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Surmonter. Dans le sens étymologique : monter par-dessus

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d'animaux différents, est un lieu de repos, un séjour de délices, où l'homme, placé pour seconder la Nature, préside* à tous les êtres. Seul entre tous capable de connaître et' digne d'admirer, Dieu l'a fait spectateur de l'univers et témoin de ses merveilles ; l'étincelle divine dont il est animé le rend participant aux mystères divins. C'est par cette lumière qu'il pense et réfléchit; c'est par elle qu'il voit et lit dans le livre du monde, comme dans un exemplaire de la Divinité. La Nature est le trône extérieur de la magnificence divine : l'homme qui la contemple, qui l'étudié, s'élève par degrés au trône intérieur de la toute-puissance; fait pour adorer le Créateur, il commande à toutes les créatures ; vassal du ciel, roi de la terre, il l'anoblit'-, la peuple et l'enrichit; il établit entre les êtres vivants l'ordre, la subordination, l'harmonie ; il embellit la Nature même, il la cultive, la polit, en élague le chardon et la ronce , y multiplie le raisin et la rose. Voyez ces plages désertes, ces tristes contrées, où l'homme n'a jamais résidé, couvertes ou plutôt hérissées de bois épais et noirs dans toutes les parties élevées; des arbres sans écorce et sans cime, courbés, rompus, tombent de vétusté; d'autres, en plus grand nombre, gisant auprès des premiers, pour pourrir sur des monceaux déjà pourris, étouffent, ensevelissent les germes prêts à éclore. La Nature, qui partout ailleurs brille par sa jeunesse, paraît ici dans la décrépitude; la terre, surchargée par le poids, surmontée par les débris de ces productions, n'offre, au lieu d'une verdure florissante, qu'un espace encombré, traversé de vieux arbres chargés de plantes parasites, de lichens, d'agarics, fruits impurs de la corruption ; dans toutes les parties basses, des eaux mortes et croupissantes, faute d'être conduites et dirigées^ ; des terrains fangeux, qui, n'étant ni solides ni liquides, sont inabordables, et demeurent également inutiles aux habitants de la terre et des eaux ; des marécages qui, couverts de plantes aquatiques et fétides, ne nourrissent que des insectes veni-

1. Un séjour de délices oie l'homme, 2. Anoblit. Dans le sens moral, nous

placé pour seconder la nature, préside. disons ennoblit.

Placé doit être rapporté à oii, comme 3. Conduites et dirigées. Cf. plus bas,

/^/•é.sà/c; l'homme placé dans ce séjour, p. 92; formons-en des ruisseaui- (con-

y préside, etc. duites), des canaux (dirigées).

92 'l-: V17//C SIkCLE l>.\n LES TEXTES

moii\ el spi'vcnl de ropaires aux animaux immondes. Entre ces marais iiil'ecls qui occupent les lieux bas, et les forôls (iécrépiles qui couvrenl les terres clevces, s'étendent des espèces de landes, des savanes qui n'ont rien de commun avec nos prairies; les mauvaises herbes y surmontent, y élouiïent les bonnes : ce n'est point ce gazon fin qui semble faire le duvet de la terre, ce n"est point celte pelouse émaillée qui annonce sa brillante fi'cundité; ce sont des végétaux agrestes', des herbes dures, épineuses, enirelacées les unes dans les autres, qui semblent moins tenir à la terre qu'elles ne tiennent entre elles, et qui, se desséchant et repoussant successivement les unes sur les antres, forment une bourre grossière, épaisse de plusieurs pieds. Nulle route, nulle communication, nul vestige d'intelligence dans ces lieux sauvages : l'homme est obligé de suivre les sentiers de la bête farouche, s'il veut les parcourir ; contraint de veiller sans cesse pour éviter d'en devenir la proie, effrayé de leurs* rugissements, saisi du silence même de ces profondes solitudes, il rebrousse chemin, et dit : La Nature brute est hideuse et mourante ; c'est moi, moi seul qui peux la rendre agréable et vivante : desséchons ces marais, animons ces eaux mortes en les faisant couler; formons-en des ruisseaux, des canaux; employons cet élément actif et dévorant qu'on nous avait caché, et que nous ne devons qu'à nous-mêmes; mettons le feu à celte bourre superflue, à ces vieilles forêts déjà à demi consommées; achevons de détruire avec le fer ce que le feu n'aura pu consumer. Bientôt, au lieu du jonc, du nénuphar, dont le crapaud composait son venin, nous verrons paraître la renoncule, le trèfle, les herbes douces et salutaires; des troupeaux d'animaux bondissants fouleront cette terre jadis impraticable; ils y trouveront une subsistance abondante, une pâture toujours renaissante; ils se multiplieront pour se multiplier encore. Servons-nous de ces nouveaux aides pour achever notre ouvrage;* que le bœuf, soumis au joug, emploie ses forces et le poids de sa masse à sillonner la terre; qu'elle rajeunisse par la culture : une Nature nouvelle va sortir de nos mains.

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