SUR LE « MISANTHROPE » DE MOLIÈRE
Vous ne sauriez me nier deux choses : l'une, qu'Alceste, dans cette pièce, est un homme droit, sincère, estimable, un véritable homme de bien; l'autre, que l'auteur lui donne un personnage ridicule. C'en est assez, ce me semble, pour rendre Molière inexcusable. On pourrait dire qu'il a joué dans Alceste non la vertu, mais un véritable défaut, qui est la haine des hommes. A cela je réponds qu'il n'est pas vrai qu'il ait donné cette haine à son personnage. Il ne faut pas que ce nom de misanthrope en impose, comme si celui qui le porte était ennemi du genre humain. Une pareille haine ne serait pas un défaut, mais une dépravation delà nature et le plus grand de tous les vices. Le vrai misanthrope est un monstre. S'il pouvait exister, il ne ferait pas rire, il ferait horreur.
Qu'est-ce donc que le misanthrope de Molière? un homme de bien qui déteste les mœurs de son siècle et la méchanceté de ses contemporains ; qui, précisément parce qu'il aime ses semblables, hait en eux les maux qu'ils se font réciproquement et les vices dont ces maux sont Touvrage. S'il était
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inoins loiiclio dos erreurs' rie riiiiinaiiiti', moins indi^MK" dos iniquih's (piil voit, serail-il plus huniain lui-inêinc? Autant vaudrait soutenir qu'un tondre père aime mieux les entants d'autrui que les siens, parce qu'il s'irrite des fautes do ceuxci, et ne dit jamais rien aux autres.
Ces sentiments du misanthrope sont parfailcmmt (h-veloppés dans son rôle. Il dit, je l'avoue, (|u'il a conçu une haine etrrovablo contrôle genre humain. Mais on quelle occasion le dit-il? (Juand, outre d'avoir vu son ami trahir lâchement son sentiment* et tromper l'homme qui le lui demande \ il s'en* voit enooro plaisanter lui-même au plus fort de sa colère. Il est naturel (jue [cette colère di'^énèro en emportenionl et lui fasse dire alors plus qu'il ne pense de sang-froid. D'ailleurs la raison qu'il rend de celte liaine universelle en justillo pleinement la cause :
Les uns, parce qu'ils sont niécliants.
Et les autres pour être-' aux mécliants compiuisanls*'.
Ce n'est donc pas des hommes qu'il est ennemi, mais delà méchanceté des uns et du support" que cette mc-chanceté trouve dans les autres. S'il n'y avait ni fripons ni flatteurs, il aimerait tout le genre humain. 11 n'y a pas un homme de bien qui ne soit misanthrope en ce sens; ou plutôt les vrais misanthropes sont ceux qui ne pensent pas ainsi; car, au fond, je ne connais point de plus grand ennemi dos hommes que l'ami de tout le monde, qui, toujours charmé de tout, encourage incessamment^ les méchants et flatte par sa coupable complaisance les vices d'où naissent tous les désordres de la société.
Une preuve bien sûre qu'Alceste n'est point misanthrope à
1. Touché des erreurs. Sensible aux ui^ivcrsoUe contre le genre humain, erreurs. 4. En. .Se rapporte à outré. Philinto