‹ Le Dix-huitième siècle par les textes, morceaux choisisChapitre 207 sur 340 · Feiiiltisles. Ceux qui écrivent dans les feuilles · texte numérisé non relu

Feiiiltisles. Ceux qui écrivent dans les feuilles

5. Faisaiit la harhe it tiiut te monde. Dans le sens propre et dans le sens figuré; faire la harhe à quelqu'un, c'est, au figuré, se moquer de lui.

6. Il s'agit diins ce morceau de l'affaire Goëzmaii. Cf. notre Précis de Litléralure, p. 351.

sain et robuste; j'y plaçai l'âme la plus active; tu sais avec quel|e profusion je versai la sensibilité dans ton cœur et la gaieté sur ton caractère : mais, pénétré que je te vois du bonheur de penser, de sentir, tu serais aussi trop heureux, si quelques chagrins ne balançaient pas cet état fortuné. Ainsi tu vas être accablé sous des calamités sans nombre; déchiré par mille ennemis; privé de ta liberté, de tes biens; accusé de rapines, de faux, d'imposture, de corruption, de calomnie; gémissant' sous l'opprobre d'un procès • criminel; garrotté dans les liens d'un décret; attaqué sur tous les points de ton existence par les plus absurdes on dit, et ballotté longtemps au scrutin de l'opinion publique, pour décider- si tu n'es que le plus vil des hommes ou seulement un honnête citoyen. »

Je me serais prosterné, et j'aurais répondu :

« Être des êtres, je te dois tout, le bonheur d'exister, de penser et de sentir; je crois que tu nous as donné les biens et les maux en mesure égale; je crois que ta justice a tout sagement compensé pour nous, et que la variété des peines et des plaisirs, des craintes et des espérances, est le vent frais qui met le navire en branle et le fait avancer gaiement dans sa route.

« S'il est écrit que je doive être exercé^ par toutes les traverses que ta rigueur m'annonce, tu ne veux pas apparemment que je succombe à ces chagrins; donne-moi la force de les repousser, d'en soutenir l'excès par des compensations, et, malgré tant de maux, je ne cesserai de chanter tes louanges.

« Si mes malheurs doivent commencer par l'attaque imprévue d'un légataire avide"^ sur une créance légitime, sur un acte appuyé de l'estime réciproque et de l'équité des deux contractants, accorde-moi pour adversaire un homme avare, injuste et reconnu pour tel; de sorte que les honnêtes gens puissent s'indigner que celui qui, sans droit naturel, vient' d'hériter de quinze cent mille francs, m'intente un horrible procès, et veuille me dépouiller de cinquante mille écus pour

1. Gémhsnnt. En coordination avec 2. Pour décider. Construction libre

accusé, privé, déchiré, accablé, et, par de l'infinitif. Cf. p. 35, n. 5. , suite, attribut de tu vas être; mais le 3. Exercé. Eprouvé,

commencement de la phrase est perdu 4. Vu léfjalaire avide. Le comte de

de vue. La Blache.

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éviter do iiii> payer quinze mille francs au nom cl sur la foi de l'engajiiomcnl tle son bienfaileur.

« Fais qu'aveugle par la haine il s'égare assez pour nnr supjioser Unis les crimes, cl que, m'accusanl fausscmenl au tril)unal du public d'avoir osé compromollre. les noms les plus sacnK'i, il soit enlin couvert de honte, quand la nécessilt* de me justifier m'arrachera au silence le plus respectueux...

« Si, pour les suites de ce procès, je dois cire déncmcé au Parlement comme ayant voulu corrompre un juge incorruptible et calomnier un homme incalomnial)le'; suprême Providence, ton serviteur est prosterné devant toi; je me soumets, fais que mon dénonciateur'^ soit un homme de peu de cervelle, qu'il soit faux et faussaire, et, puisque ce procès criminel doit être de toute iniquité comme le procès civil qui y a donné lieu, fais, ô mon Maître! que celui qui veuf me perdre se trompe sur moi, me croie un homme sans force et s'abuse dans ses moyens.

« S'il se donne un complice, que ce soit une femme de peu de sens'; si elle est interrogée, qu'elle se coupe, avoue, nie ce qu'elle a avoué, y revienne encore... »

Telle eût été ma prière ardente; et, si tous ces points m'avaient été accordés, encouragé par tant de condescendance, j'aurais ajouté : « Suprême Fionlé! s'il est encore écrit que quelque intrus doive s'immiscer dans celte horrible affaire et prétendre à l'honneur de l'arranger en sacrifiant un innocent et en me jetant moi-même dans des embarras inextricables, je désirerais que cet homme fût un esprit gauche et lourd, que sa méchanceté maladroite l'eût depuis longtemps chargé de deux choses incompatibles jusqu'à lui, la haine et le mépris public; je demanderais surtout qu'infidèle à ses amis, ingrat envers ses protecteurs, odieux aux auteurs dans ses censures, nauséabond aux lecteurs dans ses écritures, terrible aux emprunteurs dans ses usures, colportant les livres défendus, espionnant les gens qui l'admettent, écorchant les étrangers dont il fait les affaires, désolant pour s'enrichir les malheureux libraires', il fût tel enfin

1. /HC«/o«/H/«/'/t;. Mot forgé par Beau» 3. Que ce anil luie femme de peu de marchais. .tc«.v. M"" Gouzman.

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