DUC LOS
dans son entreprise , elle cherche aussitôt à détruire son propre ouvrage. On tâche de précipiter du faîte celui à qui on a prêté la main pour faire les premiers pas: on ne lui pardonne point de n'avoir plus besoin de secours.
C'est ainsi que les réputations se forment et se détruisent. Quelquefois elles se soutiennent, soit par la solidité du mérite qui les affermit, soit par rartifice de celui qui, ayant été élevé par la cabale, sait mieux qu'un autre les ressorts qui la font mouvoir ou qui embarrassent son action.
Il arrive souvent que le public est étonné de certaines réputations qu'il a faites ; il en cherche la cause, et, ne pouvant la découvrir, parce qu'elle n'existe pas, il n'en conçoit que plus d'admiration et de respect pour le fantôme qu'il a créé. Ces réputations ressemblent aux fortunes qui, sans fonds réels, portent sur le crédit, et n'en sont que plus brillantes.
Comme* le public fait des réputations par caprice, des particuliers en usurpent par manègeS ou par une sorte d'impudence qu'on ne doit pas même honorer du nom d'amour-propre. Ils annoncent qu'ils ont beaucoup de mérite : on plaisante d'abord de leurs prétentions; ils répètent les mêmes propos si souvent, et avec tant de confiance, qu'ils viennent à bout d'en imposer. On ne se souvient plus par qui on les a entendu tenir, et l'on finit par les croire; cela se répète et se répand comme un bruit de ville qu'on n'approfondit point.
On fait même des associations pour ces sortes de manœuvres ; c'est ce (ju'on appelle une cabale.
On entreprend de dessein formé de faire une réputation, et l'on en vient à bout.
Quelque brillante que soit une telle réputation, il' n y a quelquefois que celui qui en est le sujet qui en soit la dupe. Ceux qui l'ont créée savent à quoi s'en tenir, quoiqu'il y en ait aussi qui finissent par respecter leur propre ouvrage.
D'autres, frappés du contraste de la personne et de sa réputation, ne trouvant rien qui justifie l'opinion publique, n'osent manifester leur sentiment^ propre. Ils acquiescent au préjugé, par timidité, complaisance ou intérêt; de sorte qu'il
1. Comme. De mihïie que. 3. Sentiment. Opinion. Cf. p. 9, n. 3.