‹ Le Dix-huitième siècle par les textes, morceaux choisisChapitre 57 sur 340 · BUFFO · texte numérisé non relu

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on a conservé les vieux noms des productions antérieures. Pour n'en pas douter, il ne faut que comparer nos fleurs et nos fruits avec les descriptions ou plutôt les notices que les auteurs grecs et latins nous en ont laissées ; toutes leurs fleurs étaient simples, et tous leurs arbres fruitiers n'étaient que des sauvageons assez mal choisis dans chaque genre, dont les petits fruits, âpres ou secs, n'avaient ni la saveur ni la beauté des nôtres.

Ce n'est pas qu'il y ait aucune de ces bonnes et nouvelles espèces qui ne soit originairement issue d'un sauvageon; mais combien de fois n'a-t-il pas fallu que l'homme ail tenté' la Nature, pour en obtenir ces espèces excellentes ! combien de milliers de germes n'a-t-il pas été obligé de confier à la terre, pour qu'elle les ait enfin produites I Ce n'est qu'en semant, élevant, cultivant et mettant à fruit^ un nombre presque infini de végétaux de la même espèce, qu'il a pu reconnaître quelques individus portant des fruits plus doux et meilleurs que les autres : et cette première découverte, qui suppose déjà tant de soins, serait encore demeurée stérile à jamais, sil n'en eût fait une seconde qui suppose autant de génie que la première exigeait de patience : c'est d'avoir trouvé le moyen de multiplier parla greffe ces individus précieux, qui malheureusement ne peuvent faire une lignée aussi noble qu'eux, ni propager par eux-mêmes leurs excellentes qualités ; et cela seul prouve que ce ne sont en effet que des spécifiques^ ; car les pépins ou noyaux de ces excellents fruits ne produisent, comme les autres, que de simples sauvageons, et par conséquent ils ne forment pas des espèces qui en soient essentiellement différentes ; mais, au moyen de la greffe, l'homme a, pour ainsi dire, créé des espèces secondaires qu'il peut propager et multiplier à son gré. Le bouton ou la petite I)ranche qu'il joint au sauvageon renferme cette qualité individuelle qui ne peut se transmettre par la graine, et qui n'a besoin que de se développer pour produire les mêmes fruits que l'individu dont on les a séparés pour les unir au sauvageon, lequel ne leur communique aucune de ses

1. Tenté. Tenter, ici, a le sens de proprement tailler un arbre de façon à essayer, mettre à l'épreuve. ce qu'il porte le plus de fruits possible.

2. Mettant à fruit. Mettre à fruit, c'est 3. SpécifKfuex. Appartenantàl'espèce.

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