Imitation de Lucrèce
... Eripitur persona, manet res.
{De Naliiru rerum, III.)
LE XVlIlC SIÈCLE PAR LES TBXTES 31
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llrand Dieu, votre muiii réclame Los (Ions ([110 j'en ai reeiis ; KUc vient, couper la trame Des jours (pfelle m'a tissus.
Mon dernier soleil se lève, Et votre sounic m'enlève De la terre des vivants, Comme la feuille séchée, Qui, de sa tige arrachée, Devient le Jouet des vents.
Comme un lion plein de rage,
Le mal a brisé mes os ;
Le tombeau m'ouvre un passage
Dans ses lugubres cachots.
Victime faible et tremblante,
A celte image sanglante
Je soupire nuit et jour ;
Et, dans ma crainte mortelle,
Je suis comme l'hirondelle
Sous les griires du vautour.
Ainsi, de cris et d'alarmes Mon mal semblait se nourrir, Et mes yeux, noyés de larmes, Etaient lassés de s'ouvrir.
* Je disais à la nuit sombre :
« 0 nuit, tu vas dans ton ombre .M'ensevelir pour toujours 1 »
Je redisais à l'aurore :
« Le Jour que tu fais éclore Est le dernier de mes jours ! »
Ce monde-ci n'est qu'une couvre comique Où chacun fait ses rôles différents.
Là, sur la scène, en habit dramatique,
Brillent prélats, ministres, conquérants.
Pour nous, vil peuple assis aux derniers rangs,
Troupe futile et des grands rebutée.
Par nous d'en bas la pièce est écoutée.
Mais nous payons, utiles spectateurs ;
Et, quand la farce est mal représentée,
Pour notre argent nous sifflons les acteurs ^
1. Le Franc de Pompignan a fait sur la strophe suivante a sauvé son nom de lamort de J.-B. Rousseau une ode dont l'oubli:
Le Nil a vu sur ses rivages Tandis que ces monstres barbares
De noirs habitant des déserts Poussaient d'insolentes clameurs,
Insulter par leurs cris sauvages Le dieu, poursuivant sa carrière,
L'astre éclatant de l'univers. Versait des torrents de lumière
Crime impuissant I fureurs bizarres! Sur ses obscurs blasphémateurs.
LE BRUN-ECOUCHARD
ODE A M. DE lUFFÛ.N SUll SKS DHIIUCIUUS
Buffon, laisse gronder l'envie; C'est riionimagc de sa terreur.
Une peut sur l'éclat de la vie Son obscure et lâche fureur ?
Olympe', qu'assiège un orage, Dédaigne l'impuissanle rage Des aquilons luniuUueux; Tandis que la noire tempête Gronde à ses pieds, sa noble tête Garde un calme majestueux.
Pensais-tu donc que le génie Qui te place au trône des arts, Longtemps d'une gloire impunie Blesserait de jaloux regards ?
Non, non, lu dois payer ta gloire ; Tu dois expier ta mémoire^ Par les orages de tes jours ; Mais ce torrent qui dans ton onde Vomit sa fange vagabonde, N'en saurait altérer le cours
Ceux dont le présent est l'idole
Ne laissent point de souvenir ;
Dans un succès vain et frivole
Ils ont usé leur avenir.
Amants des roses passagères,
Ils ont les grâces mensongères
Et le sort des rapides fleurs ;
Leur plus long règne est d'une aurore.
Mais le temps rajeunit encore
L'antique laurier des neuf So?urs.
1. Le mont Olympe, en Thessalie, 2. Ta mémoire. La renommée que ia
séjour des dieux. laisseras dans la mémoire des hommes.
LE BRUN-ÉCOVCHARD 185
Jiisques à quand de vils Procustes' Viendront-ils au sacré vallon, Bravant les droits les plus augustes, Mutiler les fils d'Apollon ?
Le croirez-vous, races futures?
J'ai vu Zoïle^ aux mains inpures, Zoïle outrager Montesquieu !
Mais, quand la Parque inexorable Frappa cet homme irréparable ^ Nos regrets en'' firent un dieu.
Quoi ! tour à tour dieux et victimes, Le sort fait marcher les talents Entre l'Olympe^ et les abîmes, Entre la satire et l'encens !
Malheur au mortel qu'on renomme !
Vivant, nous blessons^ le grand homme ; Mort, nous tombons à ses genoux.
On n'aime que la gloire absente ; La mémoire est reconnaissante.
Les yeux sont ingrats et jaloux.
BufTon, dès que, rompant ses voiles, Et fugitive du cercueil, De ces palais peuplés d'étoiles Ton âme aura franchi le seuil.
Du sein brillant de Tempyrée, Tu verras la France éplorée T'ofîrir des honneurs immortels, Et le temps, vengeur légitime, De l'envie expier le crime.
Et l'enchaîner à tes autels.
1. Brigand de l'AUique, qui faisait de ces alliances hardiment heureuses coucher ses victimes sur un lit de fer et les comme Le Brun les cherche toujours raccourcissait ou les allongeait jusqu'à et les rencontre quelquefois... Ici, en ce qu'elles fussent à la mesure du lit. parlant de Montesquieu, il est à. la fois
2. Sophiste grec du iv^ siècle avant dans le vrai de la poésie et de la lan- J.-C, qui s'attaqua surtout à Homère; gue. » (Sainte-Beuve, Lundis, t. V.) son nom symbolise la critique malveil- 4. En. Cf. p. 32, n. 2.
lante et injuste. 5. L'Olympe. Cf. p. 484, n. 1.
3. Cet homme irréparahle . '< C'est une 6. Nous blessons. Nous déchirons.
480 ;./•; M///-' sirci.H i>An i.i:s Ti:\ri:s
Moi, sur rello rive déserte Kl do talents et de vertus, Je dirai, soupirant m;i perte' :
llluslr(> ami, tu ne vis plus !