LA NATURE
La nature est le système des lois établies par le Créateur pour l'existence des choses et pour la succession des êtres.
1. Les termes les plus yénéranx. Cf. la bienséance, ici, c'est la convenance notre Précis de Littérature, p. 315. de la forme avec le fond.
2. Qui fait la bienséance pour les an- 3. Plus de sincérité dans la convic- Ires. Qui fait que les autres trouvent tion que de confiance présomptueuse noire style approprié partout aux idées ; en nous-mêmes.
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l.a naliirc n'est point uiir chose, car cette chose serait tonl; la nature n'est point nn être, car cet être serait Dieu; mais on [leut la considérer comme une puissance vive, immense, qui emhrasse tout, qui anime tout, et qui, suhordonnéc à colle du premier Etre, n'a commencé d'agir que par son ordre, et n'agit encore que par son concours ou son consentement. Cette puissance est, de la Puissance divine, la partie qui se manifeste ; c'est en même temps la cause et l'eflet, le mode ' et la suhstance, le dessein et l'ouvrage; hien diflerente de l'art humain, dont les productions ne sont que des ouvrages morts, la nature est elle-mèuie un ouvrage perpétuellement vivant, un ouvrier sans cesse actif qui sait tout em])loyer, qui, travaillant d'après soi-même-, toujours sur le même fonds, bien loin de l'épuiser, le rend inépuisable : le temps, l'espace et la matière sont ses moyens, l'univers son objet, le mouvement et la vie son but.
Les effets de celte puissance sont les phénomènes du monde; les ressorts qu'elle emploie sont des forces vives que l'espace et le temps ne peuvent que mesurer et limiter sans. jamais les détruire; des forces qui se balancent, qui se confondent, qui s'opposent sans pouvoir s'anéantir. Les unes pénètrent et transportent les corps, les autres les échauffent et les animent. L'ail raclion et l'impulsion sont les deux principaux instruments de l'action de cette puissance sur les corps bruts; la chaleur et les molécules organiques vivantes sont les principes actifs qu'elle met en œuvre pour la formation et le développement des êtres organisés.
Avec de tels moyens, que ne peut la nature? Elle pourrait tout si elle pouvait anéantir et créer; mais Dieu s'est réservé ces deux extrêmes de pouvoir ; anéantir et créer sont les attributs de la toute-puissance; altérer, changer, détruire, développer, renouveler, produire, sont les seuls droits qu'il a voulu céder. Ministre de ses ordres irrévocables, dépositaire de ses immuables décrets, la nature ne s'écarte jamais des lois qui ont été prescrites; elle n'altère rien aux plans^
1. Le mode. Tout phénomène par le- n'admettent plus soi que comme subsquel la substance se manifeste. titut d'nn pronom indéfini.
2. Soi-wrwe. Construction alors plus 3. S'altère rien aux />/«»«. Dans les fréquente. Les grammairiens modernes p'ians. La préposition « s'employait
qui lui ont été tracés, et dans tous ses ouvrages elle présente le sceau de l'Iiternel; cette empreinte divine, prototype inaltérable des existences, est le modèle sur lequel elle opère, modèle dont tous les traits sont exprimés en caractères ineffaçables et prononcés' pour jamais; modèle toujours neuf, que le nombre des moules ou des copies, quelque infini qu'il soit, ne fait que renouveler.
Tout a donc été créé, et rien encore ne s'est anéanti; la nature balance entre ces deux limites sans jamais approcher ni de l'une ni de l'autre. Tâchons de la saisir dans quelques points de cet espace immense qu'elle remplit et parcourt depuis l'origine des siècles.
Quels objets! Un volume immense de matière qui n'eût formé qu'une inutile, une épouvantable masse, s'il n'eût été divisé en parties séparées par des espaces mille fois plus immenses; mais des milliers de globes lumineux , placés à des distances inconcevables^, sont les bases qui servent de fondement à l'édifice du monde; des millions de globes opaques, circulant autour des premiers, en composent l'ordre et l'architecture mouvante. Deux forces primitives agitent ces grandes masses, les roulent, les transportent et les animent; chacune agit à tout instant, et toutes deux, combinant leurs efforts, tracent les zones des sphères célestes, établissent dans le milieu du vide des lieux fixes et des routes déterminées; et c'est du sein même du mouvement que naît l'équilibre des mondes et le repos de l'univers.
Lapremière decesforces estégalement répartie ;laseconde a été distribuée en mesure inégale; chaque atome de matière a une même quantité de force d'attraction, chaque globe a une quantité différente de force d'impulsion; aussi est-il des astres fixes et des astres errants, des globes qui ne semblent être faits que pour attirer, et d'autres pour pousser ou pour être poussés, des sphères qui ont reçu une impulsion commune dans le même sens, et d'autres une impulsion particulière, des astres solitaires et d'autres accompagnés de satellites, des corps de lumière et des masses de ténèbres,
avec la signification de dans. — Du 1. Prononcés. Fixés.
reste, nous dirions iort bien ne change 2. Inconcevables.lje mot est pris âiLUs
rien au.v plans. toute la force de sa signification.
