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(liiel(|iio rln»sc à vuiis dire; cl, |uiis(jiie vous voilà, ce sera un billot (■•par}i;né et pour vous el i)()ur moi.
La comtesse. — A la bonne heure; de quoi s'agil-il?
Lélio. — C'est que le neveu de votre fermier ne doit plus compter sur Jacqueline. Madame, cela doit vous faire l)laisir; car cela Unit le peu de comuiercc forcé que nous avons ensemble.
La comtesse. — Le commerce forcé? Vous êtes bien difficile*, monsieur, et vos expressions sont bien naïves*! Mais passons. Pourquoi donc, s'il vous plaît, Jacqueline ne veutelle pas de ce jeune homme? Oue signifie ce caprice-là?
LÉLio. — Ce que signifie un caprice? Je vous le demande, madame; cela n'est point à mon usage, et vous le définirez mieux que moi.
La comtesse. — Vous pourriez cependant me rendre un bon compte de celui-là, si vous vouliez; il est votre ouvrage apparemuienl. Je me mêlais de leur mariage; cela vous fatiguait^ ; vous avez tout arrêté. Je vous suis obligée de vos égards.
LÉLio. — Moi, madame!
La comtesse. — Oui, monsieur. Il nétail pas nécessaire de vous y prendre de cette façon-là. Cependant je ne trouve point mauvais que le peu d'intérêt' que j'avais à vous voir vous fût à charge; je ne condamne point dans les autres ce qui est en moi; et,^sans le hasard qui nous rejoint ici, vous ne m'auriez vue de votre vie, si j'avais pu.
LÉLIO. — Eh! je n'en doute pas, madame, je n'en doute pas.
La comtesse. — Non, monsieur, de votre vie. Et pourquoi en douteriez-vous? En vérité, je ne vous comprends pas. Vous avez rompu avec les femmes, moi avec les hommes; vous n'avez pas changé de sentiment, n"est-il pas vrai? D'où vient donc que j'en changerais? Sur quoi^ en changeraisje? Y songez- vous? Oh! mettez -vous dans l'esprit que mon
1. Difficile. D'humeur désagréable. comtesse avait pour Lélio, mais de l'af-
2. yaires. Comme montrant avec faire à propos de laquelle elle le voyait, candeur le mauvais caractère de Lélio. c'est-à-dire du mariage en question.
3. Ffl/(V/Hrt(7. Importunait. 5. Swri/Ho/. D'aprèsquoi, pour quelle i. Il ne s'agit pas de l'intérêt que la raison. Cf. ii. 22, n. .">.
opiniâtreté vaut bien la vôtre , et que je n'en démordrai point.
Lélio. — Eh! madame, vous m'avez accablé de preuves d'opiniâtreté; ne m'en donnez plus; voilà qui est fini. Je ne songe à rien, je vous assure.
La comtesse. — Qu'appelez-vous, monsieur, vous ne songez à rien'? Mais, du ton dont vous le dites, il semble que vous vous imaginez m'annoncer une mauvaise nouvelle. Eh bien I monsieur, vous ne m'aimerez jamais; cela est-il si triste? Oh! je le vois bien; je vous ai écrit qu'il ne fallait plus nous voir, et je veux mourir si vous n'avez pris cela pour quelque agitation de cœur. Assurément vous me soupçonnez de penchant pour vous. Vous m'assurez que vous n'en aurez jamais pour moi; vous croyezme mortifier; vous le croyez, monsieur Lélio, vous le croyez, vousdis-je; ne vous en défendez point. J'espérais que vous me divertiriez en m'aimant; vous avez pris un autre tour; je ne perds point au change, et je vous trouve très divertissant comme vous êtes.
LÉLIO, dhin alv riant et piqué. — Ma foi! madame, nous ne nous ennuierons donc point ensemble. Si je vous réjouis, vous n'êtes point ingrate. Vous espériez que je vous divertirais, mais vous ne m'aviez pas dit que je serais diverti. Ouoi qu'il en soit, brisons là-dessus; la comédie ne me plaît pas longtemps, et je ne veux être ni acteur ni spectateur.
