LA COMTESSE, LÉLIO, COLOMBINE
Colombine. — Que me voulez-vous, madame?
La COMTESSE. — Ce que je veux?
Colombine. — Si vous ne voulez rien, je m'en retourne.
La comtesse. — Parlez ; quels discours avez-vous tenus à monsieur sur mon compte? "
Colombine. — Des discours très sensés, à mon ordinaire.
La comtesse. — Je vous trouve bien hardie d'oser, suivant votre petite cervelle, tirer de folles conjectures de mes sentiments, et je voudrais bien vous demander sur quoi' vous avez compris que j'aime monsieur, à qui vous l'avez dit.
Colombine. — N'est-ce que cela? Je vous jure que je l'ai cru comme je l'ai dit, et je l'ai dit pour le bien de la chose. C'était pour abréger votre chemin à l'un et à l'autre ; car vous y viendrez tous deux ; cela ira là ; et, si la chose arrive, je n'aurai fait aucun mal. A votre égard, madame, je vais vous expliquer sur quoi- j'ai pensé que vous aimiez...
1, 2. Sur iiiwi. Cf. p. 22, n. 5.
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La comtesse, lui coupant lii ixirole. — Je vous dcMciids de parler.
I.ÉLio, d'un (tir doux cl )uodeslc. — Je suis Intuleux d'<''li'(î la cause de cetlc ex|)licaLi()n-là ; mais vous pouxez être persuadée que ce qu'elle a pu dire ne m'a fait aucune itnpression. Non, madame, vous ne m'aimez point, j Cn suis convaincu; el je vous avouerai même, dans l'élal où je suis, que celle conviction m'est absolument nécessaire. .le vous laisse. Si nos paysans se raccommodent, je verrai ce que je puis faire pour eux. Puisque vous vous inti'ressez à leur mariage, je me ferai un plaisir de le liàler; el j'aurai l'Iionneur de vous porter lantùt ma n'-ponse, si vous me le permet te z.
L.\ COMTESSE, pendant que Lélio sorl. — Juste ciel! que vient-il de me dire? D'où vient que je suis émue de ce que je viens d'entendre? Celte conviction m'est ahsolument nécessaire. Non, cela ne signifie rien, et je n'y veux rien comprendre.
CûLOMBiNE, à part. — Olil notre amour se fait grand; il parlera bientôt bon français.
[La Surprise de ramour, acte II, scènes vu et viii'.)