‹ Le Dix-huitième siècle par les textes, morceaux choisisChapitre 25 sur 340 · en est de y comme de en. Cf. p. 32, n · texte numérisé non relu

en est de y comme de en. Cf. p. 32, n

C. Ont un tout autre coup d'œil. Sont tout autrement regardés (ctappiçciés).

LES SALOSS, LES GESS DE LETTRES 47

Cependant, de tous les empires, celui des gens d'esprit, sans être visible, est le plus étendu. Le puissant commande; les gens d'esprit gouvernent, parce qu'à la longue ils forment l'opinion publique, qui tôt ou tard subjugue ou renverse toute espèce de despotisme.

Les gens de la cour sont ceux dont les lettres ont le plus à se louer I et , si j'avais un conseil à donner à un homme qui ne peut se faire jour que par son esprit, je lui dirais : Préférez à tout l'amitié de vos égaux; c'est la plus sûre, la plus honnête et souvent la plus utile : ce sont les petits amis qui rendent les grands services sans tyranniser la reconnaissance; mais, si vous ne voulez que des liaisons de société, faites-les à la cour; ce sont les plus agréables et les moins gênantes. Le manège, l'intrigue, les pièges et ce qu'on appelle les noirceurs, ne s'emploient qu'entre les rivaux d'ambition. Les courtisans ne pensent pas à nuire à ceux qui ne peuvent les traverser', et font quelquefois gloire de les obliger. Ils aiment à s'attacher un homme de mérite dont la reconnaissance peut avoir de l'éclat. Plus on est grand, moins on s'avise de faire sentir une distance trop marquée pour être méconnue. L'amour-propre éclairé ne diffère guère de la modestie dans ses effets. Un homme de lettres estimable n'en essuiera point de faste offensant; au lieu qu'il pourrait y être exposé avec ces gens qui n'ont sur lui que la supériorité que leur impertinence suppose, et qui croient que c'est un moyen de la lui prouver. Depuis que le bel esprit est devenu une contagion, tel s'érige en protecteur qui aurait besoin lui-même d'être protégé, et à qui il ne manque pour cela que d'en être digne.

[Di'CLOs, Considérations sur les 7nœiir s, chap. XL)

1. Les traverser. Se mettre en travers d'eux, de leurs ambiUons.

CHAPITllE ir mONTESQUIEU

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à hpalian

Tu renonces à la raison pour essayer la mienne; tu descends juquà me consulter, lu me crois capable de l'instruire. Mon cher Mirza, il y a une chose qui me flalle encore plus que la bonne opinion que lu as conçue de moi; c'est Ion amitié qui me la procure.

Pour remplir ce que lu me prescris, je n'ai pas cru devoir employer des raisonnements fort abstraits. 11 y a de certaines vérités qu'il ne suffit pas de persuader, mais qu'il faut encore faire sentir; telles st)nt les vérités de morale. Peutêtre que ce morceau d'histoire te louchera plus qu'une philosophie subtile.

Il y avait en Arabie un petit peuple appelé Troglodyte, qui descendait de ces anciens Troglodytes qui, si nous en croyons les historiens, ressemblaient plus à des bêtes qu'à des hommes. Ceux-ci n'étaient point si contrefaits, ils nétaient point velus comme des ours, ils ne sifiaient point, ils avaient deux yeux; mais ils étaient si méchants et si féroces, qu'il n'y avait parmi eux aucun principe d'équité ni de justice.

Ils avaient un roi d'une origine étrangère, qui, voulant corriger la méchanceté de leur naturel, les traitait sévèrement; maislls conjurèrent* contre lui, le tuèrent, et exterminèrent toute la famille royale.

Le coup étant fait, ils s'assemblèrent pour choisir un

1. Conjurèrent. Cet emploi absolu, au sens de faire une conjuraliun, semble avoir vieilli.

* Voir notre Précis de l'Histoire de la Lillerature française, p. 299-309.

gouvernement; et, après bien des dissensions, ils créèrent des magistrats. Mais à peine les eurent-ils élus qu'ils leur devinrent insupportables, et ils les massacrèrent encore.

Ce peuple, libre de ce nouveau joug, ne consulta plus que son naturel sauvage. Tous lesparticuliers convinrent qu'ils n'obéiraient plus à personne, que chacun veillerait uniquement à ses intérêts sans consulter ceux des autres.

Cette résolution unanime flattait extrêmement tous les particuliers. Ils disaient : « Qu'ai-je à faire d'aller me tuer à travailler pour des gens dont je ne me soucie point? Je penserai uniquement à moi; je vivrai heureux : que m'importe que les autres le soient? Je me procurerai tous mes besoins^; et, pourvu que je les aie, je ne me soucie point que tous les autres Troglodytes soient misérables. >>

On était dans le moisoîi l'on ensemence les terres; chacun dit : (' Je ne labourerai mon champ que pour qu'il me fournisse le blé qu'il me faut pour me nourrir; une plus grande quantité me serait inutile : je ne prendrai point de la peine pour rien. »

Les terres de ce petit royaume n'étaient pas de même nature : il y en avait d'arides et de montagneuses, et d'autres qui, dans un terrain bas, étaient arrosées de plusieurs ruisseaux. Cette année, la sécheresse fut très grande, de manière que les terres qui étaient dans les lieux élevés manquèrent^ absolument, tandis que celles qui purent être arrosées furent très fertiles : ainsi les peuples de3.m<intagnes périrent presque tous de faim par la dureté des autres, qui leur refusèrent de partager la récolte.

L'année d'ensuite fui très pluvieuse : les lieux élevés se trouvèrent d'une fertilité extraordinaire, et les terres basses furent submergées. La moitié du peuple cria une seconde fois famine; mais ces misérables trouvèrent des gens aussi durs qu'ils l'avaient été eux-mêmes.

Un des principaux habitants avait une femme fort belle ; son voisin en^ devint amoureux et l'enleva : il s'émut^ une

1. Bi'Roins. Choses nécessaires à la lui a manqué, le sol a manqué sous ses. vie. pieds, etc.

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