‹ Le Dix-huitième siècle par les textes, morceaux choisisChapitre 265 sur 340 · LE XVI!I<! SIÈCLE PAR LES TEXTES · texte numérisé non relu

LE XVI!I<! SIÈCLE PAR LES TEXTES

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l'accord (le CCS mcnics inh-rcls (|iii l'a rendu possible. C'est ce qu'il V a de cuinmim dans ces dillV'renls intc-rtHs (jui forme le lien social; et, s'il n'y avait pas (pielqne poini dans lequel tous les inlérèls s'accordent, nulle sociélé ne saurait exister. Or, c'est uniquement sur' cet intérêt commun que la société doit être gouvernée.

Je dis donc que la souveraineté, n'étant que l'exercice de la volonté j;çnérale, ne peut jamais s'aliéner, et (juo le souverain, (|ui n'est qu'un être collcclif, ne peut être représenté que par lui-même; le pouvoir peut bien se transmettre, mais non pas la volonté.

lui eiïet, s'il n'est pas impossible qu'une volonté particulière s'accorde, sur quelque point, avec la volonté générale, il est impossible au moins que cet accord soit durable et constant; car la volonté particulière Lend, par sa nature, aux préférences, et la volonté générale à l'égalité. 11 est plus impossible encore qu'on ait un garant de cet accord, quand même il devrait toujours exister : ce ne serait pas un efTet de l'art, mais du hasard. Le souverain peut bien dire : « Je veux actuellement ce que veut un tel homme, ou du moins ce qu'il dit vouloir; » mais il ne peut pas dire : « Ce (\i\e cet homme voudra demain, je le voudrai encore, » puisqu'il est absurde que la volonté se donne des chaînes pour l'avenir, et puisqu'il ne dépend d'aucune volonté de consentir à rien de contraire au bien de l'être qui veut. Si donc le peuple promet simplement d'obéir, il se dissout par cet acte; il perd sa qualité de peuple : à l'instant qu'il- y a un maitre, il n'y a plus de souverain, et dés lors le corps politique est détruit.

Ce n'est point à dire que les ordres des chefs ne puissent passer pour des volontés générales, tant que le souverain, libre de s'y opposer, ne le fait pas. En pareil cas, du silence universel on doit présumer le consentement du peuple. Ceci s'expliquera plus au long.

Par la même raison que la souveraineté est inaliénable, elle est indivisible; car la volonté est générale^ ou elle ne

1. Sur. D'après. Cf. p. 22, n. 5. qu'elle soit unanime; mais il est tou-

2. A /'î««/rtHiç««. Nous dirions plutôt jours nécessaire que toutes les voix (lés l'in.stanl. — Sur que, cf. p. Oi, ii. 2. soient comptées; toute exclusion for-

3. « Pour qu'une volonté soit gêné- melle rompt la généralité. » (Note de raie, il n'est pas toujours nécessaire Rousseau.)

l'est pas; elle est celle du corps du peuple, ou seulement d'une partie. Dans le premier cas, cette volonté déclarée est un acte de souveraineté et fait loi; dans le second, ce n'est qu'une volonté particulière ou un acte de magistrature; c'est un décret tout au plus.

Mais nos politiques, ne pouvant diviser la souveraineté dans son principe, la divisent en force et en volonté, en puissance législative et en puissance executive, en droits d'impôts, de justice et de guerre, en administration intérieure et en pouvoir de traiter avec l'étranger ; tantôt ils confondent toutes ces parties, et tantôt ils les séparent; ils font du souverain un être fantastique et formé de pièces rapportées' ; c'est comme s'ils composaient l'homme de plusieurs corps, dont l'un aurait des yeux, l'autre des bras, l'autre des pieds; et rien de plus. Les charlatans du Japon dépècent, dit-on, un enfant aux yeux des spectateurs ; puis, jetant en l'air tous ses membres l'un après l'autre, ils font retomber l'enfant vivant et tout rassemblé. Tels sont à peu près les tours de gobelets de nos politiques : après avoir démembré le corps social par un prestige digne de la foire, ils rassemblent les pièces on ne sait comment.

Cette erreur vient de ne s'être pas fait* des notions exactes de l'autorité souveraine et d'avoir pris pour des parties de cette autorité ce qui n'en était que des émanations. Ainsi, par exemple, on a regardé l'acte de déclarer la guerre et celui de faire la paix comme des actes de souveraineté, ce qui n'est pas, puisque chacun de ces actes n'est point une loi, mais seulement une application de la loi...

[Ibid., livre II, chap. i et ii.)

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