I. — ŒUVRE POÉTIQUE MErUTIU: DE COLIGNY
A cet air vénérable', à cet auguste aspect,
Les meurtriers surpris sont saisis de respect ;
Une force inconnue a suspendu leur rage.
<> Compagnons, leur dit-il, achevez votre ouvrage.
Et de mon sang glacé souillez ces cheveux blancs
Que le sort des combats respecta quarante ans ;
Frappez, ne craignez rien, Coligny vous pardonne ;
Ma vie est peu de chose, et je vous l'abandonne...
J'eusse aimé mieux la perdre en combattant pour vous... »
Ces tigres à ces mots tombent à ses genoux :
L'un, saisi d'épouvante, abandonne ses armes;
L'autre embrasse ses pieds, qu'il trempe de ses larmes ;
Et de ses assassins ce grand homme entouré
Semblait un roi puissant par son peuple adoré...
Besme^ qui dans la cour attendait sa victime, Monte, accourt, indigné qu'on difTère son crime. Des assassins trop lents il veut hâter les coups ; Aux pieds de ce héros il les voit trembler tous. A cet objet^ touchant lui seul est inflexible : Lui seul, à la pitié toujours inaccessiijle, Aurait cru faire un crime et trahir Médicis, Si du moindre remords il se sentait surpris. A travers les soldats il court d'un pas rapide;
1. Les assassins vont pénétrer dans 2. « Domestique « des Guises.
la chambre de Coligny, lorsqu'il leur 3. Objet. Tout ce qui parait à l'œil
ouvre lui-même la porte. (ou à l'esprit;.
* Voir notre Précis de l'kisloiie de la Lillvralure française, p. 317-332.
Coligny l'attendait d'un visage intrépide; Et bientôt dans le flanc ce monstre furieux Lui plonge son épée, en détournant les yeux, De peur que d'un coup d'œil cet auguste visage Ne fît trembler son bras et glaçât son courage.
Du plus grand des Français tel fut le triste sort. On l'insulte, on l'outrage encore après sa mort; Son corps percé de coups, privé de sépulture, Des oiseaux dévorants fut l'indigne pâture; Et l'on porta sa tête aux pieds de Médicis, Conquête digne d'elle et digne de son fils. Médicis la reçut avec indifférence, Sans paraître jouir du fruit de sa veangeance. Sans remords, sans plaisir, maîtresse de ses sens', Et comme accoutumée à de pareils présents.
[La Henriade, chant II.)