‹ Le Dix-huitième siècle par les textes, morceaux choisisChapitre 189 sur 340 · SILVIA, DORANTE · texte numérisé non relu

SILVIA, DORANTE

SiLviA. — Ce garçon-là n'est pas sot, et je ne plains pas la soubrette qui l'aura. Il va m'en conter, laissons-le dire, pourvu qu'il m'instruise^

Dorante, à part. — Cette fille m'étonne! Il n'y a point de femme au monde à qui sa pbysionomie ne fit' hormeur : lions connaissance avec elle... (^««f.) Puisque nous sommes dans le style amical et que nous avons abjuré les façons,

1. ]1 y a deux pièces de Marivaux sonnage avec son valet; Silvia, pour qui portent ce titre. L'extrait ci-dessus mieux observer Dorante, a fait de même est de la première. avec sa soubrette.

2. Dorante et Silvia sont destinés .3. Sur le caractère do son maîtr.^. l'un h l'autre. Dorante, afin de se ren- i. l'it. Subjonctif conditionnel. Cf. seigner sur Silvia, a changé de par- p. 168, n. 3.

dis-moi, Lisette, ta maîtresse te vaut-elle? Elle est bien hardie d'oser avoir une femme de chambre comme toi!

SiLViA. — Bourguignon ', cette question-là m'annonce que, suivant la coutume, tu arrives avec l'intention de me dire des douceurs : n'est-il pas vrai?

Dorante. — Ma foi, je n'étais pas venu dans ce dessein-là, jeté l'avoue. Tout valet que je suis, je n'ai jamais eu de grandes liaisons avec les soubrettes; je n'aime pas l'esprit domestique^. Mais à ton égard, c'est une autre affaire. Comment donc! tu me soumets-; je suis presque timide; ma familiarité n'oserait s'apprivoiser avec toi; j'ai toujours envie d'ôter mon chapeau de dessus ma tête, et, quand je le tutoie, il me semble que je joue; enfin, j'ai un penchant à te traiter avec des respects qui te feraient rire^. Quelle espèce de suivante es-tu donc, avec ton air de princesse?

SiLviA. — Tiens, tout ce que tu dis avoir senti en me voyant, est précisément l'histoire de tous les valets qui m'ont vue.

Dorante. — Ma foi! je ne serais pas surpris quand ce serait aussi l'histoire de tous les maîtres.

SiLviA. — Le trait est joli assurément; mais je te le répète encore, je ne suis point faite aux cajoleries de ceux dont la garde-robe ressemble à la tienne.

Dorante. — C'est-à-dire que ma parure ne te plaît pas ?

SiLviA. — Non, Bourguignon; laissons là l'amour, et soyons bons amis.

Dorante. — llien que cela? Ton petit traité n'est composé que de deux clauses impossibles.

SiLviA, à part. — Quel homme pour un valet! (Haid.) Il faut pourtant qu'il s'exécute; on m'a prédit que je n'épouserai jamais qu'un homme de condition, et j'ai juré dépuis de n'en écouter jamais d'autres.

Dorante. — Parbleu! cela est plaisant; ce que tu as juré pour homme, je l'ai juré pour femme, moi; j'ai, fait serment de n'aimer sérieusement qu'une tille de condition.

SiLviA. — Ne t'écarte donc pas de ton projet.

1. c'est le nom de valet qu'a pris Do- penser et de sentir qui sont celles des lante. domestiques.

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