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des plancles doiil les diiïôrcnles parties ne jouissenl que sno cessivement d'une lumière emprunléc, des comèles qui se perdent dans l'obscurité des profondeurs de l'espace et reviennent ai)rès des siècles se parer de nouveaux feux, des soleils qui paraissent, disparaissent et semblent alternativement se rallumer et s'éteindre, d'autres (|ui se montrent une fois et s'évanouissent ensuite pour Jamais. Le ciel est le pays des grands événements; mais à peine l'œil humain peut-il les saisir : un soleil qui périt et qui cause la catastrophe d'un monde, ou d'un système de mondes, ne fait d'autre edet à nos yeux que celui d'un feu follet qui brille et qui s'éteint; l'homme, borné à l'atome terrestre sur lequel il végète, voit cet atome comme un monde, et ne voit les mondes que comme des atomes.
Car cette terre qu'il habite, à peine reconnaissable parmi les autres globes, et tout h, fait invisible pour les sphères éloignées, est un million de fois plus petite que le soleil qui léclaire, cl mille fois plus petite que d'autres planètes qui, comme elle, sont subordonnées à la puissance de cet astre et forcées à circuler autour de lui. Saturne, Jupiter, Mars, la Terre, Vénus, Mercure et le Soleil occupent la petite partie des cieux que nous appelons notre univers. Toutes ces planètes, avec leurs satellites, entrahiées par un mouvement rapide dans le même sens et presque dans le même plan, composent une roue d'un vaste diamètre : tant que ces mouvements dureront (et ils seront éternels, à moins que la main du premier moteur ne s'oppose' et n'emploie autant de force pour les détruire qu'il en a fallu pour les créer), le soleil brillera et remplira de sa splendeur toutes les sphères du monde-; et comme, dans un système où tout s'attire, rien ne peut ni se perdre ni s'éloigner sans retour, la quantité de matière restant toujours la même , cette source féconde de lumière et de vie ne s'épuisera, ne tarira jamais : car les autres soleils, qui lancent aussi continuellement leurs feux, rendent à notre soleil tout autant de lumière qu'ils en reçoivent de lui.
Les comètes, en beaucoup plus grand nombre que les planètes, et dépendantes comme elles de la puissance du
1. S'oppose. Dans un sens absolu; 2. Tontes tes splicres du monde. De
proprement, se mette en obstacle. notre univers.
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soleil, pressent aussi sur ce foyer commun, en augmentent la charge, et contribuent de tout leur poids à son embrasement. Elles font partie de notre univers, puisqu'elles sont sujettes, comme les planètes, à l'atlraction du soleil; mais elles n'ont rien de commun entre elles, ni avec les planètes, dans leur mouvement d'impulsion; elles circulent chacune dans un plan diffe'rent et décrivent des orbes plus ou moins allongés'dans des périodes différentes de temps, dont les unes sont de plusieurs années, et les autres de quelques siècles. Le soleil tournant sur lui-même, mais au reste immobile au milieu de tout, sert en même temps de flambeau, de foyer, de pivot à toutes ces parties de la machine du monde.
C'est par sa grandeur même qu'il demeure immobile et qu'il régit les autres globes; comme la force a été donnée proportionnellement à la masse, qu'il est incomparablement plus grand qu'aucune des comètes, et qu'il contient mille fois plus de matière que la plus grosse planète, elles ne peuvent ni le déranger, ni se soustraire à sa puissance, qui, s'étendant à des distances immenses, les contient toutes, et lui ramène au bout d'un temps celles qui s'éloignent le plus; quelques-unes même, à leur retour, s'en approchent de si près, qu'après avoir été refroidies pendant des siècles, elles éprouvent une chaleur inconcevable' ; elles sont sujettes à des vicissitudes étranges par ces alternatives de chaleur et de froid extrêmes, aussi bien que par les inégalités de leur mouvement, qui tantôt est prodigieusement accéléré, et ensuite infiniment retardé : ce sont, pour ainsi dire, des mondes en désordre, en comparaison des planètes. Parmi ces globes choisis entre les astres errants, celui que nous habitons paraît encore être privilégié ; moins froid, moins éloigné que Saturne, Jupiter, Mars, il est aussi moins brûlant que Vénus et Mercure, qui paraissent trop voisins de l'astre de lumière.
Aussi, avec quelle magnificence la nature ne brille-t-elle pas sur la terre ! Une lumière pure, s'étendant de l'orient au couchant, dore successivement les hémisphères de ce globe ; un élément transparent et léger l'environne ; une chaleur