CHAPITRE IX* MIRABEAU
MIRABEAU SE DÉFEND CONTRE LES ACCUSATIONS DES PRÉLATS ET DES NOBLES PROVENÇAUX
(5 février 1789.)
Qu'ai-je donc fait de si coupable? J'ai désiré que mon
ordre' fût assez habile pour donner aujourd'hui ce qui lui sera infailliblement arraché demain ; j'ai désiré qu'il s'assurât le mérite et la gloire de provoquer l'assemblée des trois ordres que toute la Provence demande à l'envi... Voilà le crime de V ennemi de la paix^ ! Ou plutôt j'ai cru que le peuple pouvait avoir raison... Ah! sans doute un patricien souillé d'une telle pensée mérite des supplices ! Mais je suis bien plus coupable qu'on ne suppose; car je crois que le peuple qui se plaint a toujours raison, que son infatigable patience attend constamment^ les derniers excès de l'oppression pour se résoudre à la résistance, qu'il ne résiste jamais assez longtemps pour obtenir la réparation de tous ses griefs, qu'il ignore trop que, pour se rendre formidable à ses ennemis, il lui suffirait de rester immobile, et que le plus innocent comme le plus invincible de tous les pouvoirs est celui de se refuser. Je pense ainsi ; punissez l'ennemi de la paix.
Mais vous, ministres d'un Dieu de paix'* qui, institués pour bénir et non pour maudire, avez lancé sur moi l'anathème, sans daigner même essayer de me ramener à d'autres maximes !
Et vous, amis de la paix', qui dénoncez au peuple, avec la véhémence de la haine, le seul défenseur qu'il ait trouvé hors de son sein ;
1. 3/oH o;'(//v. L'ordre de la noblesse. 4. Mirabeau s'adressait ici aux ec-
2. C'est de ce nom que les adver- clésiastiques de l'Assemblée.
saires de Mirabeau l'appelaient. 5. C"est maintenant aux nobles que