‹ Le Dix-huitième siècle par les textes, morceaux choisisChapitre 208 sur 340 · Got'zman. 3, Marin, avocat au I';irlement,dont · texte numérisé non relu

Got'zman. 3, Marin, avocat au I';irlement,dont

dans l'opinion des hommes, qu'il suffit d'être accusé par lui pour être présumé honnête, son protégé pour être à bon droit suspecté : donne-moi Marin.

« Que si cet intrus doit former le projet d'affaiblir un jour ma cause en subornant un témoin dans cette affaire, j'oserais demander que cet autre argousin^ fût un cerveau fumeux, un capitant sans caractère, girouette à touè les vents de la cupidité, pauvre hère, qui. voulant jouer dix rùles à la fois, dénué de sens pour en soutenir un seul, allât, dans la nuit d'une intrigue obscure, se brûler à toutes les chandelles, en croyant s'approcher du soleil, et qui, livré sur l'escarpolette de l'intérêt à un balancement perpétuel, en eût la tête et le cœur étourdis au point de ne savoir ce qu'il affirme ni ce qu'il a dessein denier : donne-moi Bertrand.

« Et si quelque auteur infortuné^ doit servir un jour de conseiller à cette belle ambassade*, j'oserais supplier ta divine providence de permettre qu'il y remplit un rôle si pitoyable, que, bouffi de colère et tout rouge de honte, il fût réduit à se faire à lui-même tous les reproches que la pitié me ferait supprimer. Heureux enco;e, quand une expérience de soi.xante-quatre ans et demi n • lui aurait pas appris à parler, que cet événement lui api>rU au moins à se taire I donne-moi Baculard.

>' Que si. pour achever d'exercer ma patience et me mieux tourmenter, quelque magistrat' d'un beau nom doit se déclarer le protecteur, le conseil et le soutien de mon ennemi, j'oserais demander qu'il fût choisi, entre mille, d'un caractère léger, et tel que sesimputations n'obtinssent pas plus créance contre moi que ses outrages publics ne doivent m'ébranler ni me nuire. Je sais que mon désir est difficile à satisfaire, mais rien n'est impossible à ta puissance... »

Eh bien! dans mon malheur tout ce que j'aurais ardemment désiré, ne l'ai-je pas obtenu? L'acharnement de mes ennemis les a rendus peu redoutables; leur nombre les a

parle ici Beaumarchais, fut censeur 2. Baculard d'Arnaud, poète, auteur

royal, puis secrétaire général de la dramatique et romancier, librairie; il publia aussi plusieurs vo- 3. Ambassade. Baculard avait été se-

lumes de littérature et de morale. crétaire de légation à Dresde. 1. Argoiisin. Policier. 4. Le premier président Nicolaï.

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livrés au dolaul de liaison, si nécessaire' en tout projet; la liaine les a coiuluilsà l'aveuglemenl; chacun de leurs eirorts pour m'arréter n"a fait <|iracct'lérer ma inarclie oL liàler ma justilicalion^. {(Jiiulriùme Mrnwirc.]

Li: srvLi!; au thi:aiuI':

In monsieur de beaucoup d'esprit, mais qui l'économise un peu trop, me disait un soir au spectacle : « Kxpliqueznioi donc. Je vous prie, pourquoi, dans votre pièce, on trouve autant de phrases négligées qui ne sont pas de votre style? » De mon style, monsieur? Si par malheur j'en avais un, je m'efforcerais de l'ouhlier quand je fais une comédie, ne connaissant rien d'insipide au théâtre comme ces fades camaïeux^ où tout est bleu, où tout est rose, où tout est l'auteur, quel qu'il soit.

Lorsque mon sujet me saisit, j'évoque tous mes personnages et les mets en situation... Ce qu'ils diront, je n'en sais rien; c'est ce qu'ils feront qui m'occupe. Puis, quand iLs sont bien animés, j'écris sous leur dictée rapide, sûr qu'ils ne me tromperont pas, que je reconnaîtrai Bazile'% lequel n'a pas l'esprit de Figaro, qui n'a pas le ton nohle du comte, qui n'a pas la sensibilité de la comtesse, qui n'a pas la gaieté de Suzanne, qui n'a pas l'espièglerie du page, et surtout aucun d'eux'' la sublimité'' de Brid'oison : chacun y parle son langage. \i\\ I que le Dieu du naturel les préserve d'en parler d'autre'! Ne nous attachons donc qu'à l'examen

1. Si nécessaire. Se rapporte à liaison, quoique ce mot ne soit pas déterminé. — Cf. p. 36, n. 3.

2. ■< S'adressant humblnment au souverain Elre, il lui demande, puisqu'il doit avoir des ennemis, de les lui accorder à son choix ; et alors, avec un art admirable et un pinceau vivifiant, il dessine un à un tous ses ennemis et ses adversaires, et les flétrit sans àcreté... Tout ce motif, la manière dont il est conçu et exécuté, avec tant de largeur, de supériorité, de gaieté et d'ironie, tout d'une venue et d'une seule haluine, compose un des plus admira-

bles morceaux d'éloquence que nous puissions offrir dans notre litlérature oratoire. » i Sainte-Beuve, Lundis, t. VI. )

3. Ciimitieux. Le camaïeu est un genre de peinture où l'on emploie une seule couleur.

4. Personnage du Marifif/e de Figaro; de même pour ceux qui suivent.

5. E/ surtout aucun d'eux. Construction irrégulière et plus vive.

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