu'il dit, ce qu'il fait, n'est que pour s'amuser.

AlUSTE.

S'amuser, dites-vous? quelle erreur est la vôtre! Quoi! vendre tour à tour, immoler l'une à l'autre Chaque société*, diviser les esprits.

Aigrir des gens brouillés, ou brouiller des amis, Calomnier, tlétrir des femmes estimables,

^1. De suite. Suivi. 5. l^es rapports, he mol rnpport signi- ~2. Sans avoir à vous inquiéter du fie proprement relation maligne de ce lendemain, de renouveler vos i)rovi- qu'on a entendu ou appris; médisions d'esprit pour le lendemain. sance.

3. hlalignilè. Cf. p. 36, n. 7. 6. Société.' Gvoxxpt de personnes qui

4. Vague. Inconsistant. ont commerce les unes avec les autres.

Faire du mal d'autrui ses plaisirs détestables,

Ce germe d'infamie et de perversité

Est-il dans la même àme avec la probité ' ?

Et parmi vos amis vous souffrez qu'on le nomme!

VALÈRE

Je ne le connais plus sil n'est point honnête homme.

Mais il me reste un doute : avec trop de bonté-,

Je crains de me piquer de singularité.

Sans condamner l'avis de Cléon, ni le vôtre',

J'ai l'esprit de mon siècle, et je suis comme un autre.

Tout le monde est méchant; et Je serais partout

Ou dupe ou ridicule avec un autre goût.

ARISTE

Tout le monde est méchant? oui, ces cœurs haïssables,

Ce peuple d'hommes faux, de femmes, d'agréables *^,

Sans principes, sans mœurs, esprits bas et jaloux,

Qui se rendent justice en se méprisant tous".

En vain ce peuple affreux, sans frein et sans scrupule,

De la bonté du cœur veut faire un ridicule ;

Pour chasser ce nuage, et voir avec clarté

Que l'homme n'est point fait pour la méchanceté,

Consultez, écoutez pour juges, pour oracles,

Les hommes rassemblés. Voyez; à nos spectacles,

Quand on peint quelque trait de candeur, de bonté,

Où brille en tout son jour la tendre humanité,

Tous les cœurs sont remplis d'une volupté pure,

Et c'est là qu'on entend le cri de la nature.

1. '< Après le débordement de la Ré- cet art misérable, qui était devenu leur

gence, la corruption s'était faite élé- fonds de nature, et la jeunesse, comme

gante, et ne circulait que mieux sous toujours, s'y portait à leur suite par

un vernis de pers"iflage ; on avait à corn- imitation et singerie. >i (Sainte-Beuve,

battre une seconde rouerie plus conve- PorIraiU contemporains, t. V.) nable d'apparence et plus périlleuse 2. Arer Iro/i de bonté. Si je montre

peut-être que la première ; armée d'une trop de bonté.

diction polie, acérée, elle-se faisait gloire 3. Jl faudrait plutôt : sanscondam-

d'une sécheresse spirituelle et d'une ner voire avis, ni d'ailleurs celuT de

scélératesse de bon ton qui, même Cléon.

entre gens qui se piquaient d'honneur, 4. D'af/réahte.i. De gens qui font les

devait en plus d'un cas passer des pa- agréables. Cet adjectif est rarement

rôles jusqu'aux procédés. Quelques employé comme substantif, hommes distinguésavaientperfectionné 5. En se méprisant l'un l'autre.

27S /'■ M ///'•• siKci.i: /M/i /,/;.s ri:\Ti:s

\.\i.i;iu;.

Vous me p(>r8uadez.

AHISTE.

Vaus ne réussirez Qu'en suivant ces conseils; soyez bon, vous plairez; Si la raison ici vous a plu dans ma bouche, Je le dois à mon cœur, que votre intérêt touche.

{Le Méchant, acte IV, scène iv,

IVIARIVAUX

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