Agréâtes. Sauvages
2. Leurs. — Par syllepse, comme s'il y avait plus haut les bêles farouches.
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Qu'elle est belle, cette Nature cultivée! que, par les soins de l'homme, elle est brillante et pompeusement pare'e ! lien fait lui-même le principal ornement; il en est la production la plus noble : en se multipliant, il en multiplie le germe le plus précieux. Elle-même aussi semble se multiplier avec lui; il met au jour par son art tout ce qu'elle recelait dans son sein : que de trésors ignorés ! que de richesses nouvelles! Les fleurs, les fruits, les grains perfectionnés, multipliés à l'infini ; les espèces utiles d'animaux transportées, propagées, augmentées sans nombre; les espèces nuisibles réduites, confinées, reléguées ' ; l'or, et le fer, plus nécessaire que l'or, tirés des entrailles de la terre; les torrents contenus; les fleuves dirigés, resserrés; la mer soumise, reconnue, traversée d'un hémisphère à l'autre; la terre accessible partout, partout rendue aussi vivante que féconde; dans les vallées, de riantes prairies; dans les plaines, de riches pâturages ou des moissons encore plus riches; les collines chargées de vignes et de fruits, leurs sommets couronnés d'arbres utiles et de jeunes forêts; les déserts devenus des cités habitées par un peuple immense, qui, circulant sans cesse, se répand de ces centres jusqu'aux extrémités ; des routes ouvertes et fréquentées, des communications établies partout comme autant de témoins de la force et de l'union de la société ; mille autres monuments de puissance et de gloire démontrent assez que l'homme, maître du domaine delà terre, en a changé, renouvelé la surface entière; et que de tout temps il en partage l'empire avec la Nature.
Cependant il ne règne que par droit de conquête; il jouit plutôt qu'il ne possède; il ne conserve que par des soins toujours renouvelés; s'ils cessent, tout languit, tout s'altère, tout change, tout rentre sous la main de la Nature; elle reprend ses droits, efl'ace les ouvrages de l'homme, couvre de poussière et de mousse ses plus fastueux monuments, les détruit avec le temps, et ne lui laisse que le regret d'avoir perdu par sa faute ce que ses ancêtres avaient conquis par leurs travaux. Ces temps où l'homme perd son domaine, ces siècles de barbarie pendant lesquels tout périt, sont tou-
1. Confinées. Enfermées dans certaines limites. Reléyiiécs. Tenues à l'écart.
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jours prt'^part's par la giiorro, et arrivent avec la disollc et la dopopuialiun. L'homme, qui ne i)eutque par le nombre, qui n'est fort que par sa réunion*, qui n'est Jieureux que par la paix, a la fureur de s'armer pour son malheur et de combattre pour sa ruine; excité par Tinsatialde avidité, aveuglé par Tanihilion encore plus insatiable, il renonce aux sentiments d'humanité, tourne ses forces contre lui-même, cherche à s'entre-détruire-, se détruit en effet; et, après ces jours de sang et de carnage, lorsque la fumée de la gloire s'est dissipée, il voit d'un œil triste la terre dévastée, les arts ensevelis, les nations dispersées, les peuples affaiblis, son propre bonheur ruiné, et sa puissance réelle anéanti©-.
Grand Dieu, dont la seule présence soutient la Nature et maintient l'harmonie des lois de l'univers; vous qui, du trùne immobile de l'empyrée, vovez rouler sous vos pieds toutes les sphères célestes sans choc et sans confusion; qui, du sein du repos, reproduisez à cliaqueinstanl leurs mouvements immenses, et seul régissez dans une paix profonde ce nombre inûni de cieux et de mondes; rendez, rendez entin le calme à la terre agitée! Qu'elle soit dans le silence! qu'à votre voix la discorde et la guerre cessent de faire retentir leurs clameurs orgueilleuses! Dieu de bonté, auteur de tous les êtres, vos regards paternels embrassent tous les objets de la création; mais Ihomme est votre être de choix; vous avez éclairé son âme d'un rayon de votre lumière immortelle^ : comblez vos bienfaits en pénétrant son cœur d'un trait de votre amour. Ce sentiment divin, se répandant partout, réunira les natures ennemies; l'homme ne craindra plus l'aspect de l'homme, le fer homicide n'armera plus sa main; le feu dévorant de la guerre ne fera plus tarir la source des générations; l'espèce humaine, maintenant allaiblie, mutilée, moissonnée dans sa fleur, germera de nouveau et se multipliera sans nombre; la Nature, accablée sous le poids des fléaux, stérile, abandonnée, reprendra bientôt avec une nouvelle vie son ancienne fécondité, et nous, Dieu bienfaiteur, nous la seconderons, nous la cultiverons, nous l'observerons^ sans cesse, pour vous
1. Réunion. L'homme esl mm [louv les 2. Cf. p. 91 : « L'étincelle divine hommes. dont il est animé..., cette lumière. »
2. S'eiilre-dèlniire, Même remarque. 3. Nous l'observerons. Pour connaître
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offrir à chaque instant un nouveau tribut de reconnaissance et d'admiration. {Théorie de la Terre.)