‹ Le Dix-huitième siècle par les textes, morceaux choisisChapitre 3 sur 340 · LA TRADITION · texte numérisé non relu

LA TRADITION

Que ne pouvons-nous voir ce qui se passe dans l'esprit des hommes lorsqu'ils choisissent une opinion! Je suis sur que, si cela élait, nous réduirions* le suffrage d'une infinité de gens à l'autorité de deux ou trois personnes, qui, ayant débité une doctrine que l'on supposait qu'ils avaient examinée à fond, l'ont persuadée à plusieurs autres, par le préjugé^ de leur mérite, et ceux-ci à plusieurs autres, qui ont trouvé mieux leur compte pour leur paresse naturelle à croire tout d'im coup ce qu'on leur disait qu'à l'examiner soigneusement. De sorte que le nombre des sectateurs crédules et paresseux, s'augmentant de jour en jour, a été un nouvel engagement aux autres hommes de se délivrer de la peine d'examiner une opinion qu'ils voyaient si générale, et qu'ils se persuadaient bonnement n'être devenue telle que par la solidité des raisons desquelles on s'était servi d'abord pour l'établir; et enûn on s'est vu réduit à la nécessité de croire ce que tout le monde croyait, de peur de passer pour un factieux qui veut lui seul en savoir plus que tous les autres et contredire la vénérable antiquité; si bien qu'il y a eu du mérite à n'examiner plus rien et à s'en rapporter à la tradition. Jugez vous-même si cent millions d'hommes engagés dans quelque sentiment^ de la manière que je viens de représenter pouvaient le rendre probable*.

[Pensées sia- la Comète, chap. vu.)

1. R('(/(«>'/o«.';. Ramènerions. 4. Prolnthk. A.\x %ci\s étymologique;

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