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IIEUIONDE.
Que pensez-vous, cher comte ? llélas ! voilà mon père. Son trouble est-il calmé? Que faut-il que j'espère? Lisez-vous sur son front quelque présage heureux?
LE COMTE
Je n'y remarque rien qui détruise vos vo'ux.
UELMONDE, bciisant doucement le front de Léar endormi.
Tendre cœur de mon père, oh ! puissent de ma bouche Sortir de doux accents dont le charme'- te touche ! Qu'ils guérissent la plaie et les coups douloureux Dont mes sœurs ont percé ce cœur trop généreux !
LE COMTE, à part.
0 Ciel, que de vertus ! Ame sensible et pure, Sous quels indignes traits te peignit l'impostureM
UELMONDE.
Quand mes sœurs^à ton sang n'auraient pas dû le jour, Au cri de la pitié^leur sexe élail-il sourd!
[En pleurant.) Mon père, étais-tu fait pour incliner la tête Sous le poids des torrents vomis par la tempête !
1. Léar, maltrailc et chassé par ses clans la campagni,' cl l'a n'Cueilli auprès
(Jeux filles aînées, auxquelles il a partagé d'elle.
son royaume, est devenu fou; sa troi- 2. Charnie. Dans le sens original du
sièmefille, l'aimante et fidèle Helmonde, mot; influence magique. Cf. p. 13i,
qu'il a déshéritée parce qu'elle ne lui n. 1.
lémoignait pas son affection avec assez 3. Ilelmonde a été calomniée par
de chaleur, vient de le retrouver errant ses sœurs aujirès de son père.
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Hélas I je les ai vus, ce front, ces cheveux blancs, Sous le feu des éclairs, insultés par les vents !... Ah ! si par tes douleurs la raison t'est ravie. Sans peine à te servir je consacre ma vie.
{Au comte.) Le jour de la raison peut-il se rallumer ?
LE COMTE
Il est des végétaux d'où Fart fait exprimer Quelques sucs bienfaisants dont la puissance active Rappelle en notre esprit sa clarté fugitive.
IJELMONDE.
Admirables présents, végétaux précieux, Pour guérir les mortels nés du souffle des Dieux, Si vous pouvez m'entendre et sentir mes alarmes, Fleurissez pour mon père et croissez sous mes larmes ! Ne trompez pas mes vœux ! El vous, sommeil, et vous, Répandez sur ses yeux vos pavots les plus doux ! Que jamais leur fraîcheur ne baigne ma paupière, Que vous n'ayez rendu le repos à mon père I... Ah I cher comte, son front a paru s'éclaircir.
LE COMTE
Daigne le Ciel entendre un si juste désir !
UELMOXDE.
Si sa faible raison se ranimait encore !
Le calme de ses traits peul-être en est l'aurore.
Mais il s'éveille.
LÉAR
0 Ciel ! quel spectacle nouveau !
Pourquoi me forcez-vous à sortir du tombeau!
[Charmé par les rayons de Vaurore.) 0 la douce lumière !... Ah ! d'où reviens-je? où fuis-je? Ce jour, ce lieu, ce corps, tout me semble un prestige* ; Tout chancelle et s'échappe à mes yeux incertains ; Je n'ose qu'en tremblant me fier à mes mains. Dans cet état honteux, j'ai pitié de moi-même.