‹ Le Dix-huitième siècle par les textes, morceaux choisisChapitre 4 sur 340 · Seiilimeiit. Opinion · texte numérisé non relu

Seiilimeiit. Opinion

* Voir notre Précis de l'Histoire de la Littérature française, p. 291-299.

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SI I.KS pui:i VKS ni; i.a vkiuti'; SOM miMoins ri.i s soiinrs nii: (;i:m,ks \)V. la fausseté

A considrrcr les choses absolument, l'afllrmalive de celte qiiostion est certaine; mais, h les ronsidi'rer par rapport ù, l'homme vivant sur la terre, je pense qu'il faut user de distinction. Disons donc qu'il y a des V(''ril(\s nécessaires et des vérités conlingenles. l'armi les vériliîs n(''Cessaircs, il y en a de 8i évidentes, ou immédiatement (et celles-là portent aj^^ec elles leur preuve, queper>;onne ne conteste), ou médialement (c'est-îi-dire qui se réduisent' à quelque premier principe par une chaîne hien liée de conséquences et do démonstrations). c(no non seulomont leur preuve est plus solide en soi que celli" des faussetés contraires, mais aussi par rapport à l'homme, nous élant^ facile de connaître qu'on ne peut dire rien qui vaille en faveur de ces faussetés.

Mais, lorsqu'une vérité nécessaire n'est point évidente ou en soi ou par le moyen d'une gradation de preuves qui la fasse remonter jusqu'à un premier principe sur des prémisses incontestables, alors ello peut être combattue de telle manière qu'il est malaisé de discerner si ceux (jui la nient ont plus de tort que ceux qui l'affirment.

A l'égard des vérités contingentes, par où j'entends non seulement les faits historiques, mais aussi les vérités qui dépendent des décrets libres de Dieu, je pense qu'il faut s'en tenir à la même distinction : c'est qu'elles sont évidentes, du moins médiatement, ou qu'elles ne le sont pas. Si elles le sont, leurs preuves doivent être censées plus solides à l'égard de l'homme que les raisons des faussetés opposées; de telle sorte qu'on est bien fondé à supposer ou de la mauvaise foi en ceux qui soutiennent ces faussetés, ou une confusion extrême, une ignorance crasse, un attachement servile aux préjugés dans leur esprit.

Mais, lorsque ces vérités sont d'une telle nature que les principes par lesquels nous les voulons faire remonter par degrés jusqu'à une notion commune, jusqu'à un amas de

1. Se réduisent. Se ramènent. Cf. 2. .Vows f/a»/ /«<•//(•. Participe absolu

p. 9, n. 1. = car il nous est facile.

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circonstances qui fassent une démonstration morale, sont douteux et combattus par d'autres principes, dont quelquefois nous nous servons comme véritables^ de manière que nos propres preuves peuvent être retournées contre nous, je dis qu'il est très possible que les erreurs contraires à ces vérités soient soutenues aussi solidement en apparence que ces vérités...

Il n'y a point de meilleure marque que deux opinions, encore que contradictoires, et par conséquent l'une vraie, l'autre fausse, sont fondées chacune sur des raisons solides et très probables^, que de voir qu'elles ont eu chacune leurs partisans en diverspays, en divers siècles, personnages recommandables par leur savoir, leur piété et leur vertu, qui ont examiné mûrement la question; comme aussi de voir que, si l'une des opinions a opprimé lautre un certain temps, celle-ci s'est réveillée en un autre lieu.

La philosophie nous fournit cent exemples de propositions contradictoires qui ont chacune des preuves également spécieuses; de sorte que les esprits difficiles n'y sauraient choisir le meilleur du moins bon ^ Ne voit-on pas dans un même jour, dans un même auditoire, soutenir des thèses contradictoires? Un régent de rhétorique ne fait-il pas déclamer dans une même heure deux écoliers, l'un pour, l'autre contre la môme question de morale, de politique, etc.?

[Comme ni aire philosophique sur le Compelle intrare''.)

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