La comtesse, d'un ton badin. — Ecoutez, monsieur; vous m'avouerez qu'un homme à votre place, qui se croit aimé, surtout quand il n'aime pas, se met en prisée
LÉLIO. — Je ne pense point que vous m'aimiez, madame; vous me traitez mal, mais vous y trouvez du goût^ N'usez point de prétexte; je vous ai déplu d'abord\ moi- spécialement; je Tai remarqué; et, si je vous aimais, de tous les hommes qui pourraient vous aimer, je serais peut-être le plus humilié, le plus raillé et le plus à plaindre.
1. Que voulez-vous dire en disant une pièce placée de telle façon que l'adque vous ne songez à rien? versaire peut la prendre.
2. Se met en prise. Expression em- 3. Vous y trouve: du goût. De l'agrépruntée à certains jeux. Au jeu d'échecs ment; cf. vous y prenez yoût.
par exemple, on appelle pièce en prise 4. Tout d'abord. Cf. p. 5.5, n. I.
2H\ i.i: win» sifr.Lh: iwn i.i:s te\tes
I,.\ coMTKSSE. — D'où VOUS vioiil ci'llt^ idt'-e-lA? Vous vous trompez; jo serais fâchée i|ue vous ni'ainiassie/., parce que j'ai résolu de ne poinl aimer: mais, quelque chose que j'aie ilil', je or(^irais du moins vous estimer.
LÉLio. — J'ai bien de la peine à le croire.
La comtesse. — Vous clés injuste; je ne suis pas sans discernement. Mais i\ quoi lion faire celte supposiliou, que, si vous m'aimiez, je vous traiterais plus mal (pi'un autre? La supposition est inutile; puisque vous n'avez point envie de faire l'essai de mes manières, que vous importe ce qui en arriverait? Cela vous doit être indifîe'rent. Vous ne m'aimez pas; car enfin, si je le pensais...
Lélio. — Eiil je vous prie, poinl de menaces, madame; vous m'avez lanlot offert votre amitié; je ne vous demande que cela, je nai besoin que de cela, ainsi vous n'avez rien à craindre.
La comtesse, d'un air froid. — Puisque vous n'avez besoin que de cela, monsieur, j'en suis ravie; je vous l'accorde, j'en serai moins gênée avec vous.
Lélio. — .Moins gênée? Ma foi! madame, il ne faut pas que vous le soyez du tout. Tout bien pesé, je crois que nous ferons mieux de suivre les termes de votre billet.
La comtesse. — Ohl de tout mon cœur; allons, monsieur, ne nous voyons plus. Je fais présent de cent pistoles- au neveu de mon fermier; vous me ferez savoir ce que vous voulez donner à la fille, et je verrai si je souscrirai à ce mariage, puisque cette rupture va lever robstacle que vous y avez mis. Soyons-nous inconnus l'un et l'autre; j'oublie que je vous ai vu; je ne vous reconnaîtrai pas demain.
LÉLIO. — El moi, madame, je vous reconnaîtrai toute ma vie; je ne vous oublierai point; vos façons avec moi vous ont gravée pour jamais dans ma mémoire,
La comtesse. — Vous m'y donnerez la place qu'il vous plaira, je n'ai rien à me reprocher; mes façons ont été celles d'une femme raisonnable.
Lélio. — Morbleu! madame, vous êtes une dame raisonnable, à la bonne heure. -Mais accordez donc celle lettre avec
1. DU. Et non pas dite; queliiue chose formant une locution comiiosée est du neutre. — 2. Pistoles. Cf. p. 2i3, n. 1.
VOS offres d'amitié; cela est inconcevable : aujourd'hui votre ami, demain rien! Pour moi, madame, je ne vous ressemljle pas, et j'ai le cœur. aussi jaloux en amitié qu'en amour ; ainsi nous ne nous convenons point.
La comtesse. — Adieu, monsieur; vous parlez d'un air bien dégagé et presque offensant. Si j'étais vaine cependant... et, si j'en crois Colombine, je vaux quelque chose, à vos 3'eux même.
Lélio. — Un moment; vous êtes de toutes les dames que j'ai vues celle qui vaut le mieux; je sens même que j'ai du plaisir à vous rendre cette jusliçe-là. Colombine vous en a dit davantage; c'est une visionnaire, non seulement sur mon chapitre, mais encore sur le vôtre, madame; je vous en avertis. Ainsi ne croyez jamais au rapport de vos domestiques.
La comtesse. — Comment! que dites-vous, monsieur? Colombine vous aurait fait entendre... Ah! l'impertinente! Je la vois qui passe. Colombine, venez ici.