Torrent. Cours irrésistible
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La nature est mucllo, on Tinterroge on vain;
On n hosoin d'un Dieu qui parle au genre humain.
Il n'apparlienl qu'à lui dexpliciucr sou ouvrage,
Dt" consoler le faible, et d'Otlairer le sage'.
L homme, au doute, à l'erreur, abandonné sans lui,
Cherche en vain des roseaux qui lui servent d'appui.
Leibnitz ne m'apprend point par quels nœuds invisibles.
Dans le mieux ordonné des univers possibles-,
L'n désordre éternel, un chaos de malheurs.
Mêle inios vains plaisirs de réelles douleurs.
Ni pourquoi l'innocent, ainsi que le coupable,
Subit également ce mal inévitable.
Je ne conçois pas plus comment tout serait bien :
Je suis comme un docteur; hélas! je ne sais rien...
Oue peut donc de l'esprit la plus vaste étendue ? Rien : le livre du sort se ferme à notre vue. L'homme, étranger à soi, de l'homme est ignoré. Que suis-je, où suis-je, où vais-je, et d'où suis-je tiré? Atomes tourmentés sur cet amas de boue, Que la mort engloutit et dont le sort se joue, Mais atomes pensants, atomes dont les yeux, Guidés par la pensée, ont mesuré les cieux^ Au sein de l'infini nous élançons notre être, Sans pouvoir un moment nous voir et nous connaître. Ce monde, ce théâtre et d'orgueil et d'erreur, Est plein d'infortunés qui parlent de bonheur. Tout se plaint, tout gémit en cherchant le bien-être; Nul ne voudrait mourir, nul ne voudrait renaître. Quelquefois, dans nos jours consacrés aux douleurs. Par la main du plaisir nous essuyons nos pleurs; Mais le plaisir s'envole, et passe comme une ombre ; Nos chagrins, nos regrets, nos pertes, sont sans nombre; Le passé n'est pour nous qu'un triste souvenir ; Le présent est affreux, s'il n'est point d'avenir,
1. Le sage. Le sage lui-même, qui dans le meilleur des mondes possibles, ne sait rien. Cf. plus bas, /e ,<«(« cowwe 3. Cf. Pascal : « L'homme n'est un docteur, etc. qu'un roseau... mais c'est un roseau
2. Optimiste, Leibnitz soutenait que pensant. » {Pénsée.t, édition Havet, I, toui esi bien, que tout est pour le mieux g vi.)
Si la nuit du tombeau détruit l'être qui pense. Un jour tout sera bien, voilà notre espérance; Tout est bien aujourd'hui, voilà l'illusion. Les sages me trompaient, et Dieu seul a raison.
[Poème sur le désastre de Lisbonne.)
LA TOURNÉE DU PAUVRE DIABLE CHEZ LES liENS DE LETTRES
Manquant de tout, dans mon chagrin poignant', J'allai trouver Le Franc de Pompignan, Ainsi que moi natif de Montauban, Lequel jadis a brodé quelque phrase SurlaDidon qui fut de Métastase-; Jg lui contai tous les tours du croquant'. « Mon cher pays*, secourez-moi, lui dis-je, Fréron me vole, et pauvreté^ m'affligea — De ce bourbier vos pas seront tirés, Dît Pompignan; votre dur cas'^ me touche : Tenez, prenez mes Cantiques sacrés; Sacrés ils sont, car personne n'y touche; Avec le temps un jour vous les vendrez. Plus, acceptez mon chef-d'œuvre tragique De Zoraid^ ; la scène est en Afrique : A la Clairon'^ vous le présenterez ; C'est un trésor : allez, et prospérez. »
Tout ranimé par son ton didactique, Je cours eu hâte au parlement comique '^ Bureau de vers", où maint auteur pelé'-
1. Le « pauvre diable » vient ilo ce qu'on appelle le style marotique. quitter le service de Fréron, qui Ta 6. Afflige. Accable. Cf. p. 25, n. 4. employé comme 'i compagnon satiri- 7. Voire dur cas. Voltaire imite le que » et l'a frustré de ses honoraires. style rocailleux de Pompignan.
2. La Didon de Lefranc de Pornpi- 8. Zoraîd. Licence, pour Zoraide. gnan parut en 1734. Celle de Métas- 9. Célèbre actrice du temps.
tase, poète italien, l'avait précédée de 10. Parlemenl comique. Comédie han-
dix ans. çaise.
3. Croquant. Homme de rien, gueux. il. Bureau de vers. Bureau est pris
4. P«y.?. Compatriote. ici au même sens que dans é«refl« d't;.